Deux études françaises mettent en avant des facteurs nutritionnels favorables à la prévention des maladies cardio-vasculaires

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Deux grandes études françaises, MONICA et MONA LISA-NUT se penchent depuis des années sur les facteurs nutritionnels susceptibles d’influencer le risque de maladie cardiovasculaire de façon à identifier les profils nutritionnels les plus favorables à la santé. Certains aliments, dont les produits laitiers (lait, yaourts et laits fermentés, fromages), se sont révélés particulièrement prometteurs.

Les maladies cardio-vasculaires (maladies coronariennes et accidents vasculaires cérébraux) représentent la première cause d’hospitalisation et la deuxième cause de mortalité en France. Le nombre de cas ainsi que la mortalité cardio-vasculaire sont en diminution, ce qui témoigne d’une meilleure prise en charge mais aussi de l’intérêt des mesures de prévention.

Les maladies cardio-vasculaires sont multi-factorielles

Les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires (MCV) sont bien connus. Certains ne sont pas modifiables, comme l’âge, le sexe ou les antécédents familiaux. On peut en revanche agir sur d’autres facteurs comme le tabagisme, l’hypertension artérielle, l’excès de cholestérol et de triglycérides dans le sang, le diabète, l’obésité, la sédentarité ou encore une alimentation déséquilibrée.

Deux grandes études françaises, MONICA (1) et MONA LISA-NUT (2) se penchent depuis des années sur les facteurs nutritionnels susceptibles d’influencer le risque de maladie cardio-vasculaire de façon à identifier les profils nutritionnels les plus favorables à la santé. Certains aliments, dont les produits laitiers (lait, yaourts et laits fermentés, fromages), se sont révélés particulièrement prometteurs dès les premières données analysées il y a une dizaine d’années. Depuis, les analyses se poursuivent et viennent conforter ces résultats.

Alimentation et facteurs de risque cardio-vasculaire : un risque plus faible chez les consommateurs de produits laitiers

Dans l’étude MONICA, les hommes qui consommaient au total le plus de produits laitiers, de lait et de produits laitiers frais étaient moins souvent atteints de syndrome métabolique (défi ni par un ensemble de symptômes qui sont autant de facteurs de risque cardio-vasculaires : obésité abdominale, anomalie du bilan lipidique (triglycérides élevés, cholestérol HDL bas), hypertension artérielle, glycémie élevée ou diabète). 18 à 20% des ”gros” (3) consommateurs de produits laitiers ont un syndrome métabolique contre 32% des ”petits” consommateurs.

Pourcentage de syndrome métabolique en fonction de la consommation de produits laitiers

Ces résultats ont été confi rmés par l’étude MONA LISA-NUT. Les consommateurs de produits laitiers, lait et produits laitiers frais, ont un meilleur profi l métabolique : signifi cativement moins de diabète, moins de « mauvais » cholestérol LDL, moins de triglycérides et de syndrome métabolique. Et au total un risque de décès par maladie cardio-vasculaire dans les 10 ans qui suivent diminué de 30% selon les 2 indices étudiés.

Probabilité de décès par MCV à 10 ans en fonction de la consommation de lait, yaourt et fromage blanc

Le fromage quant à lui n’est pas associé aux facteurs de risque cardio-vasculaire ou aux 2 indices : que l’on mange peu ou beaucoup de fromage n’a aucune incidence.

A noter que les consommateurs de produits laitiers ont un meilleur équilibre alimentaire : ils mangent plus de fruits et légumes, de poisson, de viande, volaille et oeufs et boivent moins d’alcool.

Alimentation et mortalité : un effet « protecteur » des produits laitiers, ainsi que du pain, des fruits et légumes

Au-delà des facteurs de risque et du risque global qui ne sont que des estimations, il est bien sûr plus probant de s’appuyer sur des événements réels. C’est ce qu’a permis de faire MONICA : au cours des 15 ans de suivi, la mortalité a été enregistrée et corrélée aux données nutritionnelles obtenues en début d’étude.

Les résultats montrent que la mortalité est signifi cativement diminuée chez les plus gros consommateurs de produits laitiers, et aussi de fruits et légumes et pain :

Diminution de la mortalité chez les gros consommateurs

Globalement la mortalité au cours des 15 ans de suivi est diminuée de 59% chez les sujets ayant les consommations de produits laitiers, fruits et légumes et pain les plus élevées. C’est la mortalité cardiovasculaire qui chute.

En pratique, que consommer chaque jour ?

