Connaissances, compréhension et acceptabilité des messages du PNNS auprès des enfants et des adultes

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Le Programme National Nutrition Santé (PNNS) est un des moteurs de d'éducation nutritionnelle en France, à travers des actions d'information et d'éducation nutritionnelles menées via différents moyens : campagnes média, diffusion de documents grand public, actions de proximité... Afin d'évaluer les connaissances, la compréhension et l'acceptabilité des repères du PNNS par le grand public, des enquêtes sont régulièrement mises en oeuvre depuis sa création en 2001.

Comment peut-on apprécier la manière dont ses messages sont connus, compris et acceptés ?

« Connaissances, compréhension et acceptabilité des messages du PNNS auprès des enfants et des adultes » - Crédits Photo : www.mangerbouger.fr Le but des actions d’information et d’éducation nutritionnelles est de faire connaître les repères quotidiens de consommation et d’activité physique du PNNS. Par ailleurs, depuis mars 2007, les annonceurs publicitaires des produits alimentaires manufacturés apposent sur leurs publicités des messages sanitaires reprenant le contenu de ces repères nutritionnels. Afin d’évaluer les connaissances, la compréhension et l’acceptabilité des repères du PNNS par le grand public, deux types de méthode sont utilisées : des enquêtes par quotas en face-à-face ou par téléphone, auprès d’échantillons représentatifs de la population âgée de 8 ans et plus, et des études qualitatives par focus group et/ou entretiens individuels.

Les repères du PNNS sont-ils connus d’un large public ?

Les résultats de ces études montrent une notoriété croissante, depuis 2005, du repère portant sur les fruits et légumes : 68 % des sujets citent spontanément "5 fruits et légumes ou plus par jour" en 2008, contre 47 % en 2006 et 36 % en 2005. Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à citer ce repère, quelle que soit l’année d’observation. Le repère relatif à l’activité physique ("30 minutes ou plus par jour") est cité par 90 % des enquêtés en 2006 et 2008 (contre 83 % en 2004). Pour le groupe viandes, poissons, oeufs (VPO), ils sont 74 % en 2008 (contre 71 % en 2006) à estimer qu’il faut en manger "une ou deux fois par jour". Les repères les moins bien connus sont ceux des produits laitiers (moins d’un tiers des sujets en 2006 et 2008 citent "3 par jour") et des féculents (24 % citent "3 féculents ou plus par jour" en 2008 contre 12 % en 2006).

Y a-t-il des différences dans la connaissance de ces repères en fonction des catégories socio-économiques ?

Une analyse a été faite en fonction de trois variables socio-économiques : profession et catégorie sociale, revenu par unité de consommation et niveau de diplôme. Elle montre des différences de connaissance de ces repères en 2008, notamment pour le groupe VPO et le groupe des produits laitiers. Pour le groupe VPO, 77 % des personnes aux plus hauts revenus citent le repère, contre 70 % des personnes qui ont les plus faibles revenus (p < 0,05). Pour le groupe des produits laitiers, les cadres supérieurs sont deux fois moins nombreux que les ouvriers à citer le repère (15 % versus 35 %, p < 0,001).

Une fois connus, ces repères sont-ils bien compris et acceptés ?

Dans le but de tester la compréhension et l’acceptabilité des repères du PNNS, une étude qualitative a été menée en 2007 auprès d’adultes de différentes tranches d’âge, professions et catégories socioprofessionnelles, en utilisant l’affiche représentant ces repères sous la forme d’un escalier. Il apparaît que cette représentation visuelle permet de bien incarner le mouvement, donc l’utilité d’une activité physique quotidienne. En revanche, en imposant une notion de hiérarchie et de progression, elle entraîne une dévalorisation de certains aliments : les produits placés sur les premières marches sont alors considérés comme peu indispensables pour la santé (viandes, poissons, oeufs et produits laitiers), et ceux situés sur les marches supérieures seraient ceux à consommer à volonté (fruits, légumes, féculents et eau).

