Génétique et goût : naissons-nous sucré ?

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Il est communément admis que le « goût sucré est inné ». En effet, comme l'a montré initialement Jacob Steiner [1], les enfants manifestent dès la naissance un certain plaisir à la saveur sucrée, expression faciale de contentement non retrouvée pour le salé, l'amer, l'acide, ni même pour un goût neutre. Ceci a généralement fait penser que la préférence pour le goût sucré était génétique et non pas acquise.

« Génétique et goût : naissons-nous sucré ? » - Crédits Photo : www.csdm.qc.ca Il serait toutefois temps de rendre à inné son sens original, c’est-à-dire uniquement « présent dès la naissance », ce qui ne signifie donc pas « génétique » puisque l’on sait qu’une acquisition de la préférence pour le goût sucré est possible in utero. En effet, il est établi que les bourgeons du goût sont fonctionnels à la fin du 3ème mois de gestation, que les f½tus ont une forte capacité de discrimination gustative avec 7000 bourgeons du goût à la naissance (plus que 2000 à l’âge de 60 ans), et que les capacités de mémorisation de ce foetus sont suffisantes pour les associer avec des effets métaboliques.

A la 16ème semaine des comportements d’auto-initiation des stimulations tactiles ont même été observés. Tout ceci est important car le liquide amniotique est sucré. Le f½tus en tète et en déglutit chaque jour une quantité moyenne d’environ 1 litre. Plus le liquide amniotique est sucré, plus le foetus tète et déglutit. Dire qu’il peut débuter ici une addiction au goût sucré serait excessif, mais ces résultats n’autorisent plus à continuer à affirmer que ce goût pour le sucré serait une sorte de programmation génétique aux fonctions protectrices (nous détourner des poisons acides et amers).

Récemment, une équipe a pu démontrer que la simple exposition à du jus de carotte en fin de grossesse pouvait modifier la réponse de l’enfant à la flaveur carotte [2]. On notera qu’il existe aussi des molécules à propriétés aromatiques dans le liquide amniotique (acide citrique, lactique, benzoïque...) et que l’acquisition de préférences à d’autres substances est tout à fait vraisemblable, sans que l’on sache aujourd’hui lesquelles, et encore moins leurs conséquences sur le comportement alimentaire du futur adulte.

Génétique et goût sucré

Le patrimoine génétique détermine la diversité des spécificités plus qu’il ne contribue à l’établissement des préférences et des rejets alimentaires. Les apprentissages se font dans un cadre culturel ne tenant pas compte des différences individuelles mais les choix de l’enfant dans ce cadre seront guidé par son patrimoine génétique. L’acquisition des préférences ne signifie pas pour autant que la génétique n’a pas sa place et même que l’attrait pour le sucre ne soit pas transmis de parents à enfants, que ce soit par une voie génétique ou métabolique.

Les éléments de preuves en faveur de l’héritabilité des préférences pour la saveur sucrée sont cependant encore très faibles, et selon F. Fumeron [3], pour le sucre comme pour les autres nutriments « la composante héritable pour les consommations d’aliments pris individuellement, dans les études de jumeaux et de familles, est faible ou nulle ».

Sources et références :

  1. Steiner JE. Human facial expressions in response to taste and smell stimulation. Adv Child Dev Behav. 1979;13:257-95
  2. Mennella JA, Jagnow CP, Beauchamp GK. Prénatal and postnatal flavor learning by human infants. Pediatrics. 2001;107(6):E88.
  3. Fumeron F. Génétique du comportement alimentaire. In "Les comportements alimentaires". D. Chapelot et Jeanine Louis-Sylvestre. Eds Lavoisier, Coll. Tec & Doc. 2004.

(Dr D. Chapelot - CEDUS - Sucre et addiction)

SOURCE : CEDUS

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