En France, qui suit les recommandations nutritionnelles ?

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Comment les prescriptions officielles en matière d‘alimentation sont-elles reçues ? Pour qui deviennent-elles des normes ? Uniformisent-elles les comportements ? Une réponse est apportée par les chercheurs, Faustine Régnier et Ana Masullo, du laboratoire « Alimentation et sciences sociales » de l’INRA d’Ivry/Seine.

Mangez 5 fruits et légumes par jour. Evitez de grignoter. Pratiquez une activité physique régulière… Difficile d’échapper à ces recommandations qui nous veulent du bien. Mais qu’en retenon snous ?

A partir de 85 entretiens menés auprès d’un échantillon de la population française composé essentiellement de femmes (90%), étant donné que la plupart du temps, les courses et la cuisine sont des tâches qui leur sont dévolues… Les enquêtés ont pu être répartis en quatre groupes sociaux et quatre types de comportements.

Les catégories aisées

Pour elles, l’alimentation fait partie de l’hygiène de vie, avec comme objectifs mis en avant la santé et le contrôle du poids. Les messages sont connus, intégrés et mis en pratique. Pour cette population, bien manger est en rapport avec la diététique et une certaine moralisation des pratiques alimentaires.

Les catégories intermédiaires

Elles sont attentives à l’alimentation, prêtes à lui accorder du temps et sont réceptives aux recommandations. Toutefois, si elles accordent une valeur positive, elles avouent ne pas toujours s’y conformer, ce qui peut engendrer des tensions et une certaine culpabilité Elles ont aussi tendance à avoir une approche dichotomique des aliments en les classant en « bons ou mauvais » : d’un côté les fruits et légumes, de l’autre les chips et les sodas !

Les catégories modestes

Elles connaissent les recommandations par les médias, les services médicaux ou sociaux…Mais elles s’en tiennent à distance car elles suscitent souvent résistance et rejet et sont perçues comme des injonctions extérieures.

Les catégories précaires

Les recommandations ignorées ne représentent pas une priorité. La préoccupation principale de cette population : l’approvisionnement et la préparation des repas avec le souci de nourrir les enfants. Afin de masquer quelque peu les difficultés économiques et de réduire le gaspillage, ce qui prime avant tout est que l’enfant mange, d’où l’envie de satisfaire leurs goûts.

L’inégalité de la distribution sociale de l’obésité et de l’application des normes alimentaires s’explique donc par une pluralité de facteurs. Si le manque de moyens financiers est celui qui est le plus souvent avancé, n’oublions pas qu’il convient de prendre en compte également les représentations en matière d’alimentation.

Plus l’intensité des liens sociaux est forte, plus les personnes sont attentives aux conseils et s’y conforment. Enfin, la trajectoire d’ascension sociale se traduit par l’adoption des normes du groupe auquel les individus cherchent à appartenir.

L’enjeu est donc de réussir à adapter un message général aux populations modestes, en tenant compte de leurs spécificités, afin que les recommandations soient perçues comme des conseils, et non comme des prescriptions ou des injonctions.

(Revue Française de Sociologie, vol.50, n°4, p. 747-773. - Cahiers de nutrition et de diététique, volume 46, p. 206-212.)

SOURCE : Alimentation Santé & Petit budget

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