En France, qui suit les recommandations nutritionnelles ?

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Comment les prescriptions officielles en matière d’alimentation sont-elles reçues ? Pour qui deviennent-elles des normes ? Uniformisent-elles les comportements ? Une réponse est apportée par les chercheurs du laboratoire « Alimentation et sciences sociales » de l’INRA d’Ivry-sur-Seine.

Mangez 5 fruits et légumes par jour. Evitez de grignoter. Pratiquez une activité physique régulière. Difficile d‘échapper à ces recommandations qui nous veulent du bien. Mais qu’en retenons-nous et surtout qu’en faisons-nous ? Des chercheurs de l’INRA se sont entretenus avec un échantillon de la population française : essentiellement des femmes (90 %), puisque ce sont elles qui la plupart du temps font les courses et la cuisine… Les enquêtés ont pu être répartis en quatre groupes sociaux et quatre types de comportements.

Les catégories aisées. Pour elles, l’alimentation fait partie de l’hygiène de vie. Elles font attention aux recommandations, sont en accord avec elles, les mettent en pratique. Dans un souci de santé et de contrôle du poids, deux objectifs qu’elles mettent en avant. Pour les plus aisés, bien manger est en rapport avec la diététique et une certaine moralisation des pratiques alimentaires.

Les catégories intermédiaires. Elles sont attentives à l’alimentation, prêtes à lui accorder du temps, réceptives aux recommandations. Toutefois, si elles leur accordent une valeur positive, elles avouent ne pas toujours s’y conformer. Elles ont aussi tendance à diviser les aliments en bons ou mauvais : d’un côté les fruits et légumes, de l’autre côté les chips et les sodas !

Les catégories modestes. Elles connaissent les recommandations par les médias, les services médicaux ou sociaux… Mais elles s’en tiennent à distance. Elles se sentent coupables de ne pas les suivre, mais le traduisent par une certaine méfiance à leur égard. Elles reçoivent les prescriptions nutritionnelles comme des injonctions extérieures.

Les catégories précaires. Les recommandations ne sont pas pour elles une priorité. Leur souci principal : l’approvisionnement et la préparation des repas, avec le souci de nourrir leurs enfants. Ce qui compte, c’est qu’ils mangent et que leurs goûts soient satisfaits, quels qu’ils soient…

La façon de consommer et d’intégrer les recommandations semble donc liée à la classe sociale. Pas seulement aux moyens financiers, mais aux représentations que chaque catégorie sociale se fait de l’alimentation. Pour les plus aisés, les impératifs diététiques sont un must : bien nourrir son enfant, c’est lui inculquer des principes et le goût des aliments sains. Pour les plus modestes, l’amour des bonnes choses passe avant les objectifs santé et minceur. Bien nourrir les enfants, c’est leur fournir une abondance d’aliments. A ces représentations correspond d’ailleurs la répartition sociale de l’obésité et du surpoids. Plus les gens sont intégrés ou « progressent » socialement, plus ils intègrent les normes nutritionnelles en vigueur.

Les résultats de cette enquête ne devraient pas manquer d’intéresser les autorités sanitaires et de faire réfléchir aux moyens d’atteindre les catégories de la population les plus concernées...

(« En direct des labos ». Lettre électronique de l’INRA. - Revue Française de Sociologie, volume 50, n° 4, p. 747-773.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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