Diversification alimentaire : la fin des idées reçues

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La diversification alimentaire du nourrisson est une étape importante pour le bébé comme pour ses parents. Beaucoup d’idées circulent dans le public et les recommandations médicales elles-mêmes ont connu des variations successives. Le Professeur Patrick Tounian, pédiatre à l'hôpital Trousseau à Paris, jette un pavé dans la marre des nombreuses idées reçues à ce sujet, en rapellant ce qui est scientifiquement établi aujourd’hui.

Il est temps en effet de revoir les opinions sur la diversification à la lumière des preuves scientifiques. Les revirements des points de vue médicaux ces dernières décennies concernaient surtout l’âge optimal de la diversification, avec l’objectif de limiter les risques d’allergie. On a quelque temps pensé à tort qu’il fallait retarder le moment de la diversification, en particulier chez les enfants à risque, du fait d’un terrain familial allergique. Aujourd’hui, les sociétés savantes européennes préconisent de diversifier l’alimentation du nourrisson entre 4 et 6 mois, qu’il soit ou non à risque allergique. Il y a même des arguments pour penser que l’introduction précoce, dès 4 mois révolus et à petites doses, des aliments à fort potentiel allergénique, pourrait induire une meilleure tolérance immunologique.

Quoi qu’il en soit, le lait maternel ou les laits infantiles demeurent l’aliment de base jusqu’à l’âge d’un an. La diversification doit se faire doucement et progressivement.

Dans le but affiché de prévenir l’obésité, on entend dénoncer des excès de sucres, de lipides et même de protéines dans l’alimentation du nourrisson. Qu’en est-il exactement ?

Dès que l’alimentation du nourrisson commence à être diversifiée, la consommation de protéines dépasse rapidement, et même parfois largement, les apports recommandés. Les apports recommandés ont pour but de fixer les apports minimaux en dessous desquels il y aurait un risque de carence nutritionnelle. Ils ne constituent pas, a priori, une limite à ne pas dépasser ! L’excès d’apports protéiques est une notion très relative. Une consommation élevée de protéines n’a probablement pas de bénéfice particulier, mais il n’est pas prouvé qu’elle soit néfaste et encore moins qu’elle ait un lien avec l’obésité infantile, qui est en grande partie liée à une prédisposition génétique.

Se méfier d’un excès de corps gras chez le nourrisson est également une erreur. A cet âge, les lipides doivent représenter 45 à 50 % des apports énergétiques ! Limiter leur consommation – et entre autres celle d’acides gras saturés - ne sert ni à prévenir les maladies cardiovasculaires ni l’obésité (dont les premiers signes apparaissent plus tardivement).

Au contraire, c’est prendre le risque d’induire une carence en acides gras essentiels. Pour l’éviter, il faut donner suffisamment de lait aux bébés et ajouter des matières grasses dans les plats salés. Quant aux excès de sucres, le seul risque à cet âge serait qu’ils remplacent d’autres apports de nutriments et entraînent certaines carences. Pour le reste, l’appétence pour le sucré est innée : rien ne dit qu’elle se maintiendra quelques années plus tard et on est certain qu’elle n’est pas reliée à un risque d’obésité ultérieure.

Une incertitude existe aussi sur le moyen d’assurer au tout-petit des apports suffisants de fer. Quelle est la solution ?

Les nourrissons sont à risque de déficit en fer. En effet, après la diversification, il faudrait des apports de viande très importants (environ 100 g par jour) pour assurer des apports de fer suffisants, le fer des végétaux n’étant par ailleurs pratiquement pas absorbé. Il est donc conseillé d’utiliser des laits infantiles (de suite ou de « croissance ») qui sont enrichis en fer et ont fait la preuve de leur intérêt.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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