Confusion autour du comportement alimentaire des enfants obèses

lu 2814 fois

Il est communément admis que l'obésité de l'enfant résulte d'un trouble du comportement alimentaire et d'une sédentarité induits par notre mode de vie actuel qualifié d'environnement obésogène. Ce dernier se caractérisant par un biotope dans lequel l'offre alimentaire abonde et l'activité physique se réduit. La réalité est en fait bien plus complexe.

« Confusion autour du comportement alimentaire des enfants obèses » - Crédit photo : vulgariz.com Seuls les enfants ayant une prédisposition génétique peuvent devenir obèses. Ceux, largement majoritaires, épargnés par une telle prédisposition n’ont pas ce risque, quels que soient leur comportement alimentaire, leur état psychique ou le niveau de leur activité physique. L’environnement obésogène commun à tous les pays industrialisés est bien sûr nécessaire pour permettre l’expression de cette susceptibilité constitutionnelle, mais elle est sans effet sur les nombreux enfants que la nature a épargnés.

La méconnaissance de ce point capital est probablement à l’origine des nombreuses confusions autour de l’obésité infantile. Ainsi, notre société moderne permet simplement d’offrir les moyens aux enfants prédisposés de devenir obèses, elle n’a pas cet effet obésogène sur ceux qui ne le sont pas. De la même façon, ni l’incitation à la malbouffe, ni les parents, ni un environnement psychique défavorable, ni la pauvreté ne sont susceptibles d’induire de troubles du comportement alimentaire conduisant à l’obésité. Le comportement alimentaire des enfants obèses est avant tout guidé par une propension innée à manger davantage [1]. Le même raisonnement peut être tenu pour la sédentarité accrue qui caractérise ces enfants.

Ces confusions sont à leur tour responsables de mesures inadaptées. Dans la mesure où seule une minorité d’enfants est concernée par la prévention de l’obésité, celle-ci devrait être exclusivement ciblée sur ces enfants à risque. Il n’est donc pas surprenant que toutes les actions de prévention collective entreprises jusqu’à maintenant (éducation nutritionnelle dans les écoles, messages incessants dans les médias, etc.) aient totalement échoué [2]. De surcroît, elles font craindre une majoration de la stigmatisation des enfants obèses et de la culpabilité de leurs parents, et risquent de provoquer des troubles du comportement alimentaire chez les nombreux enfants non concernés par cette prévention.

De nombreux professionnels de santé s’engagent avec enthousiasme dans des programmes de prévention collective de l’obésité infantile qui seront probablement inefficaces. Pour que leurs efforts puissent véritablement venir en aide aux enfants obèses et leur famille, il serait préférable que leur action soit ciblée sur les enfants à risque, en attendant que les progrès de la recherche nous apportent des solutions plus efficaces.

Bibliographie

  1. Willer C, et al. Six new loci associated with body mass index highlight a neuronal influence on body weight regulation. Nat Genet 2009; 41: 25-34.
  2. Summerbell CD, et al. Interventions for preventing obesity in children. Cochrane Database Syst Rev 2005; 20: CD001871.

(Pr Patrick TOUNIAN, Service de gastro-entérologie et de nutrition pédiatrique Hôpital Trousseau, Paris - XXIème colloque IFSBM « Troubles alimentaires : une pathologie du monde moderne » - 28 avril 2009)

SOURCE : IFSBM

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s