Deux ou trois pièges qui font manger trop...

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Perçoit-on bien la valeur calorique de ce qu’on mange ? La réponse est non, si l’on en croit Pierre Chandon, professeur de marketing et directeur du centre de recherche en sciences sociales de l’INSEAD. Le consommateur tombe inconsciemment dans plusieurs pièges. Les connaître devrait permettre d’en déjouer au moins quelquesuns...

Plus c’est gros, moins on s’en aperçoit

Nous n’avons pas une perception réaliste des calories que nous ingurgitons. Pour les petites quantités, on les surestime un peu. Pour les grandes quantités, on les sous-estime largement !

Or, au fast-food ou ailleurs, la taille des portions et des conditionnements a beaucoup augmenté. Les boissons petit format ont gagné en contenance : 19 cl il y a quelques années, 25 cl en 2010, etc. Les portions de frites ont triplé de volume. Et plus elles sont grandes, plus on sous-estime leur apport calorique.

Il en est de même pour les emballages : plus leur volume augmente, plus s’accroît la sous-estimation de leur valeur énergétique…

« Bon pour la santé » ne veut pas dire moins calorique

Les allégations nutritionnelles ou de santé sont un deuxième piège. Si un aliment est réputé néfaste pour la santé, nous avons tendance à surestimer légèrement ses apports caloriques. Si au contraire il est réputé « bon pour la santé », nous sous-estimons les calories qu’il apporte. Une expérience montre que l’on sous-estime de 28 % les calories du muesli (réputé « aliment santé ») et que l’on surestime de 9 % celles des bonbons chocolatés, réputés « aliment plaisir » dont il vaut mieux limiter la consommation. Cela, alors que les deux aliments comparés ont en fait la même valeur énergétique !

Le burger + salade plus léger qu’un burger tout seul ?

Mieux encore : les chercheurs ont observé que le fait de manger à table un aliment perçu comme bon pour la santé a tendance à diminuer la perception des apports caloriques de tout le repas ! Ajoutez un « aliment santé » dans votre assiette et le tour est joué. Un burger avec salade est perçu comme moins calorique qu’un burger tout seul…

Les allégés font souvent manger plus

Autre situation paradoxale : plus on choisit des allégés, plus on croit manger léger et plus on mange. On compense le faible nombre supposé de calories par une surconsommation. Au bout du compte, en pensant consommer moins, on consomme nettement plus calorique : ce qui peut aller jusqu’à 50 % en plus !

D’où une invitation à la vigilance…

Pour le Pr Chandon, tous ces travers sont automatiques, inconscients, et nous influencent notablement. Parmi les solutions envisageables, l’amélioration de l’étiquetage des calories, voire le retour à de plus petits formats. Et surtout la prise de conscience du consommateur vis-à-vis de tous ces biais possibles. Si l’on doit compter les calories, mieux vaut estimer son repas élément par élément. Penser à la quantité au moins autant qu’à la qualité. Et ne pas faire une mauvaise utilisation des allégations santé ou des produits allégés. Indispensables, l’information et l’éducation du consommateur peuvent cependant ne pas suffire. Du fait des mécanismes inconscients à l’œuvre lorsqu’on se nourrit, « réaliser » ce qu’on mange n’est pas toujours facile…

En savoir plus sur les travaux de Pierre Chandon.

(Chandon C. Cah Nutr Diét 2010 ;45 :174-179. Chandon P, Wansink B. Nutr Rev. 2012; 70(10): 571–593)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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