Existe-t-il un lien entre les comportements alimentaires de l'enfant et pratiques éducatives familiales ?

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L’objectif d’OPALINE (Observatoire des Préférences Alimentaires du Nourrisson et de l’Enfant) est d’améliorer la connaissance des facteurs expliquant la variabilité des préférences alimentaires à l’âge de 2 ans. Ce projet de recherche qui a démarré en 2005, arrivera à sa fin mi-2011. Dans le cadre de ce projet, labellisé par Vitagora et financé notamment par l'ANR et la région Bourgogne, plusieurs résultants marquants ont été enrégistrés. L'un des volets du projet porte sur les pratiques éducatives des parents et l'impact sur les comportements alimentaires des enfants.

« Existe-t-il un lien entre les comportements alimentaires de l'enfant et pratiques éducatives familiales ? » - Crédit photo : www.vitagora.com Des résultats antérieurs, acquis notamment par les équipes partenaires, ont montré que dès l’âge de 2-3 ans, les préférences alimentaires sont en partie fixées et variables d’un enfant à l’autre et que les expériences chimiosensorielles précoces (en fin de vie foetale, au cours de l’allaitement et lors de la diversification alimentaire) contribueraient en partie à la variabilité des préférences observées chez les jeunes enfants. Dans le but d'étendre et de préciser ces résultats, alors que les travaux sur l'alimentation des nourrissons portent surtout sur les aspects nutritionnels (composition des aliments infantiles, recommandations), OPALINE a introduit une rupture originale en se focalisant sur les aspects hédoniques et sensoriels de l’alimentation du jeune enfant.

« Une des recommandations que nous pourrions faire aux industriels, suite aux résultats préliminaires de nos travaux réalisés dans le cadre d'OPALINE, serait de concevoir davantage d'aliments pour les enfants qui aient une dimension sensorielle très forte », estime Sandrine Monnery-Patris, chargée de recherche INRA au sein du Centre des Sciences du Goût et de l'Alimentation (CSGA) de Dijon. Il est en effet capital que les très jeunes enfants puissent consommer une alimentation, certes équilibrée sur le plan nutritionnel, mais qui privilégie également l'aspect sensoriel. « Par exemple, une purée doit impérativement avoir le goût d'une vraie purée, le goût jouant un rôle important dans le développement des comportements alimentaires de l'enfant. C'est une solution simple à explorer qui peut s'avérer très efficace, même si elle entraîne des contraintes pour les industriels au niveau de la fabrication de leurs produits », explique-t-elle.

C'est à l'occasion des XVIIIe Rencontres Scientifiques de Nutrition, organisées par l'Institut Danone en novembre dernier, que Sandrine Monnery-Patris est venue présenter les premiers résultats de ces études sur les pratiques éducatives des parents, qu'elle mène en collaboration avec Natalie Rigal, de l'Université de Paris X-Nanterre, dans le cadre d'OPALINE, un projet labellisé par Vitagora et financé notamment par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) et la Région Bourgogne.

Ces deux chercheuses se sont fixées pour objectif d'apporter des éléments de réponse à deux questions importantes : un enfant très réactif au plan olfactif présente-t-il une typologie spécifique au plan alimentaire ? Existe-t-il un lien entre le degré de sélectivité alimentaire de l'enfant et les pratiques éducatives familiales ?

Pour tenter de répondre à la première question, les chercheurs ont procédé à des tests olfactifs sur des odeurs alimentaires auprès d'enfants de la cohorte OPALINE qui en compte aujourd'hui 314. Il s'agissait d'odeurs associées à des aliments, soit généralement appréciés des enfants comme la fraise ou la vanille, soit fréquemment rejetés comme le poisson ou le fromage. Des questionnaires relatifs au comportement alimentaire de chaque enfant et des carnets de suivi alimentaire remplis par les parents ont permis également de collecter de nombreuses données.

Les résultats préliminaires obtenus à partir de l'analyse de l'ensemble de ces données provenant des tests olfactifs, des questionnaires et des carnets de suivi alimentaire permettent aujourd'hui aux chercheurs d'avancer une première conclusion. « Il apparaît que les enfants les plus difficiles au plan alimentaire sont aussi les plus réactifs au plan olfactif », déclare Sandrine Monnery-Patris.

Concernant la deuxième question, précisons que jusqu'à présent, peu d'études avaient cherché à savoir si les pratiques éducatives familiales - permissives, intermédiaires, ou autoritaires - influençaient le degré de sélectivité alimentaire d'un enfant. Or les premiers résultats obtenus dans le cadre d'OPALINE indiquent que « ces pratiques familiales expliquent 25% du degré de sélectivité de l'enfant », souligne la chercheuse dijonnaise. Parmi les cinq facteurs prédictifs d'une plus forte sélectivité de l'enfant, trois relèvent de la volonté de la mère de répondre aux désirs de celui-ci. D'où la préparation de menus limités aux seules préférences de l'enfant ce qui entraîne une réduction de l'exposition de ce dernier à une alimentation variée durant ses premières années. « Or c'est justement cette variété qui va faciliter l'acceptation de la nouveauté ».

Quant aux deux autres facteurs prédictifs, témoins d'un comportement parental autoritaire, les résultats préliminaires de ces travaux confirment ce que les chercheurs avaient observé au cours de précédentes études, à savoir que les stratégies autoritaires, tout comme les stratégies permissives, sont associées à une sélectivité forte de l'enfant. « Reste à savoir si la sélectivité de l'enfant est la conséquence de l'attitude de ses parents ou, au contraire, si la réaction parentale est induite par la difficulté à nourrir l'enfant », s'interroge Sandrine Monnery-Patris qui ajoute : « ce sont autant de données qui corroborent l'hypothèse d'une origine environnementale et sensorielle des comportements alimentaires ». Eveiller le plaisir de la dégustation chez le jeune enfant et favoriser l'ouverture de son répertoire alimentaire implique donc nécessairement une réflexion plus globale sur les pratiques éducatives.

Pour de plus amples informations, consulter :

(Propos recueillis de Sandrine Monnery-Patris, Chargée de recherche INRA, UMR 1129, FLAVIC, Dijon - Agence JFD and Co)

SOURCE : Vitagora®

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