Du bon usage des fibres alimentaires

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De nombreuses recherches sur modèles animaux ou au travers d'expériences d'intervention chez l'homme ont permis de montrer des effets physiologiques notables de fibres alimentaires, notamment des fibres solubles : impact sur les fermentations digestives, sur le métabolisme lipidique ou glucidique, sur le métabolisme minéral...

« Du bon usage des fibres alimentaires » - Crédit photo : www.pourmaplanete.com Les premiers travaux sur le rôle des fibres en nutrition humaine ont débuté assez tardivement, par rapport aux recherches sur la nutrition des ruminants et des herbivores en général et les recherches zootechniques avaient mis l’accent sur les glucides pariétaux et débouché sur des méthodes de fractionnement et de quantification performantes pour les fourrages et produits céréaliers. Des techniques mieux adaptées permettent désormais une quantification satisfaisante des différentes catégories de fibres pariétales, ainsi que des oligosaccharides et de composés apparentés (amidons résistants, amidons modifiés, fibres modifiées).

De nombreux travaux en nutrition humaine ont porté sur les fibres solubles existantes et ont aussi cherché à proposé des produits (dérivés des amidons, gommes partiellement hydrolysées) destinés à être incorporés dans l’alimentation en raison de caractéristiques technologiques et/ou fonctionnelles (effet bifidogène par exemple).

Modalités de l’apport en fibres

Les fibres alimentaires sont normalement apportées de façon quasi exclusive par les aliments d’origine végétale. Des produits animaux peuvent éventuellement contribuer de façon très minoritaire à l’apport en glucides fermentescibles : produits laitiers (lactose non digéré, lactulose et lactitol néoformés, galactooligosaccharides), chitosanes ; mais depuis quelques temps des enrichissements en fibres (généralement solubles) ont été autorisés.

Des recherches sur modèles animaux ou au travers d’expériences d’intervention chez l’homme ont permis de montrer des effets physiologiques notables de fibres, notamment des fibres solubles : impact sur les fermentations digestives, sur le métabolisme lipidique ou glucidique, sur le métabolisme minéral. En toile de fond, des effets protecteurs sont attendus vis-à-vis d’un certain nombre de grandes pathologies : cancers (cancer du côlon en particulier), maladies cardiovasculaires et diabète, ostéoporose. Cette situation contraste avec les études épidémiologiques disponibles qui mettent souvent en évidence une relation entre consommation de fibres insolubles et effets santé, alors que ce genre de relation est plus difficile à mettre en évidence en ce qui concerne les fibres solubles.

En fait, les fibres insolubles sont très majoritaires dans de nombreux aliments peu transformés, qu’il s’agisse des produits céréaliers, des légumes ou des fruits. De ce fait, les apports en fibres solubles sont relativement faibles et présentent, au sein des populations étudiées, des fourchettes assez étroites qui rendent difficiles la mise en évidence d’effets propres à cette fraction.

La question du rapport fibres solubles/fibres insolubles (FS/FI) optimal reste donc posée, la consommation de produit enrichis en fibres purifiées tend généralement à augmenter l’apport en fibres solubles et aboutit à des rapports FS/FI relativement faibles, qui s’éloignent de ceux observés avec des aliments peu transformés. Les conséquences de cette évolution restent à déterminer sachant que les connaissances actuelles suggèrent que les effets protecteurs des fibres pourraient être dans une certaine mesure différenciés, par exemple: meilleure efficacité des fibres insolubles vis-à-vis du risque cardiovasculaire, mais meilleure efficacité des fibres solubles vis-à-vis des problèmes d’ostéoporose.

Mécanismes d’action des fibres

Ce domaine peut sembler peut porteur désormais, du fait de la masse de travaux publiés au cours des dernières décennies et qui ont dégagé un certain nombre de concepts :

  • dilution de la densité énergétique de la ration par les fibres, d’autant plus que certaines fibres ont des capacités de rétention d’eau considérables,
  • impacts sur le transit alimentaire et ralentissement de la diffusion des nutriments à travers la paroi de l’intestin grêle,
  • impact sur les caractéristiques de la flore : effets bifidogènes, changements de flore lactique et du nombre de clostridies par exemple,
  • impact sur les conditions physicochimiques régnant dans le gros intestin (acidification du pH luminal, profil des anions organiques produits par la microflore...),
  • rôle spécifique de certains produits terminaux du métabolisme bactérien, en particulier le butyrate.

Un certain nombre de points restent néanmoins à approfondir :

  • pour le butyrate, faut t’il rechercher à tout prix des fermentations très riches en butyrate ? En effet,

    1. les situations de production élevée de butyrate correspondent souvent à des fermentations relativement acides qui peuvent avoir une certaine agressivité au niveau de la paroi colique,
    2. l’efficacité élevée du butyrate comme effecteur métabolique pose la question de son inocuité aux fortes doses,

  • le suivi des fermentations digestive repose très fréquemment sur la mesure des acides gras à chaîne courte (acétate, propionate, butyrate et quelques acides ramifiées) alors que les fermentations à caractère acide conduisent aussi à l’accumulation de quantités notables d’autres anions (lactate, succinate). Le devenir du succinate (degré d’absorption) et sa métabolisation restent mal connues et ce point mériterait d’être approfondi, en particulier dans le cas des oligosaccharides fermentescibles.

  • les conditions régnant ans le gros intestin peuvent conduire à une perméabilisation partielle de la paroi digestive vis-à-vis de molécules bioactives telles que des polysaccharides microbiens. Ce point est important puisqu’on soupçonne le niveau d’endotoxémie portal, voire systémique, de moduler diverses composantes du syndrôme métabolique. A cet égard, des équipes ont récemment suggéré qu’il serait utile de contrôler le niveau d’endotoxémie dans un but de prévention et/ou de contrôle du syndrome métabolique (Cani et al 2007).

  • D’autres aspects du statut inflammatoire pourraient être directement contrôlés par les acides gras à chaîne courte au niveau moléculaire (Tedelind et al 2007).

En conclusion, les apports en fibres des populations occidentalisés restent actuellement à des niveaux faibles (15-20 g/j), que ce soit par rapport à la recommandation générale d’environ 30 g/j ou - à fortiori - par rapport aux niveaux d’ingestion attribués aux sociétés paléolithiques ou à certaines communautés de chasseurs-cueilleurs (50-100 g/j).

Il semble souhaitable d’élever cet apport en fibre : les aliments complexes les plus efficaces à cet égard étant les céréales complètes et les légumineuses, ainsi que certains légumes. Ces aliments apportent une majorité de fibres insolubles. Les supplémentations en fibres de produits transformés peuvent avoir une certaine efficacité, mais elle repose le plus souvent sur des fibres (ou des composés rattachés) solubles, ce qui entraîne généralement une modification sensible du rapport fibre soluble/fibre insoluble.

Sur le long terme, on ignore si cette modification de l’apport en fibre dans l’alimentation est réellement effective en terme de nutrition préventive et dépourvue d’inconvénients.

(Christian Demigne, Unité de Nutrition Humaine, INRA Theix, 63122 Saint Genès Champanelle - Université d’été de Nutrition 2007, Clermont-Ferrand, 19-21 septembre 2007)

SOURCE : Centre de Recherche en Nutrition Humaine Auvergne

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