La simple citation des repères, sans aucune explication (comme alterner viandes/poissons/oeufs, choisir les fromages les moins gras, éviter les sauces trop grasses pour les féculents...) suscite des incompréhensions, renforcées par une forte préoccupation des personnes pour leur poids. Cela les amène à s’étonner de certaines affirmations, voire à douter de la crédibilité de celles-ci. Ainsi, le repère relatif aux féculents surprend, du fait que ces aliments correspondent, dans les représentations collectives, à des produits "à limiter" car "ça fait grossir". Par conséquent, le fait de suggérer d’en consommer « selon l’appétit » est mal accepté.

Pour les fruits et légumes, le repère "au moins 5 par jour", qui surprenait en 2001 (lors d’une étude exploratoire menée par le Comité français d’éducation pour la santé), est aujourd’hui connu et parfaitement accepté. C’est maintenant la mise en pratique qui poserait problème, essentiellement à cause du coût financier des fruits et légumes. Les conserves ou surgelés, certes considérés comme moins chers, laissent les personnes interrogées sceptiques quant à leurs qualités nutritionnelles. On retrouve ce même obstacle financier pour consommer davantage de viande et de poisson conformément aux recommandations. Enfin, les sujets enquêtés aimeraient que la notion de limitation pour les aliments gras, sucrés et/ou salés soit précisée. De plus, les personnes de 40-55 ans ne se sentent pas concernées par cette limitation, qui selon elles ciblerait plutôt les jeunes.

Sait-on aussi comment les enfants reçoivent les messages du PNNS ?

Une étude qualitative similaire à celle des adultes a été menée auprès d’enfants de 8-10 ans, en testant l’affiche représentant les repères du PNNS sous la forme d’une marelle. Cette représentation comporte certains atouts car elle recouvre un univers à la fois ludique et scolaire. De plus, l’affiche traite de la nutrition, sujet dont les enfants semblent particulièrement friands. Mais la marelle rencontre certaines difficultés de compréhension de la part des enfants interrogés. En effet, concernant leur alimentation, les enfants sont plus familiers avec la notion de repas qu’avec la notion de répartition des différents aliments sur une journée. Or, les cases de la marelle fournissent les repères de consommation quotidiens.

La deuxième difficulté réside dans l’interprétation des repères nutritionnels qui contiennent deux chiffres dans leur formulation. Pour l’activité physique : "de 30 minutes, voire une heure par jour". Pour les produits laitiers : "3 à 4 par jour". Pour le groupe des viandes, poissons, oeufs : "1 à 2 fois par jour". Des notions telles que "au moins" (pour les fruits et légumes et l’activité physique), "selon l’appétit" (pour les féculents) ou les invitations "à limite" (pour les produits gras, sucrés et salés) posent aussi des problèmes d’interprétation.

Enfin, la troisième difficulté est de convaincre les enfants que le goût n’exclut pas le bénéfice santé et inversement. Leur sentiment est renforcé par le fait que les aliments "bruts" des cases "aliments santé", représentés sur l’affiche, seraient moins appétissants que les aliments transformés ou cuisinés, situés dans les cases "à limiter".

Que conclure sur l’évolution du niveau de perception des messages nutritionnels ?

Ces études montrent que certains repères de consommation du PNNS sont de plus en plus connus, en particulier celui des fruits et légumes qui a bénéficié d’une très forte diffusion, surtout depuis la mise en place de la réglementation sur les publicités alimentaires en 2007.

La manière dont le repère sur les fruits et légumes a été diffusé a visiblement permis l’accessibilité de l’information à une très grande partie de la population. Cette notoriété croissante va-t-elle s’accompagner d’une augmentation de la consommation en fruits et légumes ? Nous ne pouvons le prédire ; nous savons qu’il y a souvent un grand écart entre les connaissances et les pratiques. Mais cette connaissance peut être un préalable à un changement de comportement, en tout cas pour certains sujets... Enfin, pour faciliter la mise en pratique de ce conseil nutritionnel, il faut bien entendu agir aussi sur les environnements en favorisant l’accessibilité en fruits et légumes et faire en sorte qu’ils soient attractifs et goûteux !

(Corinne Delamaire, INPES - Colloque IFN « Eduquer les mangeurs ? » de l’Institut Français pour la Nutrition - 9 décembre 2008)

SOURCE : Institut Français pour la Nutrition

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