Existe-t-il un modèle français de consommation des boissons sans alcool ?

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Ce que l'on boit, les moments voire les lieux de consommation, diffèrent d'une société à l'autre. Culture, histoire, tradition exercent une influence sur la façon de boire, plus déterminante peut être que sur celle de s'alimenter. Selon les enquêtes menées par le CREDOC depuis 1999 sur les comportements et les consommations alimentaires des Français [1], un certain nombre de traits caractéristiques semblent dessiner un « modèle français de consommation des boissons sans alcool ». En effet, les études transeuropéennes montrent de réelles différences dans les modes de consommation de boissons.

1 Les consommations de boissons des Français

« Existe-t-il un modèle français de consommation des boissons sans alcool ? » - Crédit photo : www.vecernji.hr L'eau est la première boisson, toute génération confondue, inscrite au palmarès des consommations de boissons des Français. Les autres boissons viennent compléter les apports hydriques, et varient selon les âges et les préférences : boissons lactées et jus de fruits pour les enfants, boissons lactées et boissons rafraîchissantes pour les adolescents, et boissons chaudes et boissons alcoolisées chez les adultes.

La consommation de boissons rafraîchissantes (colas, limonades, boissons aux fruits, ...) est modérée en France : chez les adolescents, qui sont les plus grands consommateurs, elle représente en moyenne 1/2 canette par jour. Elle est plus faible chez les enfants : un verre tous les 2-3 jours [2].

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Consommation de boissons en France (CREDOC - enquête CCAF 2007)

Les enfants de 6-11 ans boivent en moyenne 928 ml/jour, dont 53% d'eau, 23% de boissons lactées, 12% de jus de fruits et nectars et une proportion équivalente de boissons rafraîchissantes.

Les adolescents de 12-19 ans consomment en moyenne 1063 ml/jour avec toujours une forte proportion d'eau (53%). A l'âge où ils commencent à s'intéresser aux boissons « adultes » - c'est le début de la consommation des boissons chaudes (thé, café) et des boissons alcoolisées, la part des boissons lactées diminue (18%). Les boissons rafraîchissantes représentent 15% de leurs consommations de boissons, les jus de fruits/nectars 10%.

Les adultes (20-54 ans) boivent en moyenne 1368 ml/jour, dont 43 % d'eau. Chez les adultes les boissons chaudes (thé, café, tisanes) sont les 2èmes boissons consommées (23%), suivies des boissons lactées et des boissons alcoolisées.

Les seniors (55 ans et plus), boivent moins que les adultes. Ils consomment, en plus de l'eau (42%), des boissons chaudes (28%) et des boissons alcoolisées (15%)

Comment expliquer la prééminence de l'eau dans les consommations françaises ?
« La géographie joue sans doute un rôle non négligeable, la France étant un pays où les sources naturelles et minérales sont nombreuses, souligne Pascale Hébel, directrice du département consommation du CREDOC, le Centre de Recherche pour l'Observation des conditions de vie. Entrent également en ligne de compte, la grande disponibilité et la qualité de l'eau potable en France ». Les dessertes en eau potable des habitations urbaines françaises ont en effet été réalisées dès la fin du XIXème siècle, mais plus tardivement (milieu du XXème siècle) pour les habitations rurales. Jusqu'au XIXème, on coupait l'eau de vin (et non le contraire...) car le vin était censé rendre potable l'eau.

Ce modèle de consommation axée prioritairement sur l'eau n'est pourtant pas aujourd'hui celui des Français d'origine étrangère. Pascale Hébel précise : « l'étude CREDOC CCAF/2007 montre, en effet, que les Français d'origine étrangère conservent un mode de consommation où la part, dans l'hydratation journalière, des jus de fruits pour les enfants et des boissons rafraîchissantes pour tous, y compris les seniors, est significativement plus élevée. En effet, dans certains pays, l'eau potable étant plus rare, les boissons rafraîchissantes sont traditionnellement consommées en plus grande quantité. L'habitude est restée ».

Le poids de nos traditions culinaires
Autre explication possible à cette appétence pour l'eau, nos traditions culinaires héritées du XVIIème siècle qui, note le Dr Richard Delerins, « ne mettent pas en avant le mélange des saveurs sucrées et salées. Cette tradition culinaire explique en particulier la faible consommation de boissons rafraîchissantes en France par rapport à celle de nos voisins anglo-saxons ».

On boit donc en France du vin (de moins en moins) ou de l'eau au cours des repas, moments où ont lieu l'essentiel des apports hydriques, mais peu de lait, de café, ou de thé.

2 A chaque génération, chaque âge, ses boissons sans alcool

Selon la génération à laquelle on appartient, les boissons consommées ne sont pas tout à fait les mêmes. « Dis-moi ce que tu bois et je te dirai quand tu es né ! »... Certes, l'âge a son importance. C'est évident pour les boissons alcoolisées ou les boissons chaudes, type thé ou café, qui ne sont pas consommées par les plus jeunes. Outre les contre-indications sanitaires, la maturité de leurs papilles gustatives ne leur permet pas d'apprécier les saveurs amères.

Une question d'habitude autant que d'éducation
Pascale Hébel précise : « lorsque l'on n'a pas été élevé avec une boisson, on l'adopte ensuite plus difficilement ». C'est le cas par exemple des jus de fruits et nectars. Les personnes nées avant les années 60 n'ont pas été habituées à en boire étant plus jeunes ; aujourd'hui encore, elles en consomment peu (entre 40 et 60 ml/jour en moyenne). Les trentenaires, nés dans les années 60/70, ont une consommation de jus plus importante que celle de leurs ainés (de 60 à 80 ml/jour) mais les gros consommateurs sont les personnes nées à partir de la fin des années 70 (entre 80 et 120 ml/jour). C'est le moment où les jus de fruits s'installaient à la table du petit-déjeuner et où les messages sur la consommation des fruits et légumes prenaient de l'ampleur.

