Diarrhées bactériennes : révolution des probiotiques

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Les diarrhées causées par Clostridium difficile 027 (C.difficile 027) constituent une des causes principales de diarrhées aiguës et représentent un véritable problème de santé publique. Contre ces diarrhées, les probiotiques sont de plus en plus utilisés.

Dans un organisme sain, le tube digestif est colonisé par environ 100 000 milliards de bactéries appartenant à 400 espèces différentes. De 30 à 40 espèces de ces bactéries représentent 99 % de la flore qui forment un écosystème stable essentiel au maintien d'une bonne santé. Une infection, une maladie ou une déficience du système immunitaire peut déséquilibrer cet écosystème, mais c'est probablement la prise d'antibiotique qui constitue l'agression la plus virulente.

Diarrhée "difficile"

Le C. difficile 027 est présent dans les matières fécales. Une personne peut le contracter en touchant des objets ou des surfaces contaminés par des matières fécales, ou en ingérant des mets contaminés. Les symptômes accompagnant l'infection à C.difficile 027 sont : une diarrhée aqueuse, fièvre, perte d'appétit, nausée, douleurs et sensibilité abdominales. La diarrhée est faite de selles liquides, voire molles. On peut remarquer des saignements microscopiques. Les infections intestinales présentent une physiopathologie assez claire et un tableau clinique assez bien individualisé.

L'infection en cause est la colite pseudo-membranaire, appelée ainsi à cause de la présence de pseudo-membranes réparties sur l'entièreté ou une partie du côlon. Les pseudo-membranes sont formées d'un feutrage de fibrine qui se constitue au cours de l'inflammation provoquée par l'agent causal. Les toxines A et B libérées par le microbe peuvent endommager la muqueuse et causer de l'inflammation. Le traitement de cette infection passe généralement par l'antibiothérapie, responsable elle aussi de diarrhées.

Les probiotiques font l'unanimité

Le potentiel thérapeutique de ces « bons microoganismes » fait désormais l'unanimité dans la communauté scientifique. Les diarrhées dues à C. difficile 027 peuvent êtes traitées par les probiotiques. Dans cette indication, l'efficacité de Saccharomyces boulardii a été observée en réduisant de manière statistiquement significative l'incidence de la diarrhée tant chez l'adulte que chez l'enfant. Une étude en double aveugle contrôlée par placebo a été réalisée avec Saccharomyces boulardii : par rapport au placebo, l'association de Saccharomyces boulardii à un traitement par la vancomycine ou le métronidazole entraînait significativement moins de récidives de diarrhée due au C.difficile 027 (45% versus 26%) pendant les 2 mois de la période de suivi.

Une autre étude avait déjà été réalisée dans le passé par Buts et al. chez 19 nourrissons et enfants atteints de diarrhée chronique. C. difficile producteur de toxine B était le seul germe pathogène identifié chez eux à la coproculture. La plupart de ces enfants avaient récemment reçu un traitement par antibiotiques. Une dose de Saccharomyces boulardii de 500 à 1000 mg/j selon l'âge pendant 15 jours a rapidement favorisé la disparition des symptômes chez 18 de ces enfants et la négativation de la toxine du C.difficile chez 16 d'entre eux. Des données qui viennent conforter l'intérêt de cette levure dans le traitement des diarrhées dues au antibiotiques.

Eczéma atopique : intérêt d'une action précoce

Dans le domaine allergique, les premiers résultats apportant la preuve de l'effet préventif de l'administration de bactéries probiotiques sur l'apparition de l'eczéma et son maintien dans le temps sont l'oeuvre d'une équipe de Finlandais. La supplémentation de la mère par Lactobacillus rhamnosus GG au cours de sa grossesse et pendant les 6 premiers mois de vie de l'enfant, à risque de développer un eczéma atopique, réduit de plus de 40 % l'incidence de ce type d'allergie. Ces résultats sont maintenus à 4 ans et viennent d'être confirmés à nouveau par des chercheurs finnois sur un plus large échantillon.

Cette étude randomisée contre placebo, reposant sur le même protocole expérimental que la première, regroupait 1223 femmes enceintes et 920 enfants suivis pendant 6 mois. Petite différence, les nouveau-nés du groupe test ont reçu cette fois un mélange de probiotiques (Lactobacillus GG, L rhamnosus LC705, Bifidobacterium breve Bb99, Propionibacterium freudenreichii ssp shermanii JS) et de prébiotiques (des galacto-oligosaccharides). Verdict : la mixture s'accompagne, en comparaison du placebo, d'une réduction de 34 % du risque d'eczéma atopique. Ces résultats sont corrélés à des populations bactériennes significativement plus élevées de lactobacilles, propionibactéries et bifidobactéries dans les selles des enfants du groupe « synbiotique ».

