Et si notre assiette influençait les gènes du futur bébé ?

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Aujourd’hui, la découverte de la grossesse et son suivi, n’interviennent que plusieurs semaines après la conception, une fois que la majorité des événements embryonnaires ont déjà eu lieu. Or, l'importance de l'alimentation pour la santé tout au long de la vie avec les nouvelles connaissances en épigénétique [1], nous révèle l’intérêt d’un conseil nutritionnel dès le désir de grossesse, pour le couple de parents, dans l’intérêt du futur bébé et adulte...

« Et si notre assiette influençait les gènes du futur bébé ? » - Crédit photo : www.pileje.fr En effet, c’est dès la gamétogénèse [2] que peuvent se mettre en place des mécanismes épigénétiques favorables à la santé à long terme grâce à des apports adaptés en certaines vitamines et autres micronutriments. L’épigénétique vient ainsi confirmer, s’il en était besoin, le rôle préventif d’une alimentation santé, variée et équilibrée, pour nous-mêmes et notre descendance...

Zoom sur la méthylation, mécanisme majeur de l’épigénétique

Les processus épigénétiques ne modifient en rien le code génétique, ils interviennent sur l’expression de nos gènes par différents mécanismes, parmi lesquels : la méthylation [3] de l’ADN, l’adjonction de petites molécules, appelées “groupements méthyles” directement sur l’ADN. Ces derniers fonctionnent comme des interrupteurs qui ont le pouvoir de mettre nos gênes en mode off, c'est-à-dire de les empêcher de s’exprimer.

Obtenus grâce à des réactions biochimiques, les groupements méthyles ont besoin de ce que l’on appelle « des donneurs de méthyles ». De quoi s’agit-il ? De protéines alimentaires riches en méthionine, d’aliments contenant de la bétaine mais aussi de vitamines : les folates (ou acides folique ou vitamine B9), et les vitamines B12, B6. À cela s’ajoutent des « activateurs » : la vitamine B2, le zinc, la choline qui vont potentialiser ces réactions biochimiques.

Pour que le capital méthyle soit optimal, il faut que ces acteurs micronutritionnels soient présents en quantité suffisante. S’il est très difficile d’agir sur le code génétique, il est néanmoins possible d’influencer favorablement l’expression de nos gènes, en optimisant notre capital méthyle par l’alimentation.

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La période de périconception, le rendez-vous à ne pas manquer !

Une part importante de notre santé à long terme se décide avant notre naissance. Du désir d’enfant jusqu’à la fin de la grossesse se programme l’installation de processus épigénétiques essentiels.

Les modifications épigénétiques pendant la période périconceptionnelle

C’est au moment de la gamétogènese et de la fécondation qu’ont lieu les processus de méthylation. C’est pourquoi les semaines qui entourent la conception constituent un moment où il est intéressant de s’assurer que les apports en « donneurs de méthyles » sont adaptés et suffisants.

Un conseil nutritionnel précoce, dès le projet de grossesse

Les couples ayant un projet de grossesse sont concernés par un conseil micronutritionnel, et ce avant même la conception. Une estimation du statut micronutritionnel des futurs parents est importante dès le désir d’enfant. C’est dès 6 à 8 semaines avant la fécondation que les besoins en vitamines B9, B6, B12... entrent en jeu, et que des apports nutritionnels corrects sont recommandés pour obtenir un bon niveau de méthylation. Cette consultation (Poujade 2008) permettrait de définir les besoins nutritionnels en fonction de son bilan biologique mais aussi de ses antécédents familiaux.

Quels besoins pendant la grossesse ?

Les besoins énergétiques : ils sont accrus du fait de la croissance du foetus, mais aussi des modifications physiologiques de la mère. À peu près 300 calories supplémentaires par jour sont nécessaires à la future maman.

Les besoins en protéines : les femmes enceintes devraient en consommer environ 60g/jour, de sources aussi bien végétale qu’animale. Les protéines servent d’éléments de base à nos cellules.

Le calcium : il est nécessaire à la constitution du squelette du foetus, et évite la décalcification de la mère. Un apport quotidien de 1200mg/jour est conseillé.

La Vitamine D : elle favorise la fixation du calcium sur le squelette du foetus.

Le Fer : la grossesse entraîne une augmentation des besoins en fer. Il assure le transport de l’oxygène dans le sang de la mère et du foetus, et constitue les réserves en fer de ce dernier.

Les acteurs du capital méthyle : les vitamines B9, B12, B6 sont des donneurs de méthyle qui interviennent dans le mécanisme de méthylation. La vitamine B2 et le zinc servent d’activateurs.

