Et si l'obésité était une histoire de flore...

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On explique classiquement la pandémie mondiale d'obésité comme une résultante de mécanismes génétiques et de facteurs d'environnement. Plus grande disponibilité alimentaire, alimentation riche en graisses, inactivité physique croissante... font l'objet d'un consensus, mais aucun de ces facteurs ne peut à lui seul expliquer l'augmentation constante de la prévalence de l'obésité. Depuis quelque temps la flore intestinale intéresse les chercheurs.

Une modification de la flore intestinale

Récemment, il a été suggéré que l'obésité pourrait se propager par le biais des liens sociaux. En effet, les personnes qui font partie de l'entourage amical d'un obèse, ainsi que les frères, sœurs et conjoints de personnes obèses, ont une plus forte probabilité de devenir eux-mêmes obèses. A coté de facteurs génétiques, il y aurait ainsi une transmissibilité de l'obésité lié à un environnement commun...

Autre piste, le rôle des modifications de la microflore intestinale est actuellement envisagé comme une des causes possibles de l'épidémie d'obésité. Certains modèles expérimentaux suggèrent que des cas d'obésité pourraient être causés par un agent infectieux et divers virus sont associés à des obésités animales. En utilisant des techniques de métagénomique, on a pu montrer que le microbiote des obèses était différent des non obèses. Il existe aujourd'hui des arguments en faveur de l'intervention de mécanismes bactériens dans l'épidémie d'obésité, pouvant être la conséquence de l'ingestion d'antibiotiques et de probiotiques aboutissant à une modification de la flore intestinale.

Un rôle majeur dans la digestion des nutriments et leur conversion en énergie

La flore intestinale joue un rôle majeur dans la digestion des nutriments et leur conversion en énergie. A titre d'exemple, le butyrate, un composant central du cycle énergétique, est produit à partir des amidons résistants sous l'effet de la microflore intestinale (en particulier de bactéries gram + tels les Firmicutes). Les bactéries de la flore intestinale sont 10 fois plus nombreuses que les cellules de l'organisme, atteignant des populations de 1013 à 1014 microorganismes. Les quelques 72 espèces différentes identifiées dérivent de deux principales familles : les Firmicutes et les Bacteroidetes. La flore est constituée durant la première année de vie. Sa composition et, par conséquent, ses capacités métaboliques peuvent être influencées par des facteurs environnementaux.

Des expériences de transplantation de flore chez l'animal

Diverses études ont démontré un rôle de la flore intestinale dans la prise de poids, l'augmentation de la masse grasse et la résistance à l'insuline chez la souris. Ainsi, la colonisation de souris axéniques (dépourvues de flore intestinale) par un microbiote de souris entraine une augmentation massive de la masse grasse (de + de 60%) et une insulinorésistance. Ces phénomènes n'étant pas liés à une augmentation de la prise alimentaire, mais à une élévation de la conversion des nutriments en énergie.

On a pu associer une prédisposition génétique à l'obésité avec certains types de composition de flore intestinale se traduisant par une augmentation du rapport Firmicutes/Bacteroidetes. Chez des souris non génétiquement obèses, la composition de la flore intestinale des descendants reflète celle de la mère. Des expériences de transplantation de flore intestinale de souris, soit minces, soit obèses, chez des souris dépourvues de flore, résultent respectivement en moins ou plus de masse grasse pour un apport calorique identique.

Antibiotiques et probiotiques sur la sellette...

Chez les humains, le rapport Firmicutes / Bacteroidetes est plus élevé chez les obèses que chez les non obèses. De plus, quand on prend en compte l'impact du régime (hypocalorique ou hypoglucidique) ce rapport diminue. Ces données suggèrent qu'on pourrait contrôler le poids corporel en manipulant la composition de la flore intestinale, indépendamment de toute prédisposition génétique ou de modification du régime alimentaire.

L'agriculture offre un bon exemple de l'influence des modifications de la flore sur le poids corporel. En élevage, des antibiotiques ont été utilisée depuis longtemps pour favoriser la croissance des animaux et certains probiotiques, comme les Lactobacillus, augmentent le poids des volailles...

Ainsi, antibiotiques et probiotiques pourraient peut être jouer de tels rôles chez les humains... On a proposé un lien possible entre l'augmentation de l'utilisation d'antibiotiques chez les enfants et l'obésité...

Les probiotiques sont largement utilisés aujourd'hui en alimentation humaine : de nombreux laits fermentes contiennent des Lactobacillus et des Bifidobacterium... On utilise également les probiotiques en traitement des diarrhées ou en prévention de troubles intestinaux. Leur rôle à long terme sur la prise de poids n'a jamais été évalué...

(Par le Dr Thierry Gibault, endocrinologue, nutritionniste, d'après Raoult D. "Obesity pandemics and the modification of digestive bacterial flora", Eur J Clin Microbiol Infect Dis. - Equation Nutrition n°101 - Septembre 2010)

SOURCE : APRIFEL

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