Etiquetage nutritionnel de Carrefour : la fausse bonne idée qui dérange les scientifiques

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Le distributeur Carrefour a annoncé le 24 septembre dernier la mise en place de son nouveau système d'étiquetage nutritionnel, baptisé « aquellefréquence ». Prévu pour être présent sur la face avant des emballages de ses produits de marque dès 2015, ce nouvel indicateur coloré a été conçu pour guider les consommateurs dans leurs choix alimentaires... Cependant ce système est très critiqué, notamment pour son manque de base scientifique et surtout parce qu’il vient court-circuiter les réflexions actuelles des pouvoirs publics sur la mise en place d’un système unique d'étiquetage nutritionnel simple, intuitif et compréhensible par tous...

Carrefour a dévoilé le 24 septembre dernier le système d’étiquetage nutritionnel simplifié dont il souhaite la mise en place d'ici la fin de l’année sur l’emballage de ses produits de marque.

L’engagement d’un grand opérateur économique dans une démarche de transparence sur les aliments serait louable s’il répondait à une démarche de santé publique en cohérence avec la dynamique actuellement proposée par le Ministère de la Santé.

C'est ce que dénoncent 80 spécialistes de la Nutrition, de la Santé Publique, de la Pédiatrie, de la Cardiologie et d’autres spécialités médicales, des professionnels de santé et de promotion de la santé et de très nombreuses associations et sociétés savantes représentant des milliers d’experts, acteurs de terrain, usagers et patients qui ont signé une tribune à paraître aujourd'hui dans le Journal International de Médecine (jim.fr).

Les signataires rappellent que l’engagement d’un grand opérateur économique pour promouvoir la transparence sur la qualité nutritionnelle des aliments serait tout à fait intéressant s’il répondait réellement à une démarche de santé publique en cohérence avec la dynamique actuellement proposée par le Ministère de la Santé. Malheureusement le système proposé est particulièrement critiquable car les seuils, la forme et les messages retenus ont été fixés sans aucune validation scientifique concertée par des experts indépendants et des consommateurs. D’autre part, il est mis en place sans attendre le cadre d’un système unique officiel validé par les pouvoirs publics.

Le système proposé par Carrefour est ainsi critiquable à plusieurs égards :

  • il est mis en place sans attendre le cadre d’un système unique officiel validé par les pouvoirs publics. La proposition de ce cadre avait précisément pour but d’éviter que chaque opérateur économique fixe ses propres seuils et la forme de son logo et attribue lui-même les notes à ses produits… L’ANSES a été saisie pour fixer d’ici le mois de novembre les 4 seuils qui permettront de définir les 5 catégories de qualité nutritionnelle pour les aliments (comme préconisé dans le rapport Hercberg),
  • il dévoie la proposition de système coloriel à 5 couleurs du rapport Hercberg en supprimant une des 5 catégories proposées, la catégorie « rouge ». Aucun argument ne justifie ce retrait, au contraire les travaux épidémiologiques et d’économie expérimentale soulignent l’intérêt et l’absence de culpabilisation de la pastille rouge sur un logo coloriel (utilisé ou préconisé dans d’autres pays européens),
  • il véhicule des messages d'accompagnement de type "prescriptif" (1 fois par jour, 2 fois par jour, 3 fois par jour,…) indéfendables sur le plan scientifique. Cet affichage sera un facteur de confusion majeur pour les consommateurs (par exemple dans le catalogue proposé, la pizza au fromage est « à consommer 1 fois par jour », le dessert stracciatella « 2 fois par jour », la boîte de petits pois « 3 fois par jour »…).
Les seuils, la forme et les messages ont été fixés sans aucune validation scientifique concertée par des experts indépendants et des consommateurs. L’annonce de ce système illustre les risques de cacophonie en l’absence d’une législation dans ce domaine, au moment même où elle est annoncée par la Ministre de la Santé dans sa prochaine Loi de santé publique.

Refusant que l’information nutritionnelle puisse être réduite à une opération de marketing, les signataires de la présente tribune demandent :

  • au groupe Carrefour de renoncer à la mise en place de son système inacceptable sur le plan scientifique et de santé publique et de reprendre son initiative dès que le système unique validé par les pouvoirs publics sera officialisé,
  • aux parlementaires de voter le principe d’un étiquetage nutritionnel simplifié unique, tel qu’il figure dans le projet de Loi de Santé Publique,
  • aux pouvoirs publics de publier dès maintenant le format de cet étiquetage correspondant au système coloriel à 5 couleurs s’appuyant sur les seuils fixés par l’ANSES.

C’est dans cette démarche, qu’une pétition citoyenne sur Internet (déjà forte de plus de 24 000 signatures) a été lancée par 33 sociétés savantes et associations. Une forte mobilisation des consommateurs, patients et professionnels de santé doit permettre de peser dans les étapes à venir afin que soit adopté le principe d’un étiquetage unique dans la Loi de Santé Publique et publié sans délai le modèle officiel.

Pour signer la pétition, cliquer ici

SOURCE : Société française de santé publique

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