Comportements, habitudes de vie et problèmes de santé

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De nombreux problèmes de santé chroniques sont associés à des comportements ou des habitudes de vie qui peuvent être modifiés. C’est le cas par exemple des choix alimentaires inopportuns ou des activités physiques insuffisantes. Les comportements sont souvent immuables, même lorsque la santé est en jeu et les professionnels de santé doivent de motiver leurs patients pour des habitudes plus saines. Mais pour être efficaces, ces incitations doivent être plus que de simples conseils.

Motivation, incitation

« Comportements, habitudes de vie et problèmes de santé » - Crédit photo : www.interet-general.info Les professionnels de la santé sont plutôt « directifs » dans les conseils prodigués à leurs patients dès lors qu’ils concernent leur santé : ils leur fournissent les informations et les instructions pour ces changement de comportement jugés nécessaires [1]. Cette approche paternaliste peut aussi augmenter involontairement la résistance au changement [2].

Si le patient trouve en lui-même la motivation nécessaire au lieu de se la voir imposer par d’autres le changement sera plus durable. Les comportements sont alors renforcés grâce à un système de gratification interne correspondant aux besoins, intérêts et émotions du sujet. Certaines techniques centrées sur les patients (entretiens motivationnels, objectifs visés conjointement...) visent à promouvoir la motivation et engendrent de meilleurs résultats [3-5]. Ces techniques encouragent l’autonomie du patient qui décide lui-même des changements nécessaires et des moyens à mettre en oeuvre.

Prêt...

Le changement doit se faire par étapes afin que le patient progresse [6]. Toutes les personnes à risque ne sont pas prêtes à changer et les interventions comportementales doivent être adaptées. Sensibiliser au problème et fournir des informations adaptées sans heurter l’intéressé, est un bon moyen de le préparer au changement [5].

... disposé...

Les comportements en matière de santé sont déterminés par la perception des problèmes et par l’importance qu’on leur accorde. Pour qu’un changement s’opère, la personne doit se convaincre que son comportement fait peser un risque grave sur sa santé et que les bénéfices de l’action valent l’investissement [7]. Les facteurs sociaux tels que les normes ou les principes, et l’attitude de l’entourage influent sans doute sur la volonté d’une personne à changer de comportement.

... et capable

Les professionnels de santé jouent un rôle essentiel pour favoriser la réussite de leurs patients et surmonter la peur de l’échec, en leur impulsant la confiance nécessaire pour atteindre leur objectif. Ils doivent rassurer et encourager, et apporter les moyens et les capacités indispensables pour réussir. Etablir des objectifs et un plan d’action » peut aider les patients à améliorer leur alimentation et leur niveau d’activité physique, surtout si ces mesures sont planifiées avec la collaboration d’un professionnel de santé [4,8]. Les plans d’action présentant une forte probabilité de succès sont préférables car même mineur, le moindre succès peut renforcer l’estime de soi et la motivation. Àinsi, l’acronyme SMART (Specific, Measurable, Achievable, Relevant and Time-framed) comme référence, permet de fixer des objectifs adaptés qui sont Spécifiques, Mesurables, Appropriés, Réalistes et définis dans le Temps [9].

Recommandations pratiques :

1 Identifier un objectif susceptible d’être bénéfique pour la santé du patient.

2 Discuter du lien entre comportement et santé et inciter le patient à l’appliquer à sa propre situation.

3 Évaluer la disposition du patient à changer selon le degré de résistance rencontré et adapter la consultation en conséquence.

4 Éviter de juger ou d’affronter le patient et ne pas insister sur le changement si sa résistance est élevée.

5 Amener le patient à préciser ses motivations, sentiments et croyances et montrer de l’empathie à leur égard. Encourager le patient à verbaliser les avantages et inconvénients d’un éventuel changement de comportement.

6 Si la décision de changer semble imminente, amener le patient à formuler son propre plan d’action.

7 Encourager le patient à fixer des objectifs SMART (jusqu’à trois), en incorporant des comportements faciles à intégrer dans son mode de vie actuel et faciles à réaliser. L’appui de la famille, des amis ou d’autres patients sera utile pour atteindre ces objectifs.

8 Discuter des obstacles éventuels au changement et de comment les surmonter.

9 Fournir des informations utiles au patient. Des documents informatiques personnalisés peuvent ainsi être utiles.

10 Garder le contact, formuler des remarques et commentaires, et encourager l’auto-monitorage des progrès accomplis.

11 Savoir que les rechutes sont fréquentes mais pas nécessairement un échec. Discuter des différentes solutions permettant au patient de faire face aux objectifs non atteints.

Ces techniques motivationnelles non paternalistes et non moralisatrices seront utiles à tous les thérapeutes : elles nécessitent du temps et de la détermination, et les formations professionnelles adaptées aux besoins des thérapeutes sont recommandées.

Références :

  1. Rollnick S et al. (2005). Consultations about changing behaviour. BMJ 331:961-963.
  2. Miller WR. (2005). Enhancing patient motivation for health behavior change. Journal of Cardiopulmonary Rehabilitation 25:207-209.
  3. Rubak S et al. (2005). Motivational interviewing: a systematic review and meta-analysis. British Journal of General Practice 55: 305-312.
  4. Handley M et al. (2006). Using Action Plans to Help Primary Care Patients Adopt Healthy Behaviors: A Descriptive Study. Journal of the American Board of Family Medicine 19:224-231.
  5. Britt E et al. (2004). Motivational interviewing in health settings: a review. Patient Education and Counseling 53:147-155.
  6. Prochaska JO et al. (1992). In search of how people change: Applications to addictive behaviours. American Psychology 47:1102-1114.
  7. Elder JP et al. (1999). Theories and Intervention Approaches to Health-Behavior Change in Primary Care. American Journal of Preventive Medicine 17:275-284.
  8. MacGregor K et al. (2006). Behavior-Change Action Plans in Primary Care: A Feasibility Study of Clinicians. Journal of the American Board of Family Medicine 19:215-223.
  9. Siegert RJ and Taylor WJ. (2004). Theoretical aspects of goal-setting and motivation in rehabilitation. Disability and Rehabilitation 26:1-8.

Source : « Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation (EUFIC) »

SOURCE : « Conseil Européen de l'Information sur l'Alimentation

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