Excès de poids : l'important, c'est de bouger !

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L'évolution et le confort de notre mode de vie sont appréciables, comment le nier ? Mais la sédentarité et la réduction de l'activité physique font désormais peser des risques sur la santé. Pourtant, de simples stratégies de lutte contre l'inactivité physique, donnent au moins d'aussi bons résultats que celles qui consistent à corriger nos égarements alimentaires...

Dans sa dernière enquête sur le sujet (1), l’Olympic Health Foundation stigmatisait le manque d’activité physique du Belge. Si 77% des personnes interrogées déclaraient pratiquer régulièrement de l’exercice physique, seules 4 personnes sur 10 pratiquaient réellement un sport de manière hebdomadaire. Un chiffre qui est à la baisse, de 6% au cours des 5 dernières années. Certes, l’activité physique ne doit pas se résumer uniquement aux activités sportives, mais ce déclin est clairement un signe parmi d’autres de l’évolution de la sédentarité dans notre pays où nos modes de vie nous encouragent de moins en moins à demeurer actif. Il est donc plus qu’urgent d’insister sur la simplicité des solutions pour bouger plus chaque jour et prendre sa santé en main.

Les obèses marchent moins

La marche est certainement l’une des premières activités à encourager lorsque l’on se retrouve face à un patient en surcharge pondérale. Un conseil qui doit s’appliquer au plus grand nombre comme l’a suggéré une étude conduite chez 1098 individus de l’état du Colorado (2). Les volontaires, âgés en moyenne de 44 ans et affichant un BMI moyen de 25.3, ont participé à une courte expérience, qui consistait à porter un pédomètre pendant 4 jours, afin de comptabiliser le nombre de pas effectués par jour. Résultats : environ 33 % des participants parcouraient moins de 5000 pas par jour, alors que la moyenne se situait aux alentours de 6800 pas par jour et seulement 16 % atteignaient les 10.000 pas quotidiens actuellement recommandés par de nombreux spécialistes.

Les principaux déterminants du nombre de pas réalisés quotidiennement sont l’âge (plus on vieillit, moins on bouge), le statut marital (les couples mariés sont moins actifs), les revenus (les personnes percevant des salaires oscillant entre 25.000 et 100.000 dollars font plus d’exercice) et… l’augmentation du BMI. En effet, dans cette étude, comme on pouvait raisonnablement s’y attendre, les individus obèses (BMI > ou = à 30) ont effectué près de 2000 pas en moins chaque jour que les personnes de poids normal. Stimuler la marche est vraisemblablement donc un premier objectif à viser pour augmenter l’activité physique chez une personne en excès de poids.

Les chiffres de l’inactivité selon l’OMS

  • Au moins 60 % de la population mondiale n’atteint pas les recommandations de 30 minutes d’activité physique modérée par jour
  • Le risque de contracter une maladie cardio-vasculaire est multiplié par 1.5 chez les individus qui ne suivent pas ces recommandations
  • L’inactivité physique (moins d’une heure d’activité physique par semaine) causerait près de 2 millions de décès chaque année à travers le monde et doublerait la mortalité cardio-vasculaire
  • L’inactivité serait responsable de 10 à 16 % des cas de cancer du sein, de cancer colorectal et de diabète ainsi que 22 % des cas de maladies cardiaques ischémiques
  • La prévalence globale de l’inactivité physique est estimée à 17 % chez les adultes
  • Une activité insuffisante (moins de 2h30 par semaine d’activité physique modérée) concernerait entre 31 et 51 % de la population mondiale
  • L’inactivité aurait coûté près de 75 milliards de dollars aux Etats-Unis en soins de santé pour l’année 2000…
Faire durer le plaisir...

Autres critères récemment évalués: la durée et l’intensité de l’exercice qui accompagne un régime (3). Une expérience menée chez des femmes en surcharge pondérale âgées de 21 à 45 ans arrive ainsi à la conclusion que pour perdre du poids… l’adage qui dit que l’important n’est pas de courir vite, mais de courir longtemps, est toujours d’actualité ! Pendant 12 mois, les volontaires ont été assignées à un large programme d’amaigrissement incluant des réunions de groupe, des restrictions caloriques et du soutien téléphonique. Elles étaient également divisées en 4 groupes, appliquant des durées et des intensités variable d’exercice : intensité vigoureuse/durée élevée, intensité modérée/durée élevée, intensité modérée/durée modérée et intensité vigoureuse/durée modérée. Tous les groupes ont débuté le programme par des séances d’exercice d’intensité et de durée modérée (100 minutes de marche par semaine), avant d’augmenter progressivement, selon les groupes l’intensité, ainsi que la durée des exercices (respectivement 200, 300, 200 et 150 minutes par semaine).

Bilan : après un an, la perte de poids moyenne était dans chaque groupe, respectivement de 8.9, 8.2, 6.3 et 7.0 kg, mais aucun effet de l’intensité ou de la durée ne pouvait être directement attribué au changement de poids corporel ou de BMI. En revanche, lorsque que les auteurs ont uniquement considéré la durée hebdomadaire moyenne de l’activité physique, les résultats étaient beaucoup plus concluants : les volontaires des groupes pratiquant une activité physique à raison de plus de 200 minutes par semaine ont perdu plus de poids corporel que ceux faisant moins de 150 minutes hebdomadaires. Une constatation valable également pour la capacité cardiorespiratoire, qui est augmentée seulement avec la durée de l’effort. Des résultats qui sont en phase avec la recommandation minimale de 30 minutes d’activité modérée par jour prônée par l’OMS… Une autre étude (4) sur le sujet ajoute également l’importance de la variété des exercices, plutôt que de leur intensité, un facteur qui semble d’ailleurs associé à une risque plus faible de la maladie d’Alzheimer chez la personne âgée.

Exercice et syndrome métabolique

L’activité physique peut aussi avoir parfois des répercussions inattendues, notamment face à l’usage systématique de certains médicaments. Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Pittsburgh, dans l’état de Pennsylvanie, suggère à ce propos que l’exercice physique est plus utile que la metformine chez les personnes en excès de poids et présentant un syndrome métabolique. Enrôlés pendant 3 ans environ dans un programme de prévention du diabète, les 3234 volontaires ont été assignés à trois groupes différents : un recevant de la metformine, un recevant un placebo et un suivant un programme d’amaigrissement intensif ambitionnant une perte de poids de 7 % et 150 minutes d’exercice par semaine.

Au terme de l’étude, le programme d’intervention s’est soldé par une diminution du taux de syndrome métabolique de 41 % dans la population étudiée, alors que dans le groupe metformine, ce taux chutait seulement de 17 % en comparaison du placebo. De quoi surenchérir à nouveau sur la nécessité d’implémenter d’abord des changements dans les comportements, avant de recourir à la prescription médicale.

Références

  • Etude TNS Media 2003
  • Wyatt HR et al. Med Sci Sports Exerc 2005 ;37(5) :724-30
  • Chambliss HO. Clin J Sport Med 2005 ; 15(2) :113-5
  • Podewils LJ et al Am J Epidemiol, 2005; 161(7):639-51
  • Orchard TJ et al. Ann Intern Med 2005;142(8):611-9
(Par Nicolas Rousseau " HEALTH & FOOD " numéro 71, Mai/Juin 2005 )

SOURCE : Health and Food

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