Evitez l'obsession du poids, affirme un spécialiste de l'obésité

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« Nous devons changer notre perception de l'obésité, cesser d'être obsédés par notre poids et notre IMC et, par-dessus tout, revoir l'utilisation clinique appropriée des médicaments amaigrissants », déclare un réputé spécialiste de l'obésité, Dr Jean Pierre Després, dans le cadre de la conférence de la Fondation des maladies du coeur du Canada, au cours du Congrès canadien de santé cardiovasculaire 2007.

« Fondation des maladies du coeur du Canada » « Bien qu’elles soient obèses, certaines personnes sont tout de même en bonne santé, tandis que d’autres, qui ont la même quantité de tissus adipeux, souffrent de maladies du c½ur ou de diabète. Il existe des moyens simples pour les différencier, mais les professionnels de la santé n’utilisent pas encore ces outils essentiels pour identifier les personnes les plus à risque. »

« La recherche, les programmes de santé et l’information sur la santé aidant à enrayer l’obésité sont une priorité stratégique pour la Fondation des maladies du c½ur », dit Stephen Samis, directeur des politiques de santé de la Fondation des maladies du c½ur du Canada. C’est pourquoi nous sommes ravis d’inviter cette année, à l’occasion de notre conférence, un chef de file international dans ce domaine comme Dr Després. »

La Fondation finance des recherches ciblées sur l’obésité et a créé un plan d’action national de lutte contre l’obésité afin d’offrir des moyens pratiques de contrer l’obésité dans toutes les localités du pays.

Dr Després, directeur de la recherche en cardiologie au Centre de recherches de l’Hôpital Laval et directeur scientifique de la Chaire internationale sur les risques métaboliques de l’Université Laval à Québec, milite en faveur de deux mesures simples destinées à identifier les personnes à risque élevé de syndrome métabolique, un ensemble de facteurs de risques reliés aux maladies du c½ur, aux AVC et au diabète. « Un tour de taille important, combiné à des taux élevés de triglycérides dans le sang lorsqu’elle est à jeun, signifie que la personne présente 80 % de risques de souffrir du syndrome métabolique. »

Selon le Dr Després, une enquête auprès des hommes d’âge moyen vivant à Québec, la célèbre Quebec Cardiovascular Study, a indiqué que la présence de caractéristiques associées au syndrome métabolique correspondait à des risques 20 fois plus élevés de cardiopathie ischémique.

Un tour de taille supérieur à 90 cm pourrait être malsain s’il est accompagné d’un taux de triglycérides sanguin supérieur à 2 mmol/litre. Dr Després croit que ces mesures devraient constituer une norme pour tout examen physique effectué par un professionnel de la santé.

« L’obésité est au 21e siècle ce que le cholestérol représentait au 20e siècle. Bien qu’elle soit identifiée comme l’un des facteurs de risque associés aux maladies du c½ur et à d’autres problèmes de santé, l’obésité demeure mal comprise et mal définie. »

Le galon qui en dit long

Selon le Dr Després, la question de l’obésité dépasse celles du poids et des tissus adipeux. C’est la raison pour laquelle l’indice de masse corporelle (IMC) peut échouer à déceler les personnes à risque ou identifier faussement des risques chez les personnes dont le poids ne menace aucunement la santé cardiovasculaire. Il fait remarquer que le tour de taille peut révéler un excédent de tissus gras abdominaux et que les triglycérides indiquent de quelle façon l’organisme emmagasine le gras.

Les tissus adipeux viscéraux emmagasinés dans les organes de l’abdomen sont les plus dangereux. Le gras sous-cutané est situé juste sous la surface de la peau. Des taux élevés de triglycérides indiquent la présence de gras viscéral potentiellement dangereux.

La vérité sur les produits amaigrissants

Dr Després conseille de faire preuve de grande prudence lorsque des médicaments amaigrissants sont prescrits en vue de « traiter » l’obésité. « Je suis en désaccord complet avec l’utilisation de médicaments amaigrissants uniquement dans le but de perdre du poids, dit-il. Dans certains cas, les médicaments peuvent s’avérer nécessaires d’un point de vue médical, mais il faut davantage cibler les patients auxquels ils sont prescrits, en considérant leur état de santé général, pas seulement leur poids. »

Il a pu constater l’importance de cette question de santé mondiale dans le cadre de ses propres études cliniques. « L’un de nos patients n’a perdu que 500 g (une livre) pendant toute la durée d’un programme d’un an, mais son tour de taille a diminué de six cm, ce qui indique une perte substantielle de gras viscéral. Celle-ci contribue beaucoup plus à sa santé que la perte de kilos supplémentaires n’aurait pu le faire. »

Contrer l’obésité par une simple ordonnance

Dr Després est d’avis que l’adoption de deux mesures simples pourrait faire une grande différence pour ralentir et, il l’espère, renverser l’augmentation alarmante de l’obésité à laquelle nous assistons présentement.

La première mesure consiste à mieux identifier et traiter, en pratique clinique, les personnes dont le poids représente un risque pour la santé, et d’offrir plus de soutien aux personnes qui tentent de modifier leurs modes de vie afin d’améliorer leur santé cardiaque.

« D’après les résultats de notre étude continue sur les modifications de modes de vie, nous savons que les patients qui peuvent compter sur le soutien d’une équipe de soins de santé, qui ont un accès régulier et continu aux services d’un diététiste et d’un spécialiste de l’exercice ou d’un kinésiologue, connaîtront beaucoup plus de succès dans leurs tentatives pour modifier leurs modes de vie de façon permanente. » Dr Després estime le coût de tels services à environ 1000 $ par patient par année, une aubaine comparativement aux coûts d’hospitalisation et de soins de santé continus dont on besoin ceux et celles qui développent une maladie du c½ur ou le diabète.

La deuxième mesure consiste à repenser le milieu dans lequel nous vivons. « Il ne fait aucun doute que nos enfants doivent pouvoir accéder à de l’activité physique et des aliments sains à tous les jours en milieu scolaire, affirme Dr Després. Mais ils ont également besoin d’exemples pour apprendre. Ainsi, nous devons tous augmenter notre niveau d’activité physique et manger plus sainement au quotidien. »

« Par-dessus tout, il faut abolir le mot « régime » et nous concentrer sur l’activité et la forme physique, de même que sur une saine alimentation, plutôt que sur le poids.

Organisme bénévole de bienfaisance en santé, la Fondation des maladies du c½ur (www.fmcoeur.ca) mène la lutte vers l’élimination des maladies du c½ur et des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et la réduction de leur impact, en contribuant activement à l’avancement de la recherche et sa mise en application, la promotion de modes de vie sains, et la représentation auprès des instances responsables des politiques de santé.

Les déclarations et conclusions sont uniquement celles des auteurs de cette étude et ne reflètent en aucune façon la politique ou la position de la Fondation. La Fondation des maladies du c½ur du Canada ne fait aucune représentation et ne garantit ni leur exactitude, ni leur fiabilité.

(Communiqué de presse du 17 octobre 2007a)

SOURCE : Fondation des maladies du coeur du Canada

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