Diététique et nutrition : prévisions et tendances pour 2006

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En nutrition, comme dans d'autres domaines, il existe des modes qui conduisent à mettre en vedette ou au contraire à clouer au pilori des aliments, certains de leurs constituants, ou encore certains comportements alimentaires... Après la mode des « sans » (sans pain, sel, sucre, matière grasse, calories...) et la mode des « plus » (plus de vitamines, de fibres, d'oméga 3, de fruits et légumes...), que nous réserve l'année 2006 ?

Voici les prévisions et les voeux pieux des nutritionnistes du Centre de Recherche et d'Information Nutritionnelles (CERIN).

EN BAISSE

Les compléments alimentaires :

Après le succès commercial des trois ou quatre dernières années, l'année 2006 pourrait être moins bonne pour les compléments alimentaires...

Ces pastilles, gélules, ampoules, contenant vitamines, minéraux ou autres substances, avec des indications portant notamment sur le stress, la minceur, la ménopause, la recherche de tonicité, sont en effet dans le collimateur des scientifiques et des législateurs de Bruxelles.

Des indications pas toujours validées, des compositions variables en quantité et qualité, un étiquetage peu précis, des bénéfices discutés. Une plus grande prudence sera donc de mise en 2006 concernant la prise de compléments alimentaires sans avis médical.

Les nutriments et les aliments miracles :

Finie la chasse aux aliments ou nutriments accusés de tous les maux (sel, sucre, matière grasse, viande). Finie la mise en exergue d'aliments ou de nutriments soi-disant bons pour tout (les vitamines, les oméga 3, les fruits et légumes).

L'année 2006 devrait être une année placée sous le signe de l'équilibre alimentaire ou -plus tendance- de la «diet» attitude : un peu de tout et de tout, un peu !

Le soja et les produits dérivés :

En 2005, le soja et ses produits dérivés (isoflavones et autres phyto-estrogènes) ont été décortiqués par le menu de chaque coté de l'Atlantique. En France, les deux agences nationales chargées respectivement de la sécurité sanitaire des aliments et des médicaments ont publié un rapport commun.

Aux États-Unis, c'est l'Agence américaine pour la recherche médicale qui a oeuvré. Leurs éminents spécialistes ont, entre autres, analysé les risques et bénéfices liés à la consommation de ces produits et étudié leurs effets sur différentes pathologies et fonctions de l'organisme : cancer, maladies rénales, maladies cardiovascu-laires, reproduction, métabolisme osseux, etc.

Conclusion : le rôle du soja dans la prévention de différentes maladies serait limité, voire incertain, et beaucoup d'inconnues demeurent. Des études complémentaires semblent donc nécessaires afin de confirmer ou d'infirmer les bénéfices et risques liés à leur consommation.

En attendant, pour 2006, si la consommation habituelle de soja (faible dans nos pays) ne devrait pas poser pas de véritable problème, la prudence sera tout de même à recommander vis-à-vis des compléments alimentaires et des préparations infantiles à base de soja.

Les interdits, les régimes pour tous et le diététiquement correct :

Les interdits, les régimes pour tous et le diététiquement correct ont donné naissance à une nouvelle maladie, qui occupe une place grandissante : l'orthorexie ou le « manger droit »... L'aliment étant investi de la responsabilité suprême, comme susceptible d'apporter le bien ou le mal, l'orthorexique développe « une fixation quasi pathologique sur la recherche de la nourriture appropriée »... Une pathologie qui inquiète les spécialistes et qui pourrait très bien conduire en 2006 à des messages moins centrés sur les interdits, les régimes pour tous et le diététiquement correct...

EN HAUSSE

Les sciences humaines :

Dans le domaine de la nutrition, 2006 laisse présager une forte hausse de confiance envers les sciences humaines : études du comportement alimentaire et des facteurs environnementaux, sociologie de l'alimentation...

Ces sciences, qualifiées par certains de « molles », sont en effet appelées au secours des sciences dites « dures » (comme la biochimie, la biologie ou encore la physiologie de la nutrition), notamment pour expliquer pourquoi l'information et les recommandations nutritionnelles ne viennent pas à bout de l'épidémie d'obésité qui sévit dans le monde !

La nutrition ne se bornerait donc pas à des équations manipulant des calories ingérées et dépensées. Une révolution pour certains en cette année 2006...

Le plaisir, la gastronomie et le goût :

Épidémies d'obésité, peurs, suspicions et psychoses sur les produits, obsessions diététiques, « idéal minceur », troubles du comportement alimentaire... Les malaises psychologiques et sociaux de ce début de millénaire se sont volontiers concentrés sur l'acte de se nourrir.

Pourtant, l'alimentation est un des plus grands plaisirs de l'existence et doit le rester pour ne pas engendrer d'anxiété. Souhaitons donc pour 2006 que les messages d'éducation nutritionnelle accordent l'importance qu'elles méritent à l'éducation du goût et à la sensibilité gastronomique.

La sociabilité, la convivialité doivent rester des valeurs essentielles de notre culture alimentaire et l'alimentation un plaisir partagé !

La « diet » attitude :

Après la « bio » attitude ou encore la « fraîche » attitude, 2006 pourrait bien voir grandir la « diet » attitude... Pas de régime à l'horizon, mais tout simplement une version relookée du sempiternel équilibre alimentaire : de tout un peu et un peu de tout...

Le repas de famille :

Si la première fonction du repas est évidemment alimentaire (ou biologique), ses fonctions psychologiques et socioculturelles sont loin d'être négligeables et ces trois dimensions sont indissociables : c'est au cours des repas que se créent des relations affectives et que se transmettent les codes sociaux. Les repas sont des temps forts de l'intimité de la famille, notamment pour les adolescents. A ce propos, une étude met à jour un lien étroit entre le nombre de repas pris en famille, le succès scolaire et l'équilibre psychologique...

Après une fin 2005 quelque peu troublée, l'année 2006 pourrait donc espérer un certain salut en misant sur le repas familial.

Bonne année !

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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