Les folates (ou vitamines B9) : l’apport en folates est important dans la prévention d’une malformation du système nerveux de l’enfant. Il contribue à prévenir aussi le risque de naissance prématurée et de faible poids de naissance. Cet apport doit idéalement être optimal plusieurs semaines avant le début de la grossesse. En France il existe des recommandations officielles pour la supplémentation en folates en période périconceptionnelle. La supplémentation conseillé est de 400μg/jour, depuis un mois (minimum) avant la conception, jusqu’à 3 mois après.

Le DHA ou acide docosahéxanoïque, un acide gras de la famille des omégas 3 : avec une meilleure croissance foetale, une meilleure acuité visuelle et un meilleur développement cognitif des nourrissons. C'est en fin de grossesse, entre les semaines 26 et 40, que la quantité de DHA augmente particulièrement. Celui-ci est indispensable à la croissance du cerveau. Cependant à la naissance, il y a six fois plus de DHA dans le tissu adipeux que dans le cerveau. Cette réserve de DHA constitue un système de régulation qui permettra dans les premiers mois de vie le développement cérébral. (Uauy, 2000).

Avis du Dr Laurence Benedetti, spécialiste en alimentation santé et micronutrition

Face à une patiente en bonne santé qui souhaite arrêter sa contraception et avoir un bébé, nous commençons par établir un état des lieux micronutritionnel, d’abord par des questionnaires, puis par un bilan biologique. Il s’agit d’un bilan biologique « classique », qui nous permettra de mesurer la ferritine, la vitamine D, la glycémie, l’iodurie, l’homocystéinémie (qui donne des indications sur les apports en donneurs de méthyles) et de confirmer d’éventuels déficits, particulièrement suivis en période de grossesse. Nous pouvons alors conseiller un programme alimentaire diversifié et équilibré, ainsi qu’une complémentation, si nécessaire.

L’assiette épigénétique en période périconceptionnelle !

Zoom sur les aliments à privilégier pour composer la parfaite assiette épigénétique :

  • Les légumes verts à feuilles saupoudrés de levure de bière, sources de vitamine B9
  • Avocat, soja, levure de bière, source de B6
  • Abats, huitres, poissons, laitages, oeufs (les jaunes), sources de B12
  • Sardine, maquereau, saumon, riches en oméga 3 (EPA et DHA)
  • Germes de soja, oeufs, foie, sources de choline
  • Épinards, crevettes, sources de bétaïne
  • Huîtres, germes de blé, sources de zinc

En raison d'une alimentation déséquilibrée, 47% des femmes de 20 à 35 ans n’ont pas les apports recommandés en folates (vitamines B9) selon l’étude SUVIMAX. C’est pourquoi une complémentation peut s’avérer nécessaire.

Intérêt de la micronutrition

La micronutrition s’intéresse à l’impact des micronutriments (vitamines, minéraux, oligo-éléments, acides gras, probiotiques) sur la santé ; elle en évalue les déficits et les déséquilibres et recherche les moyens d’optimiser le statut micronutritionnel.

Elle passe par un conseil personnalisé tenant compte des besoins de chacun, selon les catégories de population (femmes enceintes, grands sportifs, personnes âgées...) et grâce à un bilan individuel.

Pour un suivi adéquat, il est possible de faire appel à un spécialiste de la micronutrition : via des questionnaires cliniques, un bilan biologique et donc une vérification des besoins en micronutriments, il pourra conseiller une complémentation, quand celle-ci est indiquée.

Pour de plus amples informations et pour obtenir les coordonnées d’un spécialiste en micronutrition proche de chez vous, consulter www.iedm.asso.fr

Notes :

  1. L'épigénétique, domaine de recherche encore peu connu de la biologie, est dans son sens le plus récent l'ensemble des modifications (transmissibles d'une génération à l'autre et réversibles) de l'expression des gènes sans altération des séquences nucléotidiques. Elle nous ouvre de nouvelles perspectives dans le domaine de la santé (En savoir plus : « L’hérédité sans gènes », Andràs Pàldi, éditions Le Pommier, Cité des sciences et de l’industrie).
  2. La gamétogénèse est le mécanisme biologique par lequel les gamètes sont formées dans l'organisme. La gamète est une cellule germinale (reproductrice), ovule ou spermatozoïde, qui lors de la fécondation, fusionne pour former le zygote (oeuf).
  3. 30% des processus de méthylation peuvent s’effectuer au cours de notre vie (Thorleifsson 2009).

(Forum de micronutrition à l'Institut Pasteur de Paris, 13 mars 2010 - www.pileje-micronutrition.fr - IEDM)

Source : Alexandre Glouchkoff

SOURCE : Toute la diététique !

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