Une autre étude, américaine celle-là, indique que l'administration d'un probiotique chez 56 enfants âgés de 6-18 mois présentant un eczéma atopique de forme modérée à sévère améliore significativement le score SCORAD (évaluant la sévérité et l'étendue de l'eczéma) amélioré par rapport à celui mesuré avant l'étude et au placebo. On peut donc raisonnablement affirmer que la supplémentation par un probiotique

Diarrhées aiguës : les enfants mieux protégés

Une méta-analyse récente souligne également l'utilité réelle des probiotiques dans un autre contexte : celui des diarrhées aiguës. Appliquée sur une période courant jusqu'à février 2006, elle a retenu 34 publications, incluant 4844 patients. Les auteurs ont regroupé les diarrhées aiguës en trois catégories : diarrhées aux antiobiotiques, du voyageur et diarrhées d'autres catégories. L'évaluation montre que les probiotiques réduisent le risque global de 52 % pour la diarrhée associée à la prise d'antibiotiques, de 8 % pour la diarrhée du voyageur et de 34 % pour les diarrhées aiguës du dernier groupe.

L'efficacité des probiotiques est cependant beaucoup plus marquée chez l'enfant que chez l'adulte. Elle est même doublée : la réduction du risque est de 57 % contre 26 %... En revanche, aucune bonne bactérie ne sort véritablement du lot : l'effet protecteur ne varie pas sensiblement selon les souches de probiotiques, que ce soient les souches les plus fréquemment utilisées ou de souches plus expérimentales. Une autre méta-analyse, plus ancienne, révèle que par rapport au groupe contrôle, la durée moyenne est réduite d'un peu plus d'un jour par épisode diarrhéique, ce qui est très important chez le tout-petit enfant qui risque une déshydratation. Enfin, in vitro, les travaux de M Freitas démontrent que Lactobacillus casei DN-114 001 peut modifier les caractéristiques du mucus, inhibant la fixation et la pénétration du virus dans les cellules. Ce mécanisme pourrait expliquer l'effet des probiotiques sur les diarrhées à rotavirus.

L'espoir dans l'entérocolite nécrosante

L'entérocolite nécrosante, enfin, est une autre cause majeure de mort chez les prématurés. Des données assez spectaculaires révèlent une réduction de la mortalité grâce aux bactéries probiotiques. Les travaux d'équipes japonaises sur la supplémentation en probiotique (Bifidobacterium breve) de l'alimentation des bébés de faible poids de naissance démontrent que la prise de poids de ces bébés est supérieure et qu'ils sont moins sujets aux infections. Ces essais cliniques conduits sur des enfants de très petits poids (environ 1 kg) en moyenne nés à 7 mois sont éloquents sur le seul résultat de la mortalité : 0 % dans le groupe des nourrissons ayant reçu le probiotique et 13,5 % dans le groupe contrôle.

Des promesses extraordinaires qui ont été confirmées au cours de ces deux dernières années. Là encore, l'incidence des décès par entérocolite nécrotique est significativement réduite (moins de 5%) dans le groupe de nouveau-nés dont l'alimentation a été enrichie avec les bactéries probiotiques par rapport au groupe contrôle. Bref, si les probiotiques n'ont pas encore fait toutes leurs preuves chez le nourrisson, ils offrent cependant une opportunité thérapeutique plus que séduisante et... largement explorée !

Les probiotiques atomisent les champignons !

Autre exemple du potentiel anti-infectieux étonnant des probiotiques : la prévention des candidoses intestinales chez l'enfant prématuré. Les espèces Candida constituent la troisième cause d'infection chez le prématuré. Elles sont responsables de morbidité, d'altération du développement nerveux, voire de mortalité. Une étude clinique italienne, menée auprès de 80 prémas (poids inférieur ou égal à 1.5 kg) donne des résultats encourageants. Dès les 3 premiers jours de vie, les nouveau-nés ont reçu soit du lait maternel seul, soit du lait maternel enrichi en Lactobacillus GG (à raison de 6x109 UFC/j), pendant 6 semaines ou jusqu'à la sortie de l'unité de soin. Des prélèvements ont été réalisés chaque semaine à différents sites : oropharynx, selles, estomac et rectum.

Les résultats indiquent que le probiotique a induit une colonisation significativement moindre du tractus digestif par Candida : le pourcentage d'enfants colonisés était de 23.1 % dans le groupe probiotique contre 48.1 chez les témoins. Ironie du sort, ce bénéfice n'est cependant constaté que chez les enfants ayant un poids oscillant entre 1 kg et 1.5 kg. Il reste maintenant à asseoir les résultats, mais ces premières retombées sont prometteuses dans une population à grand risque de complications.

Références :

  • Echos du 22ème séminaire sur « diagnostic et surveillance des maladies infectieuses » 23 Novembre 2006.
  • Buts JP, Corthier G, Delmée M. Saccharomyces boulardii for Clostridium difficile-associated enterocolopathies in infants. J Pediatr Gastroenterol Nutr 1993; 16: 419-25.
  • Folia Pharmacotherapeutica. Les probiotiques, site en Français.
  • Consulté en novembre 2006 t al., Pediatr Int 2004 ; 46 : 509-15.

(Par le docteur Rachid Benabdillah, " HEALTH & FOOD " numéro 80, Décembre 2006)

SOURCE : Health and Food

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