Faut-il parler de nutrition aux enfants ?

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La prévention en matière de nutrition passe par une éducation nutritionnelle. Mais quand ? comment ? pourquoi ? jusqu’où ? L’enfant connaît très vite les messages essentiels en matière de nutrition. Cependant, l’acte alimentaire s’inscrivant d’emblée dans une relation affective avec autrui, il développera tout au long de sa maturation des représentations et des comportements alimentaires afin de s’adapter au groupe social et affectif auquel il appartient. En matière d’apprentissage, le processus de l’imitation sera pour lui la voie royale : une imitation dépourvue de passivité, dont les modalités évoluent de la naissance à l’adolescence en fonction de ses capacités et de son appréhension du monde.

Un parcours en cinq étapes

L’ « imitation-imprégnation ». Durant les six premiers mois de la vie, l’enfant est en état d’imprégnation perceptivo-motrice. La capacité de la mère à prendre en compte son point de vue est alors déterminant pour que puisse s’établir une relation de sécurité. Il s’instaure une forme de dialogue, un lien de confiance, dont la qualité permet à l’enfant de reconnaître ce qu’il introduit dans son corps.

L’ « imitation-copie ». Jusqu’à 2-3 ans, l’enfant va reproduire trait pour trait le discours parental pour enrichir ses connaissances, acquérir des sensations et adhérer à son groupe d’appartenance. L’apprentissage alimentaire passe par une familiarisation avec la nourriture transmise par l’entourage, qu’elle soit associée au plaisir, à la nécessité ou au désir de partager.

L’ « imitation-fantaisie ». Jusqu’à 5-6 ans, c’est le stade de la personnalisation. Parce qu’il s’intéresse aux autres et pour s’approprier ce qu’il croit être leurs avantages, l’enfant imite son entourage. Il adhère sans critique aux habitudes familiales, voire peut modifier ses goûts pour s’identifier à l’entourage. L’information nutritionnelle acquiert une valeur éducative – confiance et attention sont requises.

L’ « imitation-instrument ». A partir de 5-6 ans, l’enfant va utiliser ses capacités et se servir de l’alimentation pour se faire reconnaître et aimer, s’affirmer, apprendre et surtout se faire plaisir. Il commence à lire les étiquettes et découvre le grignotage, qui n’est pas encore un automatisme mais est une découverte de son action sur l’environnement.

L’ « imitation intentionnelle ». A partir de 8-9 ans, l’enfant veut comprendre la relation entre l’alimentation et son corps. On passe de l’apprentissage à l’éducation. L’enfant étant à la fois réceptif et fragile, l’adulte devra être souple et disponible. Avec la puberté vient la « période de tous les dangers » : remise en question des valeurs, transgression, régime restrictif pour un idéal de minceur, etc. Il ne s’agit plus d’apprentissage mais d’une autre perception des messages nutritionnels, dont les parents, professionnels de santé et médias doivent tenir compte.

Savoir ne veut pas dire faire

Sans adhésion de l’enfant, l’approche éducative en matière de nutrition risque de ne pas atteindre ses objectifs, voire générer des troubles du comportement alimentaire, surtout avant 6 ans. Contrainte et persuasion sont donc à proscrire. Les parents doivent rester le cadre référent et rassurant auquel il incombe de proposer à l’enfant des choix alimentaires équilibrés qui respectent ses goûts et compétences. En l’empêchant d’être libre dans tous ses choix, ils lui évitent de se confronter à une situation qu’il vivrait comme une source d’angoisse et de plaisir mêlés. L’autorité est avant tout un lien, une transmission par l’éducation et l’exemple. En ce qui concerne la participation active de l’école, l’objectif de l’éducation alimentaire est d’ajuster la théorie à la pratique. Il ne s’agit pas d’inculquer des connaissances dès la maternelle au travers de « programmes » ou de leçons de diététique fondée sur des interdits mais d’appliquer une pédagogie participative : proposer des menus équilibrés, mais aussi favoriser la dimension de plaisir, d’échange, d’environnement agréable et convivial.

Manger, c’est plus que se nourrir

Oui, il faut parler de nutrition à l’enfant, mais pour qu’une éducation alimentaire soit efficace et adaptée, il faut tenir compte du particularisme de chaque étape de son évolution et surtout de ce qu’il aime manger, de ce qu’il doit manger et de ce qu’il connaît sur ce qu’il mange, afin d’éviter que nutrition et conflit ne deviennent synonymes.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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