Ecole et hydratation des enfants

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L’eau est le principal constituant du corps humain. Chez les enfants la proportion d’eau dans le corps est plus importante que chez les adultes (75 % du poids corporel à la naissance, 60 % à l’âge adulte) [1]. C’est un nutriment vital, présent dans toutes les cellules. L’eau remplit de nombreuses fonctions physiologiques : solvant, milieu de réactions chimiques, transporteur de nutriments et de déchets du métabolisme, thermorégulateur, lubrifiant, absorbeur de choc...

« Ecole et hydratation des enfants » - Crédit photo : REVOLUTIONR Le maintien de la balance hydrique est donc essentiel pour le fonctionnement optimal de notre organisme. Or, ce dernier ne sait pas stocker l’eau et en perd quotidiennement via les urines, la respiration, la transpiration et les selles. L’eau apportée par notre alimentation et l’eau produite par le métabolisme n’étant pas suffisantes pour combler ces pertes, il est donc essentiel de les compenser chaque jour en buvant de l’eau. Chez les enfants tout comme chez les adultes, les besoins en eau varient en fonction de l’âge, du sexe, des conditions climatiques et de l’activité physique. Un enfant en bonne santé est considéré comme correctement hydraté tant qu’il maintient sa balance hydrique. Toutefois, les enfants sont particulièrement exposés à un déficit hydrique favorisant ainsi la déshydratation [1].

Un enfant âgé de 4 à 8 ans et vivant dans un climat tempéré devrait boire 1.1 L d’eau par jour(1). Pour un enfant plus âgé (entre 9 et 13 ans), la quantité d’eau à boire chaque jour est de 1.3 L pour les filles et de 1.5 L pour les garçons [1].

Pourquoi les enfants sont-ils plus sensibles à la déshydratation ?

Les enfants sont plus exposés à un déséquilibre de la balance hydrique que les adultes pour plusieurs raisons :

  1. Leur rapport surface corporelle/poids est plus élevé aussi les pertes d’eau sont proportionnellement plus importantes via la peau [2] que chez les adultes ;
  2. Leur métabolisme énergétique est élevé [1], car ils sont en pleine croissance ;
  3. Leur système de thermorégulation est différent de celui des adultes, car leur corps s’acclimate différemment lors de changement de température notamment lors de la pratique d’un sport [3] ;
  4. Ils n’ont pas toujours le réflexe de boire même quand ils ont soif, sans doute car ils sont trop absorbés par leurs activités. De plus, pour accéder à l’eau, les enfants sont généralement dépendants des adultes qui ne sont pas toujours à même de reconnaître les signes de déshydratation [4].

Les parents et les enseignants doivent savoir identifier les premiers signes d’une déshydratation légère ou modérée chez l’enfant sain (*), pour pouvoir agir au mieux et au plus vite.

(*) Si un enfant est malade (gastro-entérite aiguë, vomissements, diarrhées, ou si ses apports hydriques sont diminués), il est exposé à une déshydratation plus sévère [5] qui doit être suivie par un médecin ou un pédiatre.

Quels sont les signes de déshydratation ?

Une déshydratation légère à modérée (< 2 % du poids corporel) peut s’accompagner des signes et symptômes cliniques suivants : soif, sécheresse de la bouche, insomnie, fatigue, absence ou appauvrissement des larmes lors des pleurs, diminution de la diurèse, faiblesse musculaire, céphalées, vertiges ou étourdissements [1].

La présence d’un de ces signes devrait nous amener à nous poser la question suivante : « Mon enfant a-t-il assez bu ? »

N’attendez pas que votre enfant ait soif pour le faire boire. S’il ressent la sensation de soif, c’est que son petit corps a déjà commencé à perdre de l’eau.

Les enfants sont-ils bien hydratés ?

