Diététique et maladie de Crohn

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La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique du tube digestif, de siège le plus souvent intestinal, d’étiologie inconnue et qui peut avoir des conséquences nutritionnelles majeures. Elle touche surtout l’adulte jeune avec une prépondérance féminine. La nutrition artificielle a un effet bénéfique immédiat mais n'influe pas à long terme sur l'évolution de la maladie. On ne connaît, à l'heure actuelle, aucun régime d'exclusion ou de supplémentation actif sur la maladie de Crohn.

Les indications proprement nutritionnelles de la nutrition artificielle sont devenues rares. La dénutrition isolée peut être la conséquence d’une évolution chronique subaiguë, d’une restriction alimentaire en cas d’atteinte haute, notamment sténosante, ou de pathologie associée (toxicomanie, troubles du comportement alimentaire).

Les succès de la nutrition artificielle, et particulièrement de la diète élémentaire, ont conduit à l'élaboration de divers régimes diététiques dont l’efficacité n’est actuellement pas prouvée :

  • Régime d’exclusion de l’équipe de Cambridge (au sortir d’une cure de nutrition entérale, on réintroduit séquentiellement divers types d’aliments et on supprime ceux mal tolérés).
  • Régimes sans levure.
  • Régimes sans polysaccharides complexes.
  • Régimes pauvres en sucre.
  • Régimes sans lipides (l’efficacité de la nutrition entérale pourrait être d’autant plus marquée qu’elle contient moins de triglycérides à longue chaîne).
  • Régimes enrichis en acides gras (activité anti-inflammatoire).
  • Régimes hyperprotéiques.
  • Régime sans microparticules anorganiques, présentes en abondance dans les préparations industrielles, qui pourraient constituer de puissants adjuvants de la réponse immunitaire intestinale.

Aucune preuve scientifique de l'efficacité de ces régimes n'a été apportée. On est donc obligé de décevoir le malade persuadé d'être empoisonné par un facteur alimentaire, en expliquant que, si ce facteur existe, on en ignore l'identité. De la même façon, il n'est pas actuellement possible de conseiller une supplémentation susceptible de modifier la réponse immune. Clairement, l'arginine et la glutamine, proposées parfois, n'ont aucun effet bénéfique. Les résultats intéressants d'un travail démontrant l'efficacité d'une supplémentation en acides gras omega 3 dans la prévention des poussées n'ont pas été confirmés.

Ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas d'indications diététiques dans la maladie de Crohn. En cas de colite aiguë sévère, il faut limiter l'apport de fibres pour améliorer le confort. S'il existe une sténose du grêle, on supprimera tous les aliments susceptibles de s'organiser en bouchons (type noix de coco, poireaux ou cacahuètes).

En dehors des poussées sévères, il n’y a pas d’indication à un régime sans résidu : on peut conseiller de limiter simplement l’apport en fibres “dures” (salades, crucifères).

En cas de sevrage tabagique (c'est de loin la mesure hygiéno-diététique la plus efficace dans cette maladie), un régime hypocalorique est parfois nécessaire pour limiter la prise de poids. De façon générale on limitera les interdits, l'objectif primordial devant être d'assurer à long terme un apport protéino-énergétique suffisant pour prévenir la dénutrition. Enfin, l’apport sodé ne doit être réduit qu’en cas de corticothérapie par prednisone à dose élevée et prolongée, et seulement dans ce cas.

La dénutrition est une complication des poussées graves de la maladie de Crohn. La nutrition artificielle et l'arrêt de l'alimentation orale ont un effet bénéfique immédiat. Il est possible qu'à long terme l'alimentation quotidienne ait quelque effet sur l'évolution de la maladie. Malgré de nombreuses recherches, on ignore la nature de ces facteurs alimentaires, bénéfiques ou néfastes. Le rôle du médecin doit être avant tout de prévenir le développement de comportements alimentaires dangereux ou aberrants.

SOURCE : Institut Danone

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