Dis-moi ce que le singe mange, je te dirai qui tu es...

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Dans un article récent, Katharine MILTON, chercheur à l'Université de Berkeley (Californie), compare la teneur en micronutriments des aliments consommés par les primates sauvages (singes et grands singes) avec celle des produits proposés dans les supermarchés américains.

Après avoir estimé les apports quotidiens en minéraux et vitamines chez plusieurs espèces de singes, l’auteur compare ces apports avec les recommandations nutritionnelles établies pour les adultes américains. Les primates sauvages, et plus particulièrement les grands singes, étant extrêmement proches des humains d’un point de vue biologique, l’auteur fait l’hypothèse que les besoins en micronutriments de ces deux groupes devraient être similaires.

89 à 97% de végétaux avec des teneurs record en micronutriments

De nombreuses études de terrain ont montré que les primates sauvages se nourrissent principalement de végétaux, leur consommation d’aliments d’origine animale demeurant toujours modérée voire très faible sous forme d’insectes principalement, mais aussi d’autres invertébrés ou petits vertébrés. Chez les grands singes (chimpanzés, gorilles et orangs-outans), la proportion d’aliments végétaux s’établit, selon les espèces, entre 89 et 97 %. La part la plus importante est représentée par les fruits, auxquels s’ajoutent des jeunes feuilles, des fleurs, des graines, des écorces ou encore des rhizomes.

Les teneurs en minéraux (calcium, sodium, phosphore, potassium, fer…) des végétaux sauvages ingérés par les singes sont presque toujours supérieures aux valeurs que l’on rencontre dans ces mêmes végétaux lorsque ceux-ci sont cultivés puis consommés par les humains. De même, les fruits sauvages ont une teneur en vitamine C supérieure à celle des fruits cultivés dans la même zone géographique.

4 à 5 fois les apports conseillés pour les humains !

Il est très difficile de déterminer avec précision les besoins nutritionnels des primates non humains, particulièrement en ce qui concerne les micronutriments. La majorité des études réalisées se sont limitées aux besoins en certaines vitamines, et se sont surtout attachées à déterminer le niveau minimum permettant d’éviter des carences et non le niveau optimal.

S’agissant des apports en micronutriments chez les primates sauvages, les estimations font apparaître des niveaux de consommation journalière en minéraux et vitamines très élevés, largement supérieurs aux apports recommandés pour les humains.

Ainsi, par exemple, les singes hurleurs de Panama, dont le poids moyen à l’âge adulte est de 7 kilos et qui consomment environ 600 g de fruits et 400 g de feuilles par jour, ont un apport moyen en calcium proche de 4600 mg/jour, alors que les recommandations nutritionnelles pour un adulte américain de 70 kg ont été établies à 800 mg/jour. Il en est de même pour le potassium, le magnésium, le fer et le manganèse : les quantités ingérées par cette espèce de singes représentent quatre fois les apports conseillés pour les humains. Les apports en phosphore se situent, quant à eux, au niveau des recommandations nutritionnelles. Seuls les apports en sodium (180 mg/jour) sont inférieurs à ceux conseillés pour la population adulte américaine, soit 500 mg/jour. En ce qui concerne la vitamine C, les gorilles sauvages (et probablement aussi les chimpanzés et les orangs-outans) en ingèrent plus de 4000 mg par jour, ce qui est très largement supérieur aux 70 mg conseillés pour les adultes américains.

Une protection naturelle contre les polluants ?

En conclusion, K. Milton soulève la question de l’impact sur la santé humaine d’une consommation de micronutriments beaucoup plus faible que celle observée chez les autres primates. Faisant l’hypothèse que les besoins de l’homme en minéraux et vitamines ne devraient pas être sensiblement différents de ceux des primates sauvages, l’auteur cherche à comprendre les raisons des écarts importants constatés.

Une des explications proposées consiste à considérer les apports élevés observés chez les singes comme la conséquence logique d’un régime constitué de grandes quantités de végétaux ; cette caractéristique aurait conduit au développement d’une physiologie adaptée à des apports très élevés en micronutriments.

Une autre hypothèse est que cette consommation importante serait nécessaire pour compenser la faible biodisponibilité des minéraux et vitamines contenus dans les plantes consommées par les primates sauvages.

Une troisième explication tient compte de cette biodisponibilité : après avoir évalué les quantités de micronutriments réellement absorbées par les singes sauvages, l’auteur constate que celles-ci demeurent, malgré tout, largement supérieures aux valeurs considérées comme optimales chez l’homme. K. Milton fait alors l’hypothèse que les quantités importantes de micronutriments absorbées par l’organisme des singes répondent à des besoins liés à la nature même de l’alimentation de ces animaux : en effet, les plantes sauvages consommées à fortes doses contiennent de nombreux composés chimiques potentiellement toxiques. L’ampleur des apports en micronutriments, notamment en anti-oxydants, permettrait aux singes de réduire la toxicité de ces composés.

Cette dernière hypothèse conduit l’auteur à se poser la question de la nécessité, pour l’homme contemporain, d’augmenter ses apports en vitamines et minéraux antioxydants de façon à lutter contre les polluants véhiculés par l’alimentation et l’environnement modernes.

SOURCE : APRIFEL

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