Quelques études réalisées dans différents pays tendent à montrer que plus de 2/3 des écoliers ne sont pas suffisamment hydratés :

  • Deux études menées l’une en Israël [6], et l’autre en Sardaigne [7] ont révélé que 63 % et 83 % des enfants respectivement présentaient une osmolalité urinaire (*)) supérieure à 800 mOsm/L le matin à l’école.
  • Récemment (2009) Stookey et al [8]] ont révélé sur un échantillon de 558 enfants américains âgés de 9 à 11 ans, que 63 % des écoliers à Los Angeles et 66 % à New-York avaient une osmolalité urinaire élevée le matin en arrivant à l’école. Cette déshydratation cellulaire pourrait s’expliquer par le fait de ne pas boire d’eau le matin avant d’aller à l’école, même si les enfants prennent un petit déjeuner.
  • En France, une étude similaire à celle réalisée aux USA va être menée par le Pr Friedlander, chef de service des Explorations Fonctionnelles à l’Hôpital Européen Georges Pompidou, à l’automne 2010 afin de connaître l’état d’hydratation des écoliers français.
(*) L’osmolalité urinaire, reflet de l’hydratation cellulaire, est considérée comme un marqueur sensible du statut hydrique. Elle permet d’évaluer rapidement l’état d’hydratation d’un sujet voire d’un échantillon de personnes. Cette mesure simple, non-invasive et peu couteuse est couramment utilisée. Il est généralement admis qu’une osmolalité urinaire supérieure à 800 mOsmol/kg reflète un état de déshydratation modérée [9,10]. Quand l’osmolalité urinaire est supérieure à 1000 mOsmol/kg, la déshydratation est considérée comme sévère.

Un bon réflexe pour les parents est d’avoir toujours une bouteille d’eau avec soi ou dans la voiture, afin que les enfants puissent bien s’hydrater sur le chemin de l’école et à son retour.

Existe-t-il une relation entre l'état d'hydratation et la performance mentale des enfants ?

Chez l’adulte, il a été montré qu’une déshydratation modérée peut altérer considérablement les fonctions cognitives : état de vigilance, concentration, mémoire à court terme [1].

Chez les enfants, bien que peu d’études aient été menées, il semblerait qu’une hydratation insuffisante puisse avoir des répercussions sur leurs performances mentales. C’est ce qu’ont démontré tout d’abord deux études menées en Israël et en Sardaigne [6,7].

Bar-David et al. [6] en menant différents tests cognitifs sur 51 écoliers âgés de 10 à 12 ans ont révélé que la mémoire auditive, la concentration visuelle ainsi que la mémoire à court terme sont altérées. Ceci est corrélé au niveau de déshydratation. En d’autres termes, les enfants qui étaient déshydratés dès leur arrivée à l’école se sont montrés moins performants lors des tests cognitifs à midi que ceux correctement hydratés.

L’autre étude menée par Fadda et al [7] sur 168 enfants âgés de 9 à 11 ans a révélé une corrélation inverse entre l’osmolalité urinaire (état d’hydratation) et la mémoire immédiate.

Plus récemment, ces travaux ont été complétés par d’autres études [11-13] menées en Grande-Bretagne. Les enfants étaient répartis à chaque fois en deux groupes : l’un recevant de l’eau, 20 à 45 minutes avant les tests cognitifs, et l’autre ne consommant rien préalablement aux tests. Il en ressort qu’un apport supplémentaire en eau aurait un effet favorable sur la mémoire [11] ainsi que sur l’attention visuelle [12-13] et la recherche visuelle [12].

Une bonne hydratation des écoliers permettrait-elle de les aider à maintenir leur attention à l’école ? Ces résultats prometteurs restent toutefois à confirmer.

Qu'en est-il de l'accès à l'eau à l'école ?

Lorsque les enfants vont à l’école, ils n’ont pas toujours l’opportunité de bien s’hydrater dans la journée comme le montrent quelques études menées dans différents pays.

Une étude menée par Kaushik et al [14] sur 298 écoliers anglais (145 âgés de 6 à 7 ans et 153 âgés de 9 à 10 ans) a montré, que seulement 1/3 des enfants avaient à l’école un libre accès à l’eau (bouteille d’eau autorisée sur le bureau).

En Irlande, Molloy et al [15] ont constaté que le libre accès à l’eau était généralement perçu par les enseignants comme une source de désordre en classe. Il a été rapporté que les enfants ne consommaient pas suffisamment d’eau. A l’issue de cette enquête, les enseignants ont reconnu l’impact de l’hydratation sur la concentration. Ceci constitue le message clé pouvant influencer leur décision quant à rendre l’eau accessible en classe.

