Emotions et surpoids font souvent bon ménage !

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Un nouvel article des chercheurs français de l'Unité de Recherche en Epidémiologie Nutritionelle (U557 Inserm/Inra/Cnam/Univ P13) publié dans l’American Journal of Clinical Nutrition (AJCN) met en évidence, dans la cohorte de l'étude NutriNet-Santé (*), que manger sous le coup de l’émotion est associé à un risque de surpoids plus important.

L’influence des facteurs psychologiques sur le surpoids et l’obésité est de plus en plus reconnu. Cependant, il y a relativement peu d’informations disponibles sur l’émotionalité alimentaire (le fait de manger sous le coup de l’émotion) et son association avec le surpoids. De plus, on ne sait pas si cette association est plus marquée dans certains groupes d’individus.

Sandrine Péneau et ses collaborateurs de l'équipe de coordination de l’étude NutriNet-Santé a donc étudié le fait de manger sous le coup de l’émotion et son lien avec le surpoids, dans un large échantillon de 35 641 adultes français participant à l'étude NutriNet-Santé. Elle a utilisé un questionnaire permettant de mesurer la tendance à manger sous le coup d’émotions négatives (ex : se sentir seul, nerveux, déprimé). Des questions types sont « quand je me sens triste, je mange souvent de trop », ou bien encore « lorsque je me sens seul(e), je me console en mangeant » dont les résultats de l'analyse indiquent que :

  • Le fait de manger sous le coup de l’émotion est un comportement fréquemment observé, particulièrement chez les femmes et chez les personnes suivant un régime amaigrissant
  • Le fait de manger sous le coup de l’émotion est associé à un risque plus important d’être en surpoids
  • Cette association est particulièrement forte chez les femmes, surtout chez celles qui n’ont jamais fait de régime amaigrissant

Cette étude fournit des informations nouvelles sur l’association entre les facteurs psychologiques et le surpoids. Elle montre que les femmes et les personnes au régime ont particulièrement tendance à manger sous le coup de l’émotion. De plus, elle indique un risque plus élevé d’être en surpoids chez les personnes mangeant fréquemment sous le coup de l’émotion (un risque plus de 2 fois supérieur), particulièrement chez les femmes n’ayant jamais fait de régime (un risque de 5 fois supérieur dans ce groupe).

Les résultats de cette étude spécifique sur l’émotionalité alimentaire et le surpoids publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition (**) montrent plus précisément que :

  • Les femmes ont davantage tendance à manger sous le coup de l’émotion : 20% d'hommes et 52% de femmes indiquaient une forte émotionalité alimentaire.
  • Les personnes au régime ont davantage tendance à manger sous le coup de l’émotion : 35% des personnes n’ayant jamais fait de régime amaigrissant avaient une forte émotionalité alimentaire, contre 58% des personnes ayant fait un régime dans le passé, et 71% des personnes au régime lors de l’étude.
  • Les personnes ayant davantage tendance à manger sous le coup de l’émotion avaient plus de risque d’être en surpoids que les autres.
  • L’association entre émotionalité alimentaire et surpoids était la plus forte chez les femmes n’ayant jamais fait de régime : le risque d’être en surpoids était en effet 5 fois plus élevé chez les femmes déclarant manger fréquemment sous le coup de l’émotion par rapport à celles pour qui cela n’était jamais le cas. Chez les femmes ayant fait un régime dans le passé le risque était 3 fois plus élevé, et chez les femmes actuellement au régime, le risque était 2,6 fois élevé.
  • Une association entre émotionalité alimentaire et surpoids était également observable chez les hommes avec peu de différence en fonction de la pratique ou non de régimes amaigrissants : le risque d’être en surpoids était environ 2 fois plus élevé chez les hommes déclarant manger fréquemment sous le coup de l’émotion par rapport à ceux pour qui cela n’était jamais le cas.

L'ensemble des résultats obtenus ouvrent la voie à de futures études sur les relations entre les facteurs psychologiques, le surpoids et l’obésité dans la cohorte NutriNet-Santé.

(*) L'étude NutriNet-Santé, lancée en 2009 et coordonnée par l’Unité de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle (UREN, U557 Inserm/Inra/Cnam/Université Paris 13) a pour objectif d’identifier les facteurs de risque ou de protection des maladies chroniques liées à la nutrition. Dès à présent, cette étude permet de mieux comprendre les facteurs qui déterminent les choix alimentaires et l’état nutritionnel des populations. Elle s’appuie sur le recueil de données sur internet. Si à ce jour plus de 244 000 internautes se sont déjà inscrits, les chercheurs rappellent qu’ils souhaitent, à terme, recruter 500 000 internautes qui acceptent de participer à cette grande aventure scientifique et humaine. Par un simple geste citoyen, chacun peut facilement devenir un acteur de la recherche et, en quelques clics chaque mois, jouer un rôle important pour l'amélioration de la santé de tous et le bien-être des générations futures en s'inscrivant sur www.etude-nutrinet-sante.fr.

(**) "Gender and dieting modify the association between emotional eating and weight status" par Sandrine Péneau, Estelle Ménard, Caroline Méjean, France Bellisle et Serge Hercberg, American Journal of Clinical Nutrition, Avril 2013.

SOURCE : Etude NUTRINET-SANTE

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