Existe-t-il un lien entre manque de sommeil et prise de poids ?

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Si la suralimentation et la sous-activité ont clairement été identifiées comme des facteurs de risque comportementaux contribuant à la flambée de la prévalence du surpoids et de l'obésité, des données récentes suggèrent qu'une durée de sommeil courte pourrait également constituer un facteur de risque, jusqu'ici largement sous-estimé.

« Existe-t-il un lien entre manque de sommeil et prise de poids ? » - Crédits photo : www.tastout.ulg.ac.be De nos jours, chacun d’entre nous doit gérer au mieux à la fois sa vie professionnelle, sa vie sociale et sa vie familiale. Afin de remplir l’ensemble de ces obligations, les journées s’allongent et les nuits raccourcissent. Aux Etats-Unis par exemple, la durée du sommeil aurait diminué de près de 2h au cours de la seconde moitié du 20eme siècle. La France n’est pas épargnée par ce phénomène puisqu’une enquête publiée en mars 2008 par l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé rapporte que 45% des personnes interrogées âgées de 25 à 45 ans considèrent ne pas dormir assez et que 17% accumulent une dette chronique de sommeil.

Ces dernières années, une trentaine d’études épidémiologiques menées dans sept pays et sur de larges populations ont montré un lien entre un sommeil court et un Indice de Masse Corporelle (IMC) élevé, à la fois chez l’adulte et l’enfant. Ce lien est robuste et observé après ajustement pour toute une série de facteurs confondants. Enfin, il est remarquable d’observer qu’au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle, l’augmentation rapide de la prévalence de l’obésité aux Etats-Unis s’est développée de façon parallèle à la diminution progressive du temps consacré au sommeil.

Le manque de sommeil influence-t-il la balance énergétique ? Augmente-t-il l’appétit ?

Deux hormones clé sont impliquées dans la régulation du comportement alimentaire : la ghréline, sécrétée par l’estomac et qui stimule l’appétit, et la leptine, produite par les cellules adipeuses et qui induit la satiété.

Nous avons montré qu’une réduction de la durée de sommeil était associée à une diminution de la leptine anorexigène et à une augmentation de la ghréline orexigène, et que ces modifications hormonales étaient effectivement associées à une augmentation de faim et d’appétit. Fait important, l’appétit était essentiellement augmenté pour les aliments riches en graisses et en sucre, tels que confiseries, cacahuètes, biscuits et gâteaux, etc.. ; le type de nourriture communément qualifié de malbouffe.

La dépense énergétique joue également un rôle important dans le contrôle du poids et de l’adiposité. Or les personnes ayant des problèmes de sommeil et/ou une somnolence importante au cours de la journée rapportent une diminution significative de leur niveau d’activité physique. Il serait donc possible que la réduction volontaire du temps de sommeil ait le même effet.

Le manque de sommeil pourrait également agir sur la dépense énergétique via la leptine et la ghréline, qui chez le rongeur augmente la dépense énergétique et diminue l’activité locomotrice, respectivement.

Enfin, le manque de sommeil pourrait affecter la balance énergétique tout simplement par l’allongement du temps disponible pour manger. Ces hypothèses restent toutefois à démontrer.

Va-t-on vers une évolution des recommandations comportementales ?

L’ensemble des études cliniques et épidémiologiques suggère que la réduction du temps de sommeil qui caractérise l’évolution des sociétés industrialisées depuis un demi-siècle pourrait jouer un rôle déclenchant - ou à tout le moins favorisant - de la véritable épidémie d’obésité et de ses conséquences tels le syndrome métabolique et le diabète.

Il pourrait donc être pertinent, à titre préventif pour les personnes à risque en matière d’obésité, d’ajouter aux prescriptions de régime et d’exercice physique des conseils comportementaux relatifs au sommeil. La notion de sommeil pourrait faire partie intégrante de l’interrogatoire du médecin et de bonnes nuits de sommeil pourraient être recommandées.

Le sommeil influence-t-il d’autres fonctions métaboliques ?

Des études cliniques et épidémiologiques indiquent qu’un temps de sommeil court et/ou un sommeil de mauvaise qualité pourraient nuire au métabolisme du glucose et augmenter le risque de diabète, indépendamment d’un changement de l’IMC.

Des études d’intervention sont toutefois nécessaires pour tester l’hypothèse selon laquelle une optimisation de la durée et de la qualité du sommeil pourrait améliorer le contrôle de la glycémie dans le diabète de type 2.

(Karine Spiegel, docteur en neuroscience, Faculté de médecine Lyon 1 - Petit-déjeuner scientifique de l’IFN : « Sommeil et poids font-ils bon ménage ? », 2 avril 2008)

SOURCE : Institut Français pour la Nutrition

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