Consommation de fruits et légumes et cancer : un marqueur clé d’un mode de vie sain

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Consommation de fruits et légumes et cancer : un marqueur clé d’un mode de vie sain

Aujourd’hui, le message de promotion de la santé le plus connu pour le nombre de portions de fruits et légumes à consommer est « au moins 5 par jour ». Cette recommandation repose sur des études épidémiologiques et expérimentales qui établissent une relation entre une consommation plus élevée de ces aliments et une réduction des risques de maladies cardiovasculaires et de certains cancers.

De 1997 à 2007

Le rapport d’experts 1997 du Fond de Recherche International contre le Cancer (The World Cancer Research Fund - WCRF) et de l’Institut Américain de Recherche contre le Cancer (the American Institute for Cancer Research -AICR) a fourni des preuves convaincantes: une forte consommation de fruits et légumes entraine une réduction des risques de nombreux cancers.

10 ans plus tard, en 2007, le second rapport d’experts WCRF/AICR a réévalué les preuves. Cette revue globale – la plus complète et la plus rigoureuse qui soit – a pris beaucoup de précautions avant d’attribuer une relation causale. Elle a néanmoins considéré que les preuves étaient assez concluantes pour servir de base à de nouvelles recommandations [1].

Les preuves étayant ces recommandations, ainsi que d’autres, ont été actualisées dans le cadre du programme de mise à jour permanent du WCRF (the Continuous Update Project - CUP). Elles ont été évaluées par un groupe d’experts indépendants qui ont tiré des conclusions et ont établi des recommandations.

Les mécanismes les plus connus du bénéfi ce des fruits et légumes: leur fort potentiel antioxydant

Les conclusions récentes de ce groupe d’experts indépendants, sur le rapport 2007 et le CUP, sont qu’une consommation accrue de fruits et légumes réduit probablement les risques des cancers :

  • ORL (cavité buccale, cavité nasale, pharynx et larynx),
  • de l’œsophage,
  • du poumon
  • de l’estomac.

Ces cancers ont des causes externes bien déterminées (alcool, tabagisme et infections). Bien que les mécanismes les plus connus du bénéfi ce des fruits et légumes se focalisent sur leur fort potentiel antioxydant, il y a un intérêt grandissant pour les interactions probables entre les composants des aliments végétaux et les agents infectieux. A titre d’exemple, il y a de plus en plus de preuves d’un impact - léger - du statut en folates sur la modulation de la réponse aux infections à papilloma virus humain (une cause reconnue de certains types de cancers cervico-faciaux ainsi que de cancers cervicaux) [2].

Un véritable défi méthodologique

Une meilleure description des mécanismes moléculaires sous jacents des cancers, particulièrement en relation avec les infections, pourra permettre une compréhension plus fine des interactions complexes qui peuvent provoquer un cancer. Cependant, nous ne sommes qu’au tout début d’un changement majeur dans la perception du rôle de différents nutriments, d’aliments particuliers ou de modes d’alimentation, sur la santé en général et sur le cancer en particulier. Nous n’avons que des outils imparfaits pour établir les niveaux de consommation des fruits et légumes et de leurs différents composants.

Nous devons évaluer rigoureusement cette exposition sur des décennies et distinguer les différents types de fruits et légumes. Bien que ces outils permettent déjà de tirer des conclusions importantes pour de larges catégories de fruits et légumes, nous sommes encore loin de pouvoir indiquer des effets moléculaires spécifiques. A l’avenir, l’intégration des techniques de biologie moléculaire dans les études épidémiologiques et cliniques devrait améliorer énormément notre compréhension à ce niveau.

Une approche holistique

Face à ces diffi cultés, que pouvons-nous dire ? D’une certaine façon, toutes les caractéristiques diététiques sont liées. Ainsi les personnes consommant beaucoup un type de légume ont plus de probabilités d’en consommer d’autres ; les personnes consommant beaucoup de produits végétaux consomment habituellement moins de produits d’origine animale et les personnes surveillant leur alimentation ont tendance également à moins fumer et à faire plus d’exercice.

Il faut donc être prudent lors de l’émission de recommandations offi cielles. Le WCRF recommande «au moins cinq portions» par jour de fruits et de légumes autres que les féculents dans le cadre d’une approche globale. Il préconise également de « consommer surtout des aliments d’origine végétale », en valorisant l’impact des céréales complètes et des légumineuses et en soulignant que les aliments d’origine végétale sont en général à faible teneur énergétique et utiles pour le contrôle du poids corporel. Cette recommandation, combinée à d’autres - sur la consommation de viande, d’alcool et de sel - fait partie d’une approche plus holistique d’une alimentation saine et intègre d’autres comportements sains de santé comme l’activité physique.

Un véritable impact sur la santé globale

Les preuves que les fruits et légumes aident à prévenir certains types de cancer sont donc assez concluantes pour que l’on recommande leur consommation accrue. Cela étant, pour qu’il y ait un véritable impact sur la santé globale, il faudrait adopter autant de recommandations que possible, dans le cadre d’un comportement sain.

Beaucoup d’études ont montré que, plus des personnes suivent les recommandations WCRF/AICR, plus elles réduisent leur risque de développer, non seulement de cancers, mais également d’autres maladies chroniques. La consommation de fruits et légumes est bien un marqueur clé d’un mode de vie sain.

(Par Giota Mitrou, Directeur du Financement de la Recherche, WCRF International - Fiona Veira-McTiernan, Responsable du Programme Scientifique, WCRF International - Martin Wisemanca, Conseiller Médico-Scientifique, WCRF International - EQUATION NUTRITION n°143, Juin 2014)

[1] WCRF/AICR. Food, Nutrition, Physical Activity, and the Prevention of Cancer: a Global Perspective. Washington DC: AICR, 2007

[2] Moody M, Le o, Rickert M et al. Folic acid supplementation increases survival et modulates high risk HPV-induced phenotypes in oral squamous cell carcinoma cells et correlates with p53 mRNA transcriptional down-regulation. Cancer Cell International 2012, 12:10-21

SOURCE : APRIFEL

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