Faut-il apprendre à manger ?

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« Faut-il éduquer les mangeurs ?»... Comment devrait-on le faire (ou ne pas le faire) ? Sur le thème de l'éducation alimentaire, l'Institut français pour la nutrition (IFN) a réuni, des intervenants venus apporter les éclairages en sciences humaines, sociales et éducation, médecine et santé publique...

« Faut-il apprendre à manger ? » - Crédit photo : www.aufeminin.com Les experts en nutrition soulignent aujourd’hui les limites, voire les effets pervers des messages qui se limitent à des impératifs nutritionnels. Quand il entend les exhortations à « manger mieux pour être en bonne santé », qu’est-ce que cela veut dire pour un enfant qui est en bonne santé ? demande un pédiatre. Quoiqu’on ait mangé la veille, doit-on manger le lendemain « moins gras et moins sucré »? En voulant améliorer le niveau nutritionnel moyen de l’ensemble de la population, ne fabrique-t-on pas des messages inadaptés, ou irrecevables, pour nombre d’individus ? Que peut comprendre un enfant à qui l’on dit « exceptionnellement on peut se faire plaisir avec tel ou tel aliment», si ce n’est que manger doit vraiment être très pénible !

Les résultats obtenus jusqu’à présent incitent à une relative modestie. On note une meilleure connaissance de certains repères diffusés par le Programme national nutrition santé (PNNS). En 2008, 68 % des Français savaient qu’il est conseillé de manger « 5 fruits et légumes ou plus par jour » (ils n’étaient que 36 % en 2005), 90 % qu’il faudrait faire « 30 minutes ou plus d’activité physique par jour », 74 % qu’il convient de manger « une ou deux fois par jour » des aliments du groupe viandes-poissons-oeufs... Mais ils étaient encore moins d’un tiers à savoir qu’il est recommandé de consommer « 3 à 4 produits laitiers par jour » et à peine un quart à connaître le repère concernant le pain / féculents « à chaque repas selon l’appétit »... Tous les messages ne sont donc pas entendus à égalité !

Mais si les connaissances peuvent encore être améliorées, la plus grande difficulté reste sans doute leur mise en pratique ! Les Français intègrent l’idée de manger des fruits et légumes, mais ne le font pas pour autant. Parce que ce sont des produits trop chers ? Parce que les jeunes générations n’ont pas l’habitude de les cuisiner, parfois même de les éplucher ? Les explications ne manquent pas... Reste qu’il y a un fossé entre ce que l’on sait et ce que l’on fait !

Pour combler ce fossé, certains spécialistes de santé publique donneraient bien un coup de pouce avec quelques mesures contraignantes, sur le modèle de l’interdiction du tabac dans les lieux publics. Certains psychologues du comportement miseraient volontiers sur quelques techniques visant à engager les « bonnes » décisions nutritionnelles. D’autres, peut-être plus sagement, se refusent à toute manipulation et à toute exploitation émotionnelle : ils trouvent souhaitable et urgent de ne s’adresser qu’à l’intelligence et à la réflexion des « mangeurs ». On préfère aujourd’hui parler d’éducation alimentaire plutôt que nutritionnelle. Comme pour redonner à ces fameux mangeurs le goût de l’aliment, de ses propriétés sensorielles, du plaisir qu’il procure, de la convivialité qu’il rend possible...

(« Eduquer les mangeurs ? De l’éducation nutritionnelle à l’éducation alimentaire. » Colloque de l’Institut français pour la nutrition (IFN), Paris, 9 décembre 2008.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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