Europe-USA : ce que manger veut dire...

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Ici, c'est plutôt le plaisir culinaire, les bons plats partagés ensemble. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est le souci de la diététique et de la santé, l'angoisse de « ne pas y arriver ». Question de culture : on ne mange pas de la même façon en Europe et aux Etats-Unis, et les conséquences ne sont pas les mêmes...

Plus de 7000 personnes en France, Italie, Suisse, Allemagne, Angleterre et Etats-Unis ont répondu à une enquête sur leurs attitudes vis-à-vis de l'alimentation, du corps et de la santé. Claude Fischler [1] et Estelle Masson [2] en ont fait un livre [3] qui vient de sortir. Premier constat : d'un pays à l'autre, manger ne veut pas dire la même chose. Il y a un « partage du monde » alimentaire. En France, en Italie, en Suisse, on pense produit, goût, terroir. En Amérique du Nord et assez largement en Grande-Bretagne, on pense surtout nutrition, responsabilité envers son corps et sa santé. Même si l'Allemagne occupe plutôt une position intermédiaire, on peut grosso modo distinguer une Europe continentale et un monde anglo-saxon (Etats-Unis, Angleterre).

En Europe, on est dans le culinaire, alors qu'Outre Atlantique, on est dans le diététique, à la recherche d'un régime idéal qui permettrait de mieux fonctionner, retarder la maladie et vivre plus longtemps. La santé est l'objectif principal, alors qu'en Europe, c'est plutôt le plaisir de manger.

La perception des produits n'est pas non plus la même. Pour les Européens, il y a souvent une nostalgie, attribuée à la perte de goût des aliments. Rien de tel aux Etats-Unis ou en Angleterre, où les produits sont considérés comme meilleurs aujourd'hui.

Dans la « vieille Europe », manger renvoie aussi à un plaisir partagé. C'est le plaisir de se mettre à table avec d'autres pour savourer un bon plat en prenant son temps sans faire autre chose en même temps... Aux Etats-Unis, un tel comportement serait la plupart du temps vécu comme une contrainte : manger est plutôt un acte intime et personnel. Le mangeur est seul, préoccupé de faire les bons choix et inquiet de ne pas y parvenir.

Les conséquences apparentes ne sont pas les mêmes. Un taux d'obésité record aux Etats-Unis et trois fois plus de maladies cardiovasculaires qu'en France. Même si nous mangeons aussi « gras » : c'est le fameux paradoxe français, resté inexpliqué... Et si le plaisir de manger jouait un rôle ?

Même si toutes les sociétés ont l'air d'évoluer vers « l'américanisation » (du « traditionnel » à la modernité « individualiste »), les conceptions culturelles entraînent encore des comportements alimentaires très différents, estiment les auteurs de l'enquête. Chaque pays garde une « dominante ». Les jeunes Français tendent plus vers l'autonomie et l'individualisme anglo-saxon que leurs compatriotes plus âgés, mais le sont moins que leurs pairs américains ou britanniques. Pour C. Fischler, il est important en tout cas de continuer à cultiver les usages sociaux de la cuisine et du repas. L'alimentation a besoin d'être « réenchantée » !

Pour en savoir plus, lire aussi l'interview de Claude Fischler et Estelle Masson sur le site de l'OCHA

Sources et références :

  1. Sociologue, directeur de recherche au CNRS.
  2. Maître de conférences en psychologie sociale à l'Université de Brest.
  3. Claude Fischler et Estelle Masson. « MANGER. Français, Européens et Américains face à l'alimentation ». Odile Jacob 2008.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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