En Angleterre, Croghan et al [16] ont souligné que les conditions d’accès à l’eau (qui a généralement lieu aux toilettes) n’encouragent pas la consommation d’eau chez les écoliers.

En France, lorsque l’on apprend, que chaque point d’eau à l’école doit servir en moyenne à 150 élèves [18], on comprend pourquoi les enfants, en plus de l’eau bue à la cantine, n’aient pas toujours la possibilité de bien s’hydrater dans la journée et finalement ne boivent en moyenne que 500 ml d’eau/jour [18].

Quel impact peut avoir la promotion de l'eau à l'école ?

Kaushik et al [14] ont montré que le libre accès à l’eau en classe (bouteille d’eau autorisée sur le bureau) a un impact positif sur la quantité d’eau consommée par les écoliers, qui atteignent alors la quantité minimale d’eau recommandée.

Muckelbauer et al ont mené une étude interventionnelle [19], randomisée, dans 2 villes allemandes sur 2950 enfants âgés en moyenne de 8 ans, scolarisés dans 32 écoles, pour juger de l’importance de promouvoir la consommation d’eau. Les écoliers ont été répartis en deux groupes. Dans le groupe « témoin », aucun dispositif particulier n’a été mis en place, les 1309 enfants ont maintenu leur consommation habituelle d’eau. Dans le groupe interventionnel « eau », 1641 enfants ont bénéficié d’un dispositif de promotion de l’eau dans leurs écoles : installation de fontaines à eau, distribution de bouteilles d’eau chaque matin, enseignement relatif à l’hydratation. Au terme d’une année scolaire, il a été observé que dans le groupe où l’on faisait la promotion de l’eau à l’école, les enfants consommaient en moyenne 1,1 verre d’eau supplémentaire par jour par rapport au groupe témoin.

De plus, la prévalence du surpoids est resté quasiment stable dans le groupe « eau » (0,1 %), alors qu’elle a augmenté de 1,9 % dans le groupe « témoin ». Ces données suggèrent que promouvoir la consommation d’eau chez les enfants à l’école pourrait aider à stabiliser le surpoids.

L'eau a-t-elle un intérêt nutritionnel chez les enfants ?

En plus de sa fonction principale d’hydratation, l’eau, quand elle est une eau minérale naturelle calcique, peut être également une source importante de calcium. Chez l’enfant, le calcium est nécessaire à la constitution de la masse osseuse. Il est donc primordial de s’assurer que leurs apports en calcium soient couverts dès leur plus jeune âge afin de réduire les risques éventuels de fractures et de fragilité osseuse après 50 ans. Si les produits laitiers sont la principale source de calcium, les eaux minérales naturelles calciques constituent un complément intéressant en calcium [20].

Selon les eaux minérales naturelles la teneur en calcium peut dépasser 400 mg/L. Pour un enfant âgé de 7 à 9 ans, la consommation de 1 L d’eau minérale naturelle calcique peut couvrir plus de 50% des apports nutritionnels conseillés (*). Couzy et al [21] ont démontré que la biodisponibilité du calcium de l’eau, c'est-à-dire sa capacité à être absorbé au niveau intestinal et à être utilisé par les tissus et les organes, était équivalente à celle du lait. Encore une bonne raison d’apprendre aux enfants à boire de l’eau.

(*) Boire un litre dans le cadre d’une alimentation équilibrée et un mode de vie sain. Pourcentage calculé à partir des apports nutritionnels conseillés.

Recommandations pratiques

Il est important d’aider les enfants à acquérir le reflexe d’hydratation dès le plus jeune âge afin que ces bonnes habitudes perdurent à l’adolescence puis à l’âge adulte.
  • Faites les boire avant d’avoir soif, régulièrement, de petites quantités d’eau
  • Voici 8 bonnes occasions d’encourager votre enfant à bien s’hydrater tout au long de la journée :
    • avant d’aller à l’école,
    • a la pause de 10 :00,
    • au moment du repas du midi,
    • avant, pendant et après le sport,
    • en rentrant de l’école,
    • en faisant ses devoirs,
    • au moment du repas du soir,
    • dans la soirée.
  • L’eau est la seule boisson indispensable à une bonne hydratation et qui plus est à l’avantage de n’apporter aucune calorie.
  • Il est donc important de privilégier l’eau comme première source d’hydratation. Redonnez-leur le goût de l’eau !