Un fort « effet génération » sur la consommation de boissons rafraîchissantes
Les personnes nées avant le milieu des années 60 consomment peu, voire très peu, de boissons rafraîchissantes. Les jeunes nés à partir des années 80 ont des consommations plus importantes, même si celles-ci restent modérées (en moyenne 150 ml par jour, soit 1/2 canette).

« En plus de ce fort effet de génération, on note également un effet d'âge : les adultes en vieillissant se détournent des boissons rafraîchissantes qui ne correspondent pas toujours à leur goût », souligne Pascale Hébel. On peut toutefois supposer que les adultes et seniors de demain seront de plus grands consommateurs de ce type de boissons que nos adultes et seniors actuels ».

La consommation de boissons lactées diffère entre les générations d'avant et après les années 60/70
En France, le lait est bu presque exclusivement au petit-déjeuner, initialement dans le café au lait, boisson aujourd'hui en net recul. Les générations de ces trente dernières années ont quant à elles, redécouvert le lait avec les céréales. Leur consommation est au double de celle des générations précédentes. A noter cependant un effet d'âge particulier à l'adolescence : la diminution de la consommation de lait traduit ici simplement le rejet (temporaire ?) d'une boisson liée à l'idée d'enfance. C'est l'âge de l'expérimentation des boissons adultes, café ou alcool, et la période où l'on boit le plus de boissons rafraîchissantes.

La consommation de boissons chaudes ou d'alcool est, quant à elle, déterminée essentiellement par l'âge.

3 La consommation de boissons rafraîchissantes sans alcool, facteur de convivialité

Quand boit-on ? En France, la réponse est simple ! D'abord chez soi et principalement au cours de trois repas. Pour autant, boissons rafraîchissantes et boissons alcoolisées sont souvent liées à des moments et des lieux de convivialité.

Boire au moment des repas, une habitude très française
« Il y a en France, 3 pics de consommation de boissons, au moment des repas et à des horaires relativement précis. Il s'agit, rappelle Pascale Hébel, d'une habitude hexagonale. Toutefois, il est difficile de savoir exactement ce qui est bu en dehors des repas. La bouteille sur le bureau est devenue chose banale...».

Les boissons rafraîchissantes sont des boissons fortement liées au goûter pour les enfants (27% des actes de consommations des plus petits et 25 % pour les plus grands). Avec les boissons alcoolisées, les boissons rafraîchissantes sans alcool sont également des boissons plus facilement consommées à l'extérieur, notamment « chez des amis » ou « dehors », comme dans des cafés par exemple. Elles restent toutefois largement majoritairement consommées chez soi (plus de 60% des actes de consommation de boissons rafraîchissantes) [3].

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Davantage de boissons alcoolisées et de boissons rafraîchissantes consommées le week-end
Les boissons rafraîchissantes sans alcool (BRSA) et boissons alcoolisées sont considérées comme plus festives que les autres types de boissons, dans la mesure où elles sont consommées souvent hors de chez soi et le week-end. « Ce sont des boissons, souligne Pascale Hébel, que l'on consomme volontiers en groupe et dans des lieux de convivialité. Elles ont un rôle social évident ».

En effet, si l'on boit presque autant en semaine qu'en fin de semaine, sauf les adultes et les seniors qui boivent environ 60 ml/j de plus le week-end, le type de boissons consommées diffère :

  • Les enfants et les adolescents boivent sensiblement plus de boissons rafraîchissantes le week-end qu'en semaine (respectivement 138 ml/j vs 85 ml/j et 197 ml/j vs 139 ml/j).
  • Les adultes consomment davantage de boissons alcoolisées (218 ml/j vs 106 ml/j) et de boissons rafraîchissantes (116 ml/j vs 87 ml/j).
  • Les consommations des seniors varient peu entre semaine et week-end sauf pour les boissons alcoolisées qui passent de 160 à 233 ml/j.

4 Comparaison avec nos voisins Européens

Une forte consommation d'eau du robinet, et donc une moindre consommation de boissons commerciales (alcoolisées et non alcoolisées). Une faible consommation de boissons rafraîchissantes : ils sont parmi les plus petits consommateurs de ces boissons en Europe. A l'inverse, les allemands et les autrichiens sont les plus grands consommateurs européens de boissons rafraîchissantes.

Notes

  1. CREDOC, Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de Vie. Enquête comportement et consommation alimentaire en France menée en 1999, 2003 et 2007. Cette dernière enquête a permis d'interroger 754 enfants de 3 à 11 ans, 478 adolescents de 12 à 19 ans, 1172 adultes de 20 ans et plus.
  2. Selon les enquêtes CCAF du Crédoc, les enfants, adolescents, adultes et seniors boivent en moyenne entre 500 et 600 ml d'eau par jour, ce qui, correspond à la moitié environ de leurs apports hydriques.
  3. Quel que soit l'âge, 80% de la consommation totale des boissons (90% pour les seniors) a lieu à domicile.

Pascale Hébel est directrice du département consommation au CREDOC. Le Centre de Recherche pour l'Observation des conditions de vie (CREDOC) est un organisme d'études et de recherche sous tutelle du Ministre de l'Economie. Il mène chaque année un certain nombre d'enquêtes dans tous les secteurs de la consommation, ce qui constitue un outil unique d'observation et d'analyse socio-économique de la consommation en France.

(Conférence de presse du 18 mars 2010 « Les boissons sans alcool : Evolution historique et comportementale de leurs usages... » organisée par Coca-Cola France à l'occasion du MEDEC 2010)

SOURCE : Coca-Cola France

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