Emballage alimentaire : mieux évaluer les risques de toxicité

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Un emballage à contact alimentaire est rarement inerte, les interactions contenant-contenu pouvant aboutir à une contamination de l’aliment. Comment évaluer et gérer au mieux les risques toxiques pour le consommateur ? Marie-Christine Chagnon, de l'Université de Bourgogne, fait le point lors d’une conférence de l’Institut Français pour la Nutrition.

Les matériaux d’emballage à contact alimentaire sont l’objet d’une innovation constante afin d’améliorer la protection et la conservation de l’aliment et contrôler ses conditions de transport et de stockage. En outre, ils doivent permettre l’étiquetage et représentent un outil de marketing important dans le secteur agroalimentaire. L’aptitude des matériaux d’emballage à être en contact avec les aliments est évaluée en termes de risque pour la santé des consommateurs, des transferts de matières pouvant survenir entre emballage et aliment.

Quels sont les risques ?

Certains constituants de l’aliment peuvent être absorbés par l’emballage au risque de détériorer ce dernier et de nuire à la qualité de l’aliment. Il peut s’ensuivre un transfert de substances volatiles au travers du matériau à l’origine soit d’une perte d’arôme pour l’aliment, soit d’une contamination de ce dernier par des gaz ou des odeurs provenant de l’extérieur. Ces échanges peuvent s’accompagner aussi d’une « migration » de constituants du matériau d’emballage vers l’aliment. Ce phénomène de migration concerne tous les emballages et des milliers de substances.

En ce qui concerne les matières plastiques, on distingue différents types de « migrants » potentiels : résidus de monomères utilisés à la polymérisation et adjuvants technologiques comme les stabilisants ; leurs produits de réaction ou de dégradation ; adjuvants des matériaux comme les colorants ; impuretés des produits de base et polluants potentiels d’emballage recyclé. Il est donc nécessaire de faire une évaluation du risque, en d’autres termes d’évaluer la probabilité pour qu’un effet indésirable survienne dans une population après exposition au danger d’un contaminant alimentaire.

Que prévoit la réglementation ?

La réglementation européenne (règlement n°1935/2004) impose aux industriels le principe d’inertie des emballages à contact alimentaire : l’emballage ne doit pas céder à l’aliment de substances susceptibles de présenter un danger. Plus précisément et concernant les matériaux plastiques, la directive 2002/72 impose que tous les constituants entrant dans la composition des emballages soient évalués au regard de leur migration et de leurs dangers.

Ainsi, l’étude de l’aptitude des matériaux à entrer en contact avec les aliments est menée sur les constituants de départ introduits dans la formulation. Ce règlement ne tient pas ou très peu compte des produits « néoformés » apparaissant au cours du procédé de fabrication de l’emballage ou de son traitement ultérieur (stérilisation, cuisson...), ni du résultat des mélanges (interactions entre composés). Or, ils peuvent représenter la majorité des substances inconnues et non répertoriées qui contaminent un aliment. Outre le fait qu’ils peuvent induire des modifications organoleptiques inacceptables, même en très faible quantité, ils peuvent être toxiques ou à l’origine de produits toxiques.

Ainsi, la plupart des polymères ne sont pas stables à la chaleur et aux traitements ionisants et libèrent des produits toxiques dans certaines conditions. Certains additifs, dont la fonction est de générer de nouveaux composés dans le cadre de la fabrication et/ou de la stabilisation du matériau (auxiliaires de polymérisation, agents gonflants, stabilisants...) peuvent être à l’origine de produits néoformés non désirés.

Vers une évaluation globale du risque

Ainsi, un grand nombre de molécules se forment sous l’influence des procédés physiques et sont susceptibles d’être retrouvées dans les aliments. Ces produits néoformés - de même que les polluants inconnus dans le cas des matériaux recyclés - complexifient l’évaluation du risque sanitaire car leur nature chimique, leur toxicité et leurs mécanismes de formation sont peu ou pas connus.

Une approche globale consistant à évaluer la toxicité de l’ensemble des molécules susceptibles de migrer et non pas se limiter aux constituants connus et bien identifiés paraît donc pertinente. Elle permettrait indirectement d’évaluer le risque lié au processus de néoformation et à la combinaison des molécules. En termes de toxicité, les contaminations ne peuvent être que faibles. Cependant, les risques de perturbation endocrinienne et de génotoxicité seront d’autant plus importants à détecter qu’ils résultent précisément d’une faible exposition.

(NUTRI-doc n°86 d'après La Lettre Scientifique de l’IFN n°145 de Juin 2010 - Août 2010)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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