Comment traduire en pratique ces résultats ? Voici ce que mettent chaque jour dans leur assiette les « gros » consommateurs, ceux qui ont le risque le plus faible :

En pratique : consommation quotidienne la « plus protectrice »

C’est-à-dire que la consommation « idéale » correspond finalement aux recommandations du PNNS.

Comment expliquer l’effet bénéfique des produits laitiers ?

Les produits laitiers contiennent une multitude de nutriments qui pourraient contribuer à la diminution du risque cardio-vasculaire : calcium en premier lieu, mais aussi potassium et magnésium, protéines et certains peptides issus de leur métabolisme, et même certains acides gras spécifiques.

Séparément ou de façon synergique, ces nutriments peuvent agir sur différents paramètres :

  • la satiété et la gestion de l’énergie et des lipides au sein de l’organisme permettant un meilleur contrôle du poids et du bilan lipidique ;
  • la sécrétion d’insuline et le contrôle de l’équilibre glycémique, limitant ainsi le risque de diabète ;
  • la régulation de la pression artérielle grâce à un effet anti-hypertenseur.

Mais au-delà des nutriments, nous mangeons des aliments et c’est sans doute la combinaison des nutriments au sein des produits laitiers et leurs interactions qui expliquent leur effet bénéfique.

Leur consommation est par ailleurs un marqueur de la qualité de l’alimentation : ceux qui respectent les 3 produits laitiers quotidiens ont globalement une alimentation plus équilibrée, comme l’ont montré de nombreuses études, dont MONICA et MONA LISA-NUT.

En résumé

Dans l’étude MONICA, les hommes qui consomment au total le plus de produits laitiers, de lait et de produits laitiers frais sont moins souvent atteints de syndrome métabolique : 18 à 20% des « gros » consommateurs de produits laitiers ont un syndrome métabolique contre 32% des « petits » consommateurs.

Ces résultats sont confirmés par l’étude MONA LISA-NUT. Les consommateurs de produits laitiers, lait et produits laitiers frais, ont un meilleur profil métabolique : significativement moins de diabète, moins de « mauvais » cholestérol LDL, moins de triglycérides et de syndrome métabolique. Et au total un risque de décès par maladie cardio-vasculaire diminué de 30%.

Mais surtout la mortalité au cours des 15 ans de suivi baisse significativement : de 59% chez les sujets ayant les consommations de produits laitiers, fruits et légumes et pain les plus élevées.

Références

  • (1) MONICA : MONItoring of trends and determinants of CArdiovascular diseases. MONICA est une étude épidémiologique réalisée dans trois régions françaises (communauté urbaine de Lille, département du Bas-Rhin et département de la Haute-Garonne) destinée à étudier les facteurs de risque cardio-vasculaires et la mortalité. Un sous-groupe de 976 hommes âgés de 45 à 65 ans à l’inclusion (en 1995) et suivis pendant 15 ans, a participé à un volet nutritionnel, ce qui a permis d’étudier l’influence des facteurs alimentaires.
  • (2) MONA LISA-NUT : MOnitoring NAtionaL du rISque Artériel. MONA LISA-NUT est une étude épidémiologique transversale initiée en 2005-2007 dans les trois mêmes régions françaises, sur 3 000 sujets des 2 sexes cette fois-ci (environ 50% d’hommes et de femmes). MONA LISA-NUT a pour objectif d’étudier les liens entre alimentation et facteurs de risque cardio-vasculaires, pris individuellement ou sous forme de 2 indices validés (SCORE et Framingham), qui calculent une estimation du risque global de mortalité cardio-vasculaire dans les 10 ans qui suivent.
  • (3) Dans cette étude, les sujets sont classés en 5 groupes égaux en nombre, en fonction de leur consommation de produits laitiers. Les « gros » consommateurs constituent le groupe qui consomme en moyenne le plus de produits laitiers ; c’est une notion relative par rapport aux « petits » consommateurs, le groupe qui consomme en moyenne le moins de produits laitiers.
  • Bongard V et al Eur Heart J 2012; 33 (S1) : 609-10
  • Kai SH, Bongard V, Simon C, Ruidavets JB, Arveiler D, Dallongeville J, Wagner A, Amouyel P, Ferrières J. Eur J Prev Cardiol. 2013 Sep 3. [Epub ahead of print]

(Par le Professeur Jean Ferrières, chef de l’Unité de Prévention cardio-vasculaire au CHU de Toulouse, directeur du groupe de recherche d’Epidémiologie cardio-vasculaire - INSERM U1027.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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