Faut-il vraiment faire une cure « détox » ?

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Tous les ans, avec les beaux jours, c’est le même refrain purificateur : il faudrait « se détoxifier ». Un concept attractif, au moins d’un point de vue marketing, observe un article récent (*). Serions-nous si intoxiqués ? Notamment pas notre alimentation ou nos comportements alimentaires ? Et y a-t-il un remède miracle ? La réponse est plutôt à chercher du côté du bon sens et de l’équilibre tout au long de l’année...

Les excès en tout genre, le déséquilibre alimentaire, les produits chimiques… Tout est bon pour nous inciter à un rituel quasi religieux de purification annuelle, dont notre organisme assailli par de multiples toxines aurait un besoin irrépressible.

Tout est bon surtout pour nous vendre des denrées épurées de tel ou tel ingrédient ou des potions prétendument « nettoyantes » à avaler ou à appliquer, à boire ou à manger, à appliquer, à laisser agir ou infuser…

Magasins bio, rayons diététique, mais aussi boutiques chic et plus profanes rivalisent de sollicitude pour nous proposer leurs gammes de produits purifiants.

L’organisme lui-même chasse les toxines

Mais quelles toxines faudrait-il donc éliminer ? Contre les composés toxiques produits naturellement par l’organisme dans ses activités de transformation des aliments, le corps a de nombreux organes pour se défendre. Le poumon élimine le dioxyde de carbone. Le foie détruit les globules sanguins vieillis et certaines bactéries présentes dans le sang. Les reins éliminent l’urée et l’acide urique provenant des protéines. L’intestin, grâce à sa flore, combat les bactéries indésirables et défend l’immunité. La peau élimine des déchets par la transpiration…

Resterait les toxiques venus du dehors : pesticides, polluants organiques persistants. Les connaissances sont loin d’être précises, que ce soit sur leurs méfaits précis ( en fonction des doses ingérées ou inhalées) ou sur les moyens d’aider l’organisme à s’en débarrasser.

C’est la porte ouverte à toutes les élucubrations. Certains préconisent des périodes plus ou moins longues de jeûne total (à l’exception de l’eau). Une pratique interdite en France et considérée comme dangereuse par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires ! Les risques sont nombreux. Dénutrition. Perte de masse musculaire : l’organisme brûle ses muscles pour survivre et, à l’inverse de l’effet recherché, accumule les toxines. Déficiences ou carence en vitamines et minéraux, etc…

L’équilibre alimentaire plutôt que les restrictions

D’autres vantent des diètes restreintes. Où l’on supprime certains aliments. Où l’on ne consomme que quelques aliments ou boissons, voire un seul type de jus de fruits ou de légumes, d’herbes, de céréales ou de graines germées, d’infusion, de bouillon, de complément alimentaire. Là encore, le risque de ces cures supposées éliminer les toxines n’est pas nul : déséquilibres, déficits ou carences nutritionnels, déshydratation…

De nombreuses allégations santé concernant des produits facilitant la digestion, la diurèse, le fonctionnement du foie ou de la peau ont été soumises à l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA). Elles ont recueilli un avis négatif. Soit parce que les effets allégués étaient trop généraux pour être considérés comme positifs. Soit parce que les études pertinentes faisaient défaut.

La conclusion ne peut être qu’un rappel à la prudence. En l’absence de produit miracle, les meilleures armes contre les toxines de tous bords sont une bonne hygiène de vie, une alimentation variée, sans trop d’excès répétés, une dose raisonnable d’exercice physique. Loin des arnaques, une prévention efficace et peu coûteuse !

(*) LIV(e). Les Lettres d’Info Valorial. Nutrition & Santé 2012 ;57 :1-3.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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