Environnement alimentaire et nutrition : pas si simple...

lu 3028 fois

Dans les pays industrialisés comme l’Australie, peu de personnes atteignent les recommandations nutritionnelles pour les fruits et légumes [1]. Au niveau national, on rapporte souvent des comportements alimentaires malsains, avec une prévalence plus élevée dans les quartiers défavorisés. L’environnement alimentaire des quartiers défavorisés réduirait-il les possibilités de s’alimenter sainement ?

L’environnement alimentaire agirait à la fois par le biais d’un environnement « communautaire », lié au type et à l’emplacement des magasins d’alimentation dans le quartier, et d’un environnement «du consommateur » lié à des facteurs propres aux magasins comme la disponibilité des produits, leur qualité, leur prix, les horaires d’ouverture [2]... Ainsi, dans un quartier défavorisé, si l’environnement ne favorise pas une alimentation saine, tant au niveau du consommateur (les produits frais, riches en fibres et à faible teneur en matières grasses ne sont pas disponibles dans les magasins de quartier) que communautaire (les commerces qui vendent ces produits ne sont pas accessibles), les choix alimentaires deviennent forcément plus difficiles pour les habitants de ces quartiers.

Une moindre consommation de légumes dans les quartiers défavorisés

Récemment, une enquête a été menée pour déterminer si les comportements alimentaires sont influencés par les pénuries au niveau des quartiers. Si c’est le cas, les caractéristiques des environnements communautaire et du consommateur du quartier pourraient-elles expliquer ces associations [3] ?

Cette étude a été conduite chez 1399 femmes, habitant 45 quartiers plus ou moins défavorisés. Même si elles s’alimentent de manière différente des hommes, il est plus intéressant de se focaliser sur les femmes. En effet, leur style alimentaire et leurs achats sont souvent prédictifs de l’alimentation de la famille, surtout celle des enfants. Les données de l’enquête portant sur la consommation des fruits, des légumes et de produits de restauration rapide, ont été comparées aux mesures objectives des emplacements des points de vente alimentaires (supermarchés, primeurs, nombre et proximité des établissements de restauration rapide) et des facteurs intrinsèques aux commerces (prix et disponibilité dans les supermarchés et les primeurs). Après ajustement pour les facteurs démographiques et socio-économiques des individus, le fait de vivre dans des quartiers défavorisés était associé à une moindre consommation de légumes et à une fréquentation plus élevée de la restauration rapide. En revanche, on ne retrouvait pas d’association avec la consommation de fruits.

L’hypothèse de départ de cette étude est que l’association entre l’alimentation et les quartiers défavorisés s’expliquerait par des différences d’environnement nutritionnel. Si notre étude a effectivement retrouvé une alimentation de moindre qualité chez les femmes des quartiers défavorisés de Melbourne, les différences ne pouvaient pas être totalement attribuées à un environnement alimentaire moins favorable. Une partie de l’explication partielle serait que les facteurs environnementaux traduisant une mauvaise alimentation ne sont pas tous réunis dans les quartiers défavorisés. Pour mieux comprendre, par exemple, les prix des fruits et légumes (qui réprésentent un des freins classiques de leur consommation) sont généralement plus bas dans les quartiers les plus défavorisés.

Trois facteurs déterminant l’achat et la consommation d’aliments sains

A l’heure actuelle, les données internationales concernant l’influence directe sur l’achat des aliments de facteurs liés au quartier (comme l’accessibilité des magasins d’alimentation) restent contradictoires. Des enquêtes sont nécessaires pour éclaircir cette question. Il a été suggéré que des comportements sains – en l’occurrence, l’achat et la consommation d’aliments sains – seraient liés à trois facteurs déterminants [4] :

  1. la motivation (les croyances et la volonté des personnes)
  2. l’habileté (le savoir-faire et la confiance en soi d’une personne)
  3. l’opportunité (si l’environnement permet d’effectuer des comportements sains)

Si le bon sens permet de penser qu’un accès facile aux aliments contribue aux comportements alimentaires dans un quartier, les études restent contradictoires. Pourquoi ? La mesure de l’accès aux aliments pourrait ne pas reflèter de façon fidèle l’exposition quotidienne d’une personne aux différents magasins d’alimentation. Privilégier une mesure individualisée de l’exposition Il faut donc mieux mieux comprendre quels facteurs environnementaux déterminent les achats alimentaires. Ce sont eux qui pourraient être modifiés pour promouvoir une meilleure alimentation. Ainsi, la prochaine étape des recherches devrait évoluer vers des mesures individuelles de l’exposition réelle de chaque personne durant ses déplacements quotidiens (exposition géographique).

Bien que l’on reconnaisse de plus en plus l’importance des facteurs de l’environnement urbain comme déterminants potentiels des comportements sains, les preuves actuelles ne sont pas concordantes. Cette évolution vers une mesure individualisée de l’exposition s’accorderait parfaitement avec l’amélioration demandée des modèles conceptuels d’influences environnementales sur les comportements sains [5].

Références :

  1. Magarey, A., S. McKean, and L. Daniels, Evaluation of fruit and vegetable intakes of Australian adults: the National Nutrition Survey 1995. Australian and New Zealand Journal of Public Health, 2006. 30(1): p. 32-37.
  2. Glanz, K., et al., Healthy nutrition environments: concepts and measures. American Journal of Health Promotion, 2005. 19(5): p. 330-333.
  3. Thornton, L.E., D.A. Crawford, and K. Ball, Neighbourhood socioeconomic variation in diet: the role of nutrition environments. European Journal of Clinical Nutrition, 2010. 64(12): p. 1423-32.
  4. Brug, J., Determinants of healthy eating: motivation, abilities and environmental opportunities. Family Practice, 2008. 25: p. i50-i55.
  5. Ball, K., A.F. Timperio, and D.A. Crawford, Understanding environmental influences on nutrition and physical activity behaviors: where should we look and what should we count? International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 2006. 3: p. 33.

(Par Lukar Thornton, David Crawford, Kylie Ball - Centre de Recherche sur l’Exercice Physique et la Nutrition, Ecole des Sciences de l’Activité Physique et de la Nutrition, Australie. - Equation Nutrition n° 108 - Avril 2011)

SOURCE : APRIFEL

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s