Flore buccale : efficacité d'extraits végétaux pour contrer les bactéries responsables des maladies buccales

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Verra-t-on un jour des dentifrices, des rince-bouche ou de la gomme à mâcher plus efficaces contre les maladies buccales grâce aux extraits de canneberge, de raisin ou d'agrumes qu'ils contiendront? Peut-être bien, si on en juge par les résultats de deux études qui paraissent dans Critical Reviews in Food Science and Nutrition et dans European Journal of Medicinal Chemistry.

« Flore buccale : efficacité d’extraits végétaux pour contrer les bactéries responsables des maladies buccales » - Crédit phote : www.ulaval.ca En effet, Daniel Grenier, Charles Bodet et Fatiha Chandad, de la Faculté de médecine dentaire de l’Université Laval, et leurs collaborateurs italiens et israéliens font état des propriétés antibactériennes de certaines molécules extraites de la canneberge et d’un arbre, Acronychia baueri, appartenant à la famille des rutacées (qui inclut les agrumes), qui pourraient bien un jour se retrouver dans des produits courants d’hygiène buccale.

Les trois chercheurs du Groupe de recherche en écologie buccale ont mis en lumière l’action des polyphénols – des tanins – extraits de ces plantes pour contrer l’action de deux bactéries, Streptococcus mutans, impliquée dans la carie dentaire, et Porphyromonas gingivalis, impliquée dans les maladies parodontales. En 2006, les professeurs Chandad et Grenier avaient rapporté des effets similaires en utilisant des polyphénols provenant du vin rouge. À doses modérées, ces composés préviendraient l’adhésion des bactéries aux tissus de la bouche, empêcheraient la formation d’un film de bactéries et inhiberaient certaines réactions inflammatoires et enzymatiques de l’hôte. À doses plus élevées, ils parviendraient même à détruire ces bactéries.

L’idée de tester l’effet d’extraits de canneberge sur les bactéries de la bouche a été inspirée par des études documentant le mode d’action du jus de canneberge dans la prévention des infections de la vessie. « Après la diffusion de nos travaux sur le vin rouge, des producteurs de canneberge nous ont approchés pour que nous testions aussi leurs produits», rappelle Fatiha Chandad. D’autres projets ont suivi. Wrigley, une multinationale de la gomme à mâcher, finance un projet de la professeure Chandad visant à tester les bienfaits d’extraits de thé vert, de chicorée et de magnolia pour la santé buccale. De son côté, Daniel Grenier évalue l’efficacité de différents extraits de plantes contre les maladies parodontales pour le compte de Tom’s of Maine, une compagnie américaine spécialisée dans la vente de produits d’hygiène personnelle ne contenant pas de produits chimiques.

« Le fait de consommer en abondance du vin, du jus de raisin ou du jus de canneberge n’assure pas une protection adéquate contre les maladies buccales, précise la professeure Chandad. Ça pourrait même favoriser les problèmes buccaux en raison du sucre et des acides qu’ils contiennent. C’est pourquoi il faut isoler, extraire et caractériser les molécules qui ont un effet sur les bactéries de la bouche si on espère les utiliser et obtenir un effet positif et constant. »

Certains produits d’hygiène buccale contenant des polyphénols sont déjà en vente sur le marché, mais Fatiha Chandad invite les consommateurs à la prudence. « Nos travaux ont été effectués sur des modèles in vitro en laboratoires. Avant de pouvoir prétendre que les polyphénols sont véritablement efficaces pour améliorer la santé buccale, il faudra que des études comparant des produits avec polyphénols à des produits standards soient réalisées en conditions contrôlées sur des sujets humains. À ma connaissance, très peu d’études cliniques de la sorte ont été faites jusqu’à présent. »

(Par Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 44, numéro 8 - 16 octobre 2008)

SOURCE : Université Laval

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