Faut-il abandonner la diététique ?

lu 3684 fois

Le rapport de l’ANSES sur les risques liés à la pratique des régimes amaigrissants, rédigé par un groupe de travail que j’ai eu l’honneur et le plaisir de diriger a fait grand bruit. Mais il a déstabilisé les patients qui ont pu perdre la boussole, en se demandant à quel saint se vouer ; les médecins qui se sont demandés ce qui leur restait à faire ; les médias qui ont vu là un nouveau scandale ; les « anti » qui ont dénoncé une médecine dangereuse ; les partisans du complot qui ont jeté aux orties marchands et commerçants ! Et puis il y a tout ceux qui en ont profité pour dire « vous voyez la diététique ça ne sert à rien »...

Si ceci représente le résultat de ce gros travail, alors il a échoué dans ses objectifs. Qu’en est-il en vérité ? L’obésité est une maladie ayant des causes et des conséquences multiples et variées selon les personnes : c’est le premier constat. En découle le fait qu’à situations différentes, il faut une approche thérapeutique personnalisée : ici un changement de mode de vie, là une approche comportementale, là un soutien psychologique, ici une prise en charge somatique d’un syndrome d’apnée du sommeil, d’une gonarthrose, d’une dépression… : le régime standard et pour tous est inadapté.

L’autre facette résulte du fait que cette maladie lorsqu’elle est installée résiste en partie à l’amaigrissement et qu’il faut donc tout faire pour ne pas exacerber ces résistances par des régimes intempestifs qui peuvent les aggraver pour des raisons psycho et physio pathologiques. « Primum non nocere ».

Enfin, comme toute thérapeutique, il est intéressant de redire qu’elle peut avoir des effets secondaires : pourquoi n’y en aurait-il pas ? Pourquoi est-on étonné qu’il y en ait ? Il vaut mieux le savoir. Ce que les médecins savaient mais n’osaient pas dire ou reconnaître est maintenant admis. C’est un progrès.

La diététique comme « un art de vivre »

Faut-il pour autant abandonner la diététique ? Non, moins que jamais si l’on en croit la définition de la diététique : « un art de vivre » et la mission des diététicien(ne) s : concilier la préparation des repas et la satisfaction des besoins nutritionnels qui sont triples : nutritifs, hédoniques (psycho affectifs, et donc liés au plaisir), et relationnels et donc socioculturels.

Il faut connaître la diététique pour conseiller, pour comprendre, pour orienter car le bon sens ne suffit pas toujours. Parce que la diététique résulte de l’application d’une science, la nutrition, qui évolue. Il faut simplement savoir en extraire l’essentiel, beaucoup de modestie et un peu de prudence ; de la variété et un peu de modération. Au diable le terrorisme alimentaire et adieu le terrorisme pondéral !

Mais celui qui connaît la diététique sait que l’alimentation, ça ne se décrète pas, que la nutrition, ça ne s’impose pas : cela s’écoute pour comprendre le pourquoi et le comment des habitudes et du comportement. Il est heureux de constater que depuis ce rapport de l’ANSES une prise de conscience des professionnels de la diététique et de la nutrition a été amorcée : ils ont pris de l’assurance en adoptant une attitude plus respectueuse de la réalité des patients et de leur maladie. La politique des petits pas prend le dessus.

Au diable le terrorisme alimentaire et adieu le terrorisme pondéral !

Les objectifs de poids deviennent plus réalistes. L’approche globale et comportementale est privilégiée ; elle est, en même temps, individualisée. Les échecs ne sont plus des échecs, ce sont des expériences. L’écoute des sensations alimentaires (faim, rassasiement, satiété) est mise en avant. La sensorialité et le plaisir sont reconnus. Les écarts ne sont plus diabolisés, et la culpabilité s’évapore, la frustration s’envole… on le souhaite en tout cas.

Alors la diététique, instrument de gestion du quotidien, prend toute sa place car elle aide à faire des choix positifs et éclairés. Plus que jamais nous avons besoin de la diététique pour permettre à nos patients de devenir autonomes et non plus dépendants du système des régimes.

(Par Jean-Michel Lecerf, Chef du service nutrition de l’Institut Pasteur de Lille)

SOURCE : Les Thermes de Brides les Bains

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s