Références :

  1. Jéquier E, Constant F. Water as an essential nutrient: the physiological basis of hydration. Eur J Clin Nutr. 2010; 64(2):115-23.
  2. D'Anci KE, Constant F, Rosenberg IH. Hydration and cognitive function in children. Nutr Rev. 2006; 64(10 Pt 1) :457-64.
  3. Falk B, Dotan R. Children’s thermoregulation during exercise in the heat: a revisit. Appl Physiol Nutr Metab 2008; 33: 420-427.
  4. Gittelman MA, Mahabee-Gittens EM, Gonzalez-del-Rey J. Common medical terms defined by parents: are we speaking the same language? Pediatric Emergency Care 2004; 20 (11): 754-8
  5. Gorelick MH, Shaw KN, Murphy KO. Validity and reliability of clinical signs in the diagnosis of dehydration in children. Pediatrics 1997; 99(5): 1-6.
  6. Bar-David Y, Urkin J, Kozminsky E. The effect of voluntary dehydration on cognitive functions of elementary school children. Acta Paediatr. 2005; 94(11): 1667-73.
  7. Fadda R, Rapinett G, Grathwohl D, Parisi M, Fanari R, Schmitt J. The benefits of drinking supplementary water at school on cognitive performance in children. Abstracts: Society for Developmental Psychobiology, 41st Annual Meeting, November 12-15, 2008 Washington D.C.
  8. Stookey JD, Brass B, Holliday A, Arieff A, Constant F. A majority of children in Los Angeles and New York City have elevated urine osmolality associated with not drinking water in the morning. Article soumis à publication.
  9. Philip M, Chaimovitz C, Singer A, Golinsky D. Urine osmolality in nursery school children in a hot climate. Isr J Med Sci.1993; 29 (2-3):104-6.
  10. Bar-David Y, Landau D, Bar-David Z, Pilpel D, Phillip M. Urine osmolality among elementary school children living in a hot climate: implications for dehydration. Ambulatory Child Health. 1998; 4: 393-7.
  11. Benton D, Burgess N. The effect of the consumption of water on the memory and attention of children. Appetite. 2009; 53(1) :143-6.
  12. Edmonds CJ, Jeffes B. Does having a drink help you think? 6-7-Year-old children show improvements in cognitive performance from baseline to test after having a drink of water. Appetite. 2009; 53(3) :469-72.
  13. Edmonds CJ, Burford D. Should children drink more water? : the effects of drinking water on cognition in children. Appetite. 2009; 52(3) :776-9.
  14. Kaushik A, Mullee MA, Bryant TN, Hill CM. A study of the association between children's access to drinking water in primary schools and their fluid intake: can water be 'cool' in school? Child Care Health Dev. 2007; 33(4) :409-15.
  15. Molloy CJ, Gandy J, Cunningham C, Slattery G. An exploration of factors that influence the regular consumption of water by Irish primary school children. J Hum Nutr Diet. 2008; 21(5) :512-5. vCroghan EL. A survey of drinking and toilet facilities in local state schools. Br J Community Nurs. 2002; 7(2) :76-9.
  16. AFSSA. Evaluation de la connaissance et de l’application de la circulaire du 25 juin 2001 relative à la composition des repas servis dans les établissements publics du second degré (2005-2006). Juillet 2007.
  17. Etude Individuelle Nationale des Consommations Alimentaires 2 (INCA 2) 2006-2007. Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), rapport septembre 2009, 225 p.
  18. Muckelbauer R, Libuda L, Clausen K, Toschke AM, Reinehr T, Kersting M. Promotion and provision of drinking water in schools for overweight prevention: randomized, controlled cluster trial. Pediatrics. 2009; 123(4) : e661-7.
  19. Martin A. Apports nutritionnels conseillés pour la population française. Edition Tec et Doc, 3e édition; 2001, p1-605.
  20. Couzy F et al. Calcium bioavailability from a calcium and sulfate-rich mineral water, compared with milk, in young adult women. Am J Clin Nutr 1995; 62: 1239-1244.

SOURCE : NESTLE WATERS

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