Effets bénéfiques de la restriction calorique sur la mémoire et le vieillissement cérébral

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À ce jour, l'un des plus importants objectifs de santé publique est de développer de nouvelles stratégies de prévention et de traitement pour préserver plus efficacement les fonctions du cerveau au cours de la vieillesse jusqu'au grand âge [1]. Au cours des dernières décennies, des éléments de preuve ont établi que la restriction calorique pouvait exercer des effets bénéfiques sur les fonctions cérébrales [2].

« Effets bénéfiques de la restriction calorique sur la mémoire et le vieillissement cérébral » - Crédit photo : www.msnbc.msn.com Des études sur des animaux suggèrent donc que la restriction calorique augmente l’expression des facteurs neurotrophiques, induit une action neuroprotectrice, et améliore la performance cognitive. Ces conclusions ont été étayées par des études épidémiologiques chez l’homme. Pour certains acides gras insaturés, des bénéfices similaires sur la santé du cerveau ont été également suggérées [3], cependant le manque d’études prospectives à la fois sur la restriction calorique et sur l’apport en acides gras saturés ne permettaient pas encore de tirer certaines conclusions.

Nous avons donc mené une étude d’intervention sur l’homme au Département de neurologie à Muenster en Allemagne [4]. Cinquante personnes âgées en bonne santé (29 femmes, âge moyen 60,5 ans, avec un Indice de Masse Corporelle (IMC) moyen de 28 kg / m²) ont été inclus et séparés en trois groupes :

  • Restriction calorique (30% de réduction par rapport aux habitudes antérieures),
  • Plus d’apport en acides gras insaturés (augmentation de 15%, avec un total de matières grasses inchangé),
  • Pas de modifications du régime alimentaire (groupe contrôle).
Avant et trois mois après l’intervention, les performances cognitives de tous les sujets ont été testées en utilisant le test d’apprentissage verbal auditif (auditory verbal learning task). De plus, le poids, la taille, l’IMC, le rapport tour de taille / hanche, le niveau de graisse corporelle ont été évaluées, ainsi que les mesures dans le sang périphérique de l’insulinémie, glycémie, du profil lipidique, des marqueurs inflammatoires et neurotrophines.

Les résultats ont révélé une importante augmentation des scores de mémoire verbale dans le groupe restriction calorique (augmentation moyenne de 19,6%, p <0,05), avec une importante perte de poids et baisse de l’IMC. L’augmentation des scores de mémoire est également corrélée avec une diminution de l’insulinémie et des marqueurs inflammatoires. En revanche, il n’a pas été observé de modifications importantes dans les deux autres groupes.

Cette étude interventionnelle prospective est la première démontrant les effets bénéfiques de la restriction calorique sur les performances de mémoire chez l’homme, ici des personnes âgées en bonne santé. D’autres mécanismes sous-jacents liés à la restriction calorique peuvent améliorer la sensibilité à l’insuline et réduire l’activité inflammatoire, ce qui pourrait avoir conduit à un accroissement de la plasticité synaptique et la stimulation des voies incitant ou aidant à faciliter l’activité des neurones.

Ainsi ces résultats permettre de promouvoir la réalisation d’autres grands essais cliniques soulignant l’importance d’un mode de vie sain, y compris des habitudes alimentaires et de l’activité physique, dans le but d’un vieillissement réussi [5].

Références

  1. Jönsson L, Berr C. Cost of dementia in Europe. European Journal of Neurology: The Official Journal of the European Federation of Neurological Societies 2005;12 Suppl 1:50-3.
  2. Stranahan AM, Mattson MP. Impact of energy intake and expenditure on neuronal plasticity. Neuromolecular Med 2008;10(4):209-18.
  3. Solfrizzi V, Capurso C, D’Introno A, Colacicco AM, Frisardi V, Santamato A, Ranieri M, Fiore P, Vendemiale G, Seripa D, Pilotto A, Capurso A, Panza F. Dietary fatty acids, agerelated cognitive decline, and mild cognitive impairment. J Nutr Health Aging 2008;12(6):382-6.
  4. Witte AV, Fobker M, Gellner R, Knecht S, Floel A. Caloric restriction improves memory in elderly humans. Proc Natl Acad Sci U S A 2009;106(4):1255-60.
  5. Mattson MP, Duan W, Wan R, Guo Z. Prophylactic activation of neuroprotective stress response pathways by dietary and behavioral manipulations. NeuroRx 2004;1(1):111-6.

(Par Alexandre Glouchkoff, d’après Dr. Veronica Witte, Department of Neurology, University of Muenster, Germany - Congrès NutrEvent, Lille - 17 et 18 juin 2009)

SOURCE : NutrEvent

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