Faut-il avoir peur du sucre ?

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La controverse sans fin sur les causes de l’obésité, du diabète de type 2, des cancers, réduite selon les époques à trop de gras ou trop de sucres, fait une nouvelle fois l’objet d’une dramatisation des risques et d’un jeu malsain sur les peurs alimentaires. En février, c’est au tour du sucre et des produits sucrés d’être pointés du doigt par le professeur Robert Lustig, endocrinologue à l’Université de Californie.

Dans son article dans la revue Nature, il affirme que la consommation excessive des sucres ajoutés serait au même niveau de danger que l’alcool et le tabac. Ce n’est pas une nouvelle étude scientifique mais un simple commentaire, à replacer dans son contexte spécifiquement nord-américain en ce qui concerne ses recommandations pour réduire les consommations de produits sucrés, qui vont de la taxation jusqu’à l’interdiction à la vente pour mineurs !

« Sommes-nous si infantilisés qu’il faille nous interdire la consommation de produits alimentaires... pour notre santé? » comme le dit très justement un article paru dans Maxisciences. « Il faut avant tout comprendre de quoi il est question. Le sucre est en fait un nom "générique" pour parler de différentes formes de sucre.

« Le sucre, les sucres » : de quoi parle-t-on ?

On distingue arbitrairement les sucres naturellement présents (dans le lait, les fruits, certains légumes) des sucres ajoutés aux aliments. Mais ce sont exactement les mêmes sucres (glucose, fructose, saccharose, lactose) que l’on trouve dans les fruits, les légumes ou les dans les biscuits et le chocolat.

Les principaux sucres ajoutés aux aliments sont :

  • le sucre (écrit sans « s ») appelé aussi le saccharose : blanc ou roux, il est extrait de la betterave ou de la canne à sucre
  • les sirops de glucose, obtenus à partir de l’amidon de maïs ou de blé, utilisés surtout en confiserie, en biscuiterie
  • les sirops de glucose-fructose, préparés à partir de sirops de glucose (une partie du glucose est transformée en fructose [1].), ils sont utilisés surtout aux Etats-Unis dans les boissons, les glaces,…
  • le miel, issu du nectar des fleurs

Il n’existe pas de différence au niveau de leur apport calorique (tous apportent 4 kcal/g) mais au niveau des propriétés métaboliques, le fructose pur se distingue des autres. Selon les affirmations du Pr Robert Lustig, ce serait lui le coupable : le fructose, apporté via les « sirops de fructose » ajoutés aux boissons nord-américaines. Assimilé plus lentement que le saccharose, le fructose est moins rassasiant et a tendance à favoriser le stockage des graisses lorsqu’il est consommé en grandes quantités.

A noter que les niveaux de consommation de fructose et plus largement de sucres en France sont environ 2 fois inférieurs à ceux des Etats-Unis. Et les Français consomment de 2 à 4 fois moins de boissons sucrées que les Américains

France : une consommation de sucre stable depuis 40 ans

En France, la consommation est de l’ordre de 25 kg par personne et par an [2]. Les ventes du sucre destiné à l’alimentation sont stables depuis les années 1970. En revanche, on a observé une modification importante de son utilisation : l’utilisation « directe » par les ménages (pour sucrer son yaourt ou faire un gâteau maison) est passée de 60% à moins de 20 % du sucre mis sur le marché. Aujourd’hui, ce sont les industries alimentaires, la restauration hors foyer et les industries pharmaceutiques qui utilisent plus de 80 % du sucre

Alors, faut-il interdire le sucre ?

Suite à cette controverse, les professionnels de santé français et internationaux ont été nombreux à dénoncer cette « diabolisation du sucre », en rappelant l’importance de la prévention et de l’éducation sur une consommation alimentaire responsable et encadrée. Mieux connaître les produits sucrés nous permet de mieux gérer leur consommation, à tous les stades de la vie.

« Les complications engendrées par un excès de sucre concernent essentiellement les gros buveurs de soda, ceux qui boivent plus de trois, quatre litres par jour, et risquent le surpoids. […] Il ne faudrait surtout pas croire que […] l’on va régler le problème du diabète dans le monde en interdisant les bonbons aux enfants ou le gâteau occasionnel. » précise le Pr André Grimaldi, diabétologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

La Société Française de Pédiatrie a également pris position : « Il n’y a, a priori, pas d’addiction au sucre. Si l’on voit effectivement aujourd’hui un peu plus de diabètes de type 2 chez les jeunes, ce n’est pas l’excès de sucre qui en est la cause. Le responsable est en effet non pas la consommation accrue de sucres, mais l’augmentation de l’obésité massive ».

« L’excès de sucres chez l’enfant occasionne une véritable peur phobique chez un grand nombre de parents et de professionnels de santé […], la peur de sucre est clairement démesurée chez l’enfant » affirme le Pr Patrick Tounian, dans un communiqué de la Société Française de Pédiatrie du 8 février 2012.

Et les experts nord-américains s’avèrent également mesurés face aux sanctions évoquées : « A condition qu’il soit utilisé avec modération, l’ajout de sucre aux aliments n’est pas un problème. Personnellement, je ne suis pas favorable à la taxation ou à la distinction entre bons mauvais aliments ; c’est la façon de s’en servir qui fait la différence. » explique le Pr Richard Mattes, Purdue University, department of nutrition science. « Ce n’est d’ailleurs pas une recommandation spécifique au sucre mais à tous les aliments; le sucre est juste une cible plus facile à critiquer. “

Il ne faut pas oublier que, simples ou complexes, naturellement présents ou ajoutés, les glucides fournissent sous forme de glucose l’essentiel de l’énergie indispensable au fonctionnement des cellules de notre organisme. Et que ce n’est pas le sucre en lui-même qui pose problème mais bien un excès durable de consommation de produits gras et sucrés. Les comportements de consommation plus que les calories sucrées en elles-mêmes sont à prendre en considération ; l’information, la prévention par l’éducation sont des solutions certes plus compliquées mais aussi plus fiables sur le long terme.

[1] en règle générale, la teneur en fructose de ces « sirops de fructose » commercialisés en Europe varie entre 10 et 30%. Au-delà de 50% de fructose, le produit doit être étiqueté : sirop de fructose-glucose.

[2] D’après les enquêtes nationales de consommation alimentaire INCA 2 /ANSES 2007 et CCAF/CREDOC 2007

(D'après Philippe Reiser, Directeur des Affaires scientifiques du Centre d’Etudes et de Documentation du Sucre (CEDUS))

SOURCE : CEDUS

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