Enquêtes nationales : bien définir les portions alimentaires

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Les enquêtes de consommation alimentaire s'inscrivant de plus en plus dans un cadre de surveillance et d'évaluation des risques alimentaires et nutritionnels de la population, une harmonisation de leur méthodologie apparaît nécessaire.

C’est l’analyse des données nationales préexistantes qui a permis d’identifier les enjeux actuels de santé publique en France et d’établir le Programme national nutrition santé (PNNS). Or, les résultats de ces enquêtes n’étaient pas exempts d’imprécisions, voire de biais. C’est pourquoi deux enquêtes nationales de consommation alimentaire réalisées auprès d’adultes et d’adolescents – l’étude INCA (1998-1999) et le Baromètre santé nutrition (2002) – ont été comparées. Leurs résultats ont été confrontés au regard des repères de consommation issus du PNNS pour les groupes d’aliments : «3 produits laitiers par jour», «5 fruits et légumes par jour», «3 féculents par jour», «1 à 2 viandes, produits de la pêche et oeufs (VPO) par jour» et «2 poissons par semaine».

Similitudes et disparités

Les modes de recueils des données utilisés étaient différents dans les deux enquêtes : rappel des vingt-quatre heures et questionnaires de fréquence sur les quinze derniers jours pour le Baromètre santé nutrition ; semainier pour INCA. Malgré cela, les pourcentages d’adultes atteignant les différents repères de fréquence de consommation issus du PNNS sont similaires. Ainsi, dans les deux enquêtes, le repère des « fruits et légumes» est le moins bien respecté et n’est atteint que par très peu d’individus. Suivent le groupe des «produits laitiers», puis celui des «poissons» et enfin celui des «féculents». Les fréquences de consommation du groupe «VPO» étant, quant à elles, suffisantes. Après stratification selon l’âge et le sexe, les tendances de consommation restent similaires entre les deux enquêtes pour les «fruits et légumes», les «VPO» et les «poissons». Des différences significatives ont cependant été mises en évidence pour certains groupes d’aliments. Ainsi, les pourcentages d’adultes respectant les repères estimés à partir d’INCA sont supérieurs à ceux estimés par le Baromètre pour le groupe des «produits laitiers» (27 versus 16%) et pour celui des «poissons» (46 versus 35%). Ces disparités s’expliquent en partie par les différents modes de recueil des données utilisés (rappel versus semainier). La saison d’enquête (hiver versus année entière) et la durée d’observation sont aussi susceptibles d’avoir une influence. Dans INCA, les pourcentages de consommation moyenne évaluée sur sept jours sont plus bas que sur un jour. Une enquête portant sur une petite période est donc moins fiable car elle ne donne pas une idée des habitudes alimentaires. Par ailleurs, les relevés des fréquences ne sont pas strictement identiques. Ainsi, la consommation de deux légumes différents accompagnant une viande constitue une seule prise dans le Baromètre, alors qu’elle peut être comptée comme deux prises sur le semainier dans INCA.

Importance des définitions

Une autre limite est liée à la définition des groupes d’aliments. Là encore, les classifications, bien que rendues compatibles pour la comparaison, ne sont pas superposables. Par exemple, l’inclusion ou l’exclusion de certains aliments, comme celle des desserts lactés sucrés dans le groupe «produits laitiers». De la même manière, peut-on inclure les jus de fruits dans le groupe «fruits et légumes» sans s’assurer qu’ils sont «100% pur jus» et «sans sucre ajouté» ? L’amélioration des fréquences de consommation que ces inclusions peuvent induire, notamment chez les enfants, risque de biaiser l’identification de groupes à risque.

Le choix du mode d’expression des repères issus du PNNS auxquels on se réfère est aussi important. Le repère des «fruits et légumes», par exemple, exprimé en poids («400 g par jour») rassemble un taux de consommateurs six à quinze fois plus élevé que lorsqu’il est exprimé en fréquence («5 par jour»). En effet, la taille d’une portion déduite du PNNS (400 g/5 = 80 g) est nettement inférieure à celle observée dans INCA (de 100 à 170 g). Il s’ensuit qu’un pourcentage plus élevé de consommateurs respectent ce critère lorsqu’il est exprimé en poids plutôt qu’en fréquence.

En conclusion

Pour suivre l’évolution des fréquences de consommations, mieux vaut répéter la même enquête à intervalles réguliers. De plus, une harmonisation des définitions des portions et des groupes d’aliments apparaît indispensable, notamment dans le cadre de l’évaluation du PNNS.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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