Des pratiques alimentaires dures à avaler !

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« Finis ton assiette si tu veux un dessert ! », « Mange tes légumes et je te donnerai un biscuit. », « Pas de chips. C'est mauvais pour la santé. » ... De telles phrases auraient plutôt un effet néfaste sur les comportements alimentaires des jeunes. Elles contribueraient à une diminution de leur consommation de fruits et légumes et les inciteraient à vouloir davantage manger les aliments interdits.

Voilà ce qui ressort d'une étude menée par la diététiste Geneviève Dulude sur les relations entre les pratiques alimentaires des mères québécoises à l'égard de leur enfant et l'alimentation des jeunes d'âge préscolaire.

Des recherches américaines avaient déjà montré que les pratiques alimentaires parentales se traduisaient souvent par des stratégies contreproductives pour faire manger l'enfant. Trois pratiques, soit l'imposition de restrictions alimentaires (« Ne mange pas ça. »), la pression à manger (« Finis ton assiette ! ») et les récompenses (« Tu auras un dessert. ») ont fait l'objet de l'étude de cette diplômée du Département de nutrition de l'Université de Montréal.

« J'ai voulu savoir si c'était la même chose au Québec et s'il y avait un lien entre ces trois stratégies et la consommation et les préférences alimentaires des enfants d'âge préscolaire. Cela n'avait jamais été vérifié auparavant », affirme Geneviève Dulude.

Le plaisir de manger

Cent-vingt-deux mères d'enfants âgés de trois à cinq ans présentant des caractéristiques semblables sur les plans de la scolarité, des revenus et du statut familial ont été recrutées par des milieux de garde de l'île de Montréal et ont répondu à un questionnaire. Celui-ci portait sur l'effet des pratiques alimentaires des parents sur l'alimentation de leur enfant, notamment sur les fréquences de consommation et les préférences alimentaires.

« Des corrélations ont été observées entre les trois pratiques alimentaires maternelles et les habitudes de l'enfant en matière de consommation d'aliments », souligne la chercheuse de 31 ans, aujourd'hui directrice générale de l'organisme communautaire Bouffe-Action.

Les résultats issus d'une recherche doctorale plus vaste réalisée sous la direction de la professeure Marie Marquis ont été publiés en septembre dans la Revue canadienne de la pratique et de la recherche en diététique. Ils démontrent que les restrictions quant aux sucreries et aux aliments riches en gras, ainsi que la pression à manger et les récompenses alimentaires sont associées à des comportements moins enviables sur le plan nutritionnel chez l'enfant. Celui-ci consommerait notamment moins d'eau, plus de jus de fruits, de bonbons et de croustilles.

Plus précisément, il existerait un lien entre l'usage de récompenses et une modification des préférences alimentaires de l'enfant. La chercheuse a en effet noté une consommation moindre de fruits et de légumes, ainsi qu'un gout accru pour les friandises lorsque les mères avaient recours à cette stratégie. « Évidemment, si l'enfant doit manger tous ses brocolis pour avoir un bonbon, il y a fort à parier que ce légume deviendra de moins en moins apprécié », dit-elle.

La diététiste y voit l'indice que les pratiques alimentaires de la mère québécoise auraient un effet direct sur les préférences et la façon dont l'enfant s'alimente. Elle s'inquiète de l'influence à long terme de ces modifications des préférences sur l'alimentation des jeunes.

À son avis, les mères doivent être informées de l'usage contre-productif de ces habitudes parentales ancrées dans la culture. Elle les invite à abandonner ces approches et à mieux répartir les pouvoirs. « Le parent choisit le contenu du repas, l'heure et l'endroit, alors que l'enfant doit pouvoir sélectionner ce qu'il mange sans être contraint, puni ou récompensé, conseille-t-elle. Cette manière de faire prend en considération l'appétit de l'enfant et remet le plaisir de manger au cœur des pratiques alimentaires. »

Vous avez dit « néophobie alimentaire » ?

Entre deux et cinq ans, les enfants refusent souvent de gouter certains aliments. Les parents sont alors confrontés au « J'aime pas ça » à chaque nouveau plat présenté. « Cette peur face aux mets inconnus se nomme “néophobie alimentaire”, souligne Geneviève Dulude. Le refus de gouter est associé à la crainte de connaitre une mauvaise expérience lors de la consommation d'un nouvel aliment. »

Selon la diététiste, cette réaction est normale. L'être humain tend naturellement à rejeter les produits alimentaires qui lui sont inconnus, dit-elle. « C'est une question de protection. Compte tenu de nos origines de chasseurs-cueilleurs, il n'était pas nécessairement favorable à la survie de nos ancêtres de manger tout ce que la nature pouvait offrir, certaines choses n'étant pas comestibles. »

Afin de satisfaire sa condition d'omnivore, l'humain a dû apprendre à accepter la nouveauté. Il en est de même pour les petits, alors que les parents doivent leur permettre de découvrir à leur rythme les nouveaux aliments. « Soyez patient, rappelle Mme Dulude. Il faut présenter parfois jusqu'à 15 fois un aliment aux enfants avant qu'ils acceptent d'y gouter. »

(Par Dominique Nancy - Journal forum du 11 novembre 2013)

Source : Université de Montréal (@UdeM)

SOURCE : Université de Montréal

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