De la demande de perte de poids aux changements de comportements

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La personne qui consulte pour un problème de surcharge pondérale attend généralement du soignant une solution rapide et définitive (que l’on pourrait qualifier de « magique »), à une silhouette disgracieuse pour elle et/ou les autres. Cette silhouette, vécue comme l’affichage d’un manque de volonté et d’un corps non désirable, devient rapidement le réceptacle de l’ensemble des difficultés psycho relationnelles de la personne qui n’a que rarement conscience des enjeux « psychiques » à l’origine de son problème pondéral.

« De la demande de perte de poids aux changements de comportements » - Crédit photo : © Dave - Fotolia.com Une réponse immédiate et systématique sous forme de recommandations destinées à modifier la balance énergétique (alimentation et activité physique) contribue ainsi à renforcer l’absence de liens entre problématique psychique et excès de poids, et à éloigner la personne des déterminants des troubles du comportement alimentaire à l’origine du symptôme visible qu’est le poids.

Cette focalisation des soignants sur les éléments modulant la balance énergétique est favorisée par le fait que la formation à la sémiologie des troubles du comportement alimentaire est encore peu développée et que la fréquence du déni de la réalité des ingesta est largement sous-estimée. Pourtant, la sous déclaration des apports glucidolipidiques chez le sujet obèse a été largement rapportée dans la littérature, et l’on estime que la fréquence des accès compulsifs et boulimiques est présente chez plus de 50% des sujets avec obésité massive.

Recommander des modifications alimentaires les plus appropriées soient–elles, à une personne n’ayant pas conscience et/ou pas la maîtrise (ce qui n’a rien à voir avec un problème de volonté) de son comportement alimentaire, ne risque pas d’être très efficient à terme.

Si l’on considère en effet que la prise de poids dans l’obésité commune, est la conséquence de modifications alimentaires destinées non pas à équilibrer la balance énergétique mais à maintenir l’équilibre psychique, toute contrainte induite par les changements de comportement, même si elle est vécue positivement sur le plan psychologique par la personne (du fait de son action sur le poids), va contribuer dans un délai plus ou moins long à renforcer le déséquilibre psychique originel en supprimant le tuteur « psychique » initial ayant conduit à l’obésité.

Au-delà d’être une source d’énergie, l’alimentation a en effet une forte dimension symbolique en termes de lien relationnel (vecteur d’affectivité, de convivialité et d’appartenance à un groupe, de sentiment de sécurité ...). Elle peut favoriser un état émotionnel positif (madeleine de Proust), et a une charge hédonique pouvant aller jusqu’à l’autoérotisme (excitation orale). L’alimentation est également le moyen inconscient d’obtenir/maintenir un corps « épais », représentant une solution pour se prémunir contre l’intrusion de l’autre et/ou d’anesthésier ses sensations corporelles. La tachyphagie et la distension gastrique sont aussi utilisées de façon inconsciente pour atténuer les tensions psychiques.

Dans ce contexte, on comprend aisément pourquoi les régimes restrictifs favorisent le phénomène de yo-yo pondéral, et les stratégies thérapeutiques devraient de fait porter prioritairement sur la prise de conscience par la personne de ses comportements et des liens avec sa sphère psychique, et sur les solutions pour optimiser son écologie personnelle.

(Pr Eric Bertin, CHU de Reims - 47èmes Journées d'Etudes AFDN 2009)

SOURCE : Journées d'Etudes AFDN

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