Conflits d'intérêts entre experts et industrie pharmaceutique : en finir avec la désinformation des médecins

lu 1780 fois

Dans le prolongement de son combat contre la prescription irrationnelle de médicaments, l'UFC-Que Choisir vient d'engager à l'encontre de 9 médecins des procédures auprès de Conseils d'Ordres départementaux et du Ministère de la Santé. En ne déclarant pas leurs liens d'intérêts majeurs avec l'industrie pharmaceutique à l'occasion d'expertises, d'articles dans la presse médicale et/ou d'interventions dans des colloques, ces médecins n'ont pas respecté la loi sur la transparence de l'information médicale (art. L 4113-13 du code de la santé publique).

« Conflits d’intérêts entre experts et industrie pharmaceutique : en finir avec la désinformation des médecins » Cette action juridique est le résultat d’investigations réalisées avec le FORMINDEP, association pour une Formation Médicale Indépendante. Les conflits d’intérêts non déclarés constituent en soi une atteinte à la plus élémentaire des éthiques et viennent biaiser les prescriptions des médecins qui, en toute bonne foi, tendent à suivre les avis des experts de la profession.

Rappelons que ces avis sont sollicités par les autorités de santé pour décider de la mise sur le marché d’un médicament, de sa prise en charge par la collectivité et de son prix. Or, l’impartialité de l’expertise n’est pas encore garantie. Ainsi, pour la Cour des Comptes, à l’Afssaps, anciennement l’agence du médicament, « la question du délai de publication de ces déclarations des conflits [d’intérêts] reste posée. En ce qui concerne la HAS [Haute Autorité de Santé], les déclarations d’intérêts des rapporteurs extérieurs (...) ne sont ni systématiques, ni actualisées » (*).

Des jugements d’experts sous influence sont aussi présentés dans les colloques, dans les formations continues et dans la presse médicale, autant de sources d’informations privilégiées par les généralistes et les spécialistes. Cet arsenal commercial est complété par la visite médicale à laquelle les laboratoires consacrent environ 2 milliards d’euros par an pour « informer » les médecins des nouveaux produits mis sur le marché qui, dans 3 cas sur 4, ne sont pas innovants.

Une étude de l’UFC-Que Choisir avait montré les conséquences d’un tel battage : sur seulement 14 % des médicaments prescrits en ville et à qualité de soins au moins équivalente, la collectivité aurait pu économiser 200 millions d’euros par an pendant 5 ans.

L’UFC-Que Choisir agit aujourd’hui pour faire respecter la loi sur la transparence de l’information car cette loi aide l’immense majorité des médecins à faire la distinction entre publicité et information scientifiquement étayée. Afin de systématiser cette information, il est aussi nécessaire, comme le préconise l’Inspection générale des affaires sociales, que soit créée une base de données rendant publics les liens d’intérêts des professionnels de santé avec des entreprises du médicament.

Pour que les praticiens puissent disposer d’une information objective, l’UFC-Que Choisir rappelle aussi la nécessité d’un désarmement promotionnel des laboratoires par la création de visiteurs médicaux publics, l’augmentation de la taxe sur la promotion des produits pharmaceutiques et, pour les médicaments les plus problématiques, la diminution du volume de visites médicales.

(*) Cour des comptes, septembre 2007, rapport sur la sécurité sociale, chapitre IX relatif à la dépense de médicaments, p. 269.

SOURCE : UFC-Que Choisir

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s