Enrichissement alimentaire : optimiser les bienfaits de l’alimentation

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L’enrichissement alimentaire peut être utilisé pour augmenter la quantité de micronutriments dans les aliments ou remplacer les nutriments perdus durant leur fabrication. Elle jouerait donc un rôle essentiel dans la prévention des carences alimentaires. Regardons comment l’enrichissement peut être bénéfique à la fois pour une personne mais aussi pour un groupe d’individus, bien que ceci soit encore sujet à controverse.

Au vu de la nourriture abondante accessible aux Européens, les carences alimentaires devraient faire partie du passé. Pourtant, il subsiste des soucis pour les micronutriments comme l’iode, l’acide folique, le calcium et la vitamine D. Les Européens devraient-ils consommer plus d’aliments riches en micronutriments ou est-ce que leurs aliments habituels devraient en être enrichis? Chaque approche a ses avantages. Un retour dans le passé nous expliquera pourquoi.

Avant de continuer, il est important de définir ce qu’est l’enrichissement. Celui-ci est défini comme étant une « pratique visant à accroître délibérément la quantité de micronutriments (vitamines et minéraux/oligoéléments) présents dans un aliment afin d’en améliorer la qualité nutritionnelle et en faire bénéficier la population avec un risque réduit pour la santé [1]. »

Le passé

Historiquement les carences en iode et vitamine D étaient largement répandues en Europe faisant du goitre et du rachitisme des maladies courantes. Le goitre indique un manque sévère en iode, des troubles mentaux pouvant apparaître même si la carence est faible. Un moyen efficace pour lutter contre ce déficit a été d’ioder le sel [2]. Depuis l’apparition du sel iodé en 1922, la Suisse a réduit de manière drastique l’apparition des cas de goitre et maintient aujourd’hui un niveau idéal de consommation au sein de sa population. Plusieurs pays ont connu pareil succès en enrichissant le lait en vitamine D entraînant une disparition quasi-totale des cas de rachitismes infantiles [3]. De même, l’enrichissement obligatoire en vitamines A et D de la margarine pour y trouver les mêmes quantités que dans le beurre – pour lequel elle est utilisée en tant que substitut – a permis d’en faire un équivalent d’un point de vue nutritionnel [1]. Autrement dit, les personnes passant du beurre à la margarine continueront à ingérer ces nutriments essentiels. Malgré ces efforts la vitamine D constitue, depuis ces cinq dernières années, à nouveau un problème majeur de santé publique. A côte de l’impact sur les plans sanitaire et médical, il y a les risques de troubles de minéralisation des os et des dents. Un débat relatif aux recommandations en la matière est toujours en cours [3,4].

Aujourd’hui

Un procédé d’enrichissement a été l’ajout d’acide folique à la farine afin de réduire les malformations du tube neural. Ce procédé est obligatoire aux USA depuis 1998 mais se fait sur base volontaire en Europe. L’ajout d’acide folique est sujet à controverse car il y aurait un risque d’augmenter les cas de cancer de l’intestin [5]. Un des inconvénients de ce type d’enrichissement est la possible surconsommation d’un élément nutritif au sein d’un groupe [6]. Un élément essentiel à l’enrichissement est dès lors de calculer la quantité optimale de nutriments à utiliser afin que ce soit efficace et sûr. Une étude récente a montré que la consommation de nutriments (suppléments ou aliments enrichis) varie fortement d’un pays à l’autre en Europe et que les différences entre les enfants Européens à ce niveau montre qu’il faudrait enrichir d’autres aliments avec des micronutriments appropriés [7,8]. L’Union Européenne prévoit des règles strictes relatives aux quantités de micronutriments ajoutés et leur utilisation en tant qu’enrichissants [9].

Ces enrichissants doivent également être biocompatibles. Le fer est un bon exemple. Il existe sous deux formes : le fer héminique (d’origine animale) et le fer non-héminique (d’origine animale ou non). Le fer d’origine animale – tel que la viande, le poisson et la volaille – est plus facilement absorbé que le fer d’origine non-animale comme les légumes. Le fer utilisé en tant qu’enrichissant est de type non-héminique mais son absorption peut être améliorée. Ainsi la vitamine C (ex. les agrumes) et les protéines animales (viande/volaille/poisson) en augmentent l’absorption.

Bien que les aliments enrichis puissent combler les manques en nutriments, ils ne remplacent pas une alimentation saine et équilibrée en aliments variés. L’enrichissement a ses limites car l’ajout trop important de nutriments altère le goût et l’apparence de la nourriture. Un aliment fournissant un niveau optimal et équilibré de nutriments n’a aucun intérêt s’il n’a pas bel aspect ou n’a pas bon goût. Il apparaît que les consommateurs d’aliments enrichis présentent une meilleure balance nutritionnelle par l’absorption d’aliments traditionnels que ceux n’en utilisant pas. Ceci est peut-être dû au fait qu’ils sont plus conscients des problèmes liés aux carences nutritionnelles.

Alors que les programmes d’enrichissement collectifs ont prouvé leurs bienfaits au sein de la population, une approché ciblée pour un besoin spécifique en nutriments peut s’avérer utile et réduire le risque de surconsommation pour ceux n’ayant pas besoin d’accroître leur consommation. Les étiquettes mentionnant les nutriments contenus dans un aliment peuvent guider le consommateur quant à ses besoins spécifiques.

L’avenir

Des efforts sont toujours en cours pour tenter de déchiffrer la relation entre les besoins alimentaires et les dispositions génétiques de telle manière qu’un jour des recommandations pourront être faites sur base individuelle. De plus, la stabilité des éléments nutritifs et leur absorption au sein d’aliments enrichis s’améliorent continuellement. Conjointement à des moyens affinés et des procédés permettant de créer de manière efficace les apports alimentaires, ils tracent le chemin vers une approche personnalisée optimalisant la consommation d’éléments nutritifs.

Références :

  1. WHO/FAO (2006). Guidelines on food fortification with micronutrients. Geneva, Switzerland.
  2. Zimmermann MB et al. (2008). Iodine-deficiency disorders. Lancet 372(9645):1251-1262.
  3. Gordon CM et al. (2008). Prevalence of vitamin D deficiency among healthy infants and toddlers. Arch Pediatr Adolesc Med 162:505-512.
  4. Piirainen TK et al. (2007). Impact of national fortification of fluid milks and margarines with vitamin D on dietary intake and serum 25-hydroxyvitamin D concentration in 4-year-old children. Eur J Clin Nutr 61:123-128.
  5. Kim YI. (2007). Folate and colorectal cancer: an evidence-based critical review. Mol Nutr Food Res 51(3):267-292.
  6. EFSA (2009). Folic acid: an update on scientific developments. EFSA Meeting Summary Report 3, doi: 10.2805/21712.
  7. Flynn A et al. (2009). Intake of selected nutrients from foods, from fortification and from supplements in various European countries. Food Nutr Res 53:1-51.
  8. Serra-Majem L. (2001). Vitamin and mineral intakes in European children. Is food fortification needed? Public Health Nutr 4(1A):101-107.
  9. Règlement (CE) no 1925/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 concernant l'adjonction de vitamines, de minéraux et de certaines autres substances aux denrées alimentaires. OJ L 404, 30.12.2006, p. 26–38.

Source : Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation (EUFIC)

SOURCE : Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation

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