Envie de chocolat... de nombreuses molécules impliquées

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Le chocolat a un impact sur l’humeur et peut engendrer une sensation de bien-être. Si cet effet est lié en partie à la capacité des glucides à promouvoir des sensations positives (libération de peptides intestinaux et cérébraux), les effets du chocolat sont plus complexes. Ses composés interagissent avec des substances endogènes, à l’origine de la sensation de plaisir.

Les molécules impliquées

« Envie de chocolat... de nombreuses molécules impliquées » - Crédit photo : © FotoliaCannabinoïdes : Le chocolat contient deux analogues de l’anandamine, un cannabinoïde endogène qui se lie aux mêmes sites cérébraux que le cannabis. Mais ces analogues inhibent le métabolisme de l’anandamine endogène, et la consommation de chocolat, même en grande quantité, n’augmente pas la concentration de cannabinoïdes dans le sang et l’urine.

Dopamine et sérotonine : Le chocolat pourrait interagir avec des neurotransmetteurs comme la dopamine (le chocolat contient de la tyrosine, le précurseur de la dopamine) et la sérotonine. La contribution du système dopaminergique au désir impératif et à la consommation d’une substance n’est pas spécifiquement liée au chocolat.

Pour la sérotonine, la situation est plus complexe. Après l’ingestion de glucides, la concentration cérébrale de sérotonine n’augmente que si la teneur protéique du repas est inférieure à 2 %, or le chocolat contient 5 % de protéines, ce qui est suffisant pour éliminer tout effet potentiel de la sérotonine.

Opiacés : Le chocolat pourrait interagir avec les opiacés, et en particulier produire des endorphines (elles-mêmes contenues dans le cacao). Ces substances contribuent à l’appétit, à la sensation de plaisir et à la régulation de l’humeur. Leur libération expliquerait l’attraction pour le chocolat.

Les opiacés régulent la prise de nourriture en modulant le plaisir induit par la palatabilité des aliments et stimulent la libération de b-endorphine dans l’hypothalamus (1).

Les effets du chocolat

Effet anti-dépresseur : L’effet antidépresseur-like d’un extrait polyphénolique de cacao a été évalué chez le rat. Cet extrait a spécifiquement réduit la durée de l’immobilité dans un test de nage forcée (2).

Effet sur l’humeur : Une humeur maussade stimule la consommation d’aliments de confort comme le chocolat. Les attitudes par rapport au chocolat sont de deux types :

  • le “désir ardent” (craving) d’avoir du chocolat ;
  • manger de manière compulsive (sous stress émotionnel).

La consommation de chocolat est accrue à l’audition d’une musique générant une humeur triste versus gaie. Les individus dépressifs consomment aussi plus de chocolat (3). Les propriétés sensorielles composites du chocolat jouent un rôle plus important dans le fait d’aimer ou de désirer ardemment du chocolat que la simple explication de son rôle dans l’appétit et la satiété.

Ainsi, chocolat au lait, blanc ou poudre de cacao non sucrée n’attirent pas de manière équivalente. Ce qui attire est la combinaison sensorielle unique du chocolat que seul le chocolat est en mesure de satisfaire (4).

Les circuits cérébraux impliqués : Un circuit neuronal sous-tend les stimuli positifs/appétitifs et un 2nd, les stimuli négatifs/aversifs. Une modulation de l’activité cérébrale est observée dans les aires chemosensorielles corticales, comme l’insula, les cortex préfrontal et orbitofrontal.

Dans ces cortex, les patrons d’activité sont opposés lorsque le chocolat est qualifié de plaisant vs déplaisant. De plus, une activation liée au goût est observée dans les cortex orbitofrontal et insulaire (5).

Pourquoi aimons-nous tant le chocolat ?

La préférence pour le chocolat semble d’origine sensorielle et serait liée au plaisir basé sur les interactions entre les effets post-ingestion du chocolat et l’état de la personne (humeur, concentrations hormonales).

En revanche, il n’y a pas de relation entre l’addiction au chocolat et le fait d’aimer le chocolat, et le chocolat n’active pas l’écorce du noyau accumbens (structure clé de la dépendance aux drogues) (6).

L’odeur du chocolat peut influencer l’activité cérébrale. Elle est associée à des réductions significatives de l’activité thêta par rapport à l’absence d’odeur. La réduction de cette activité indique une diminution du niveau d’attention et un degré de distraction plus élevé.

références

  1. Parker G et al. Mood state effects of chocolate. J Affect Disord 2006 ; 92 : 149-59.
  2. Messaoudi M et al. Antidepressant-like effects of a cocoa polyphenolic extract in Wistar-Unilever rats. Nutr Neurosci 2008 ; 11 : 269-76.
  3. Rose N et al. Mood food: chocolate and depressive symptoms in a cross-sectional analysis. Arch Intern Med 2010 ; 170 : 699-703.
  4. Michener W, Rozin P. Pharmacological versus sensory factors in the satiation of chocolate craving. Physiol Behav 1994 ; 56 : 419-22.
  5. Small DM et al. Changes in brain activity related to eating chocolate: from pleasure to aversion. Brain 2001 ; 124 : 1720-33.
  6. Schroeder BE et al. A common profile of prefrontal cortical activation following exposure to nicotine- or chocolate-associated contextual cues. Neuroscience 2001 ; 105 : 535-45.

(Par Astrid Nehlig, Directrice de recherche Inserm U663, Hôpital Necker, Paris)

SOURCE : Expression Santé

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