Comportement alimentaire : le plaisir et la nécessité

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Force est de constater que notre poids varie dans des limites très étroites sur une longue période de temps, et ce, malgré des variations quotidiennes des apports et dépenses énergétiques. Chaque individu possède un poids de référence soumis à une régulation physiologique. La prise alimentaire est une nécessité dans le maintien de ce poids, et comme il faut être motivé pour agir, il ne peut y avoir de prise alimentaire sans plaisir associé.

« Comportement alimentaire : le plaisir et la nécessité » - Crédit photo : www.inpes.sante.fr L’alternance de faim et de satiété gouverne la prise alimentaire journalière. Elle repose tout d’abord sur une régulation à court terme (repas à repas) qui vise à satisfaire les besoins métaboliques immédiats. Cette régulation implique la perception au niveau du cerveau de signaux générés par l’ingestion (facteurs psychosensoriels), la digestion des aliments (peptides digestifs, activation des voies nerveuses) et le métabolisme des nutriments.

Cette régulation à court terme est très imprécise, et ce d’autant plus que les aliments sont palatables puisque le plaisir prolonge le repas. Elle ne nécessite cependant pas d’être précise puisqu’il n’y a pas de variation de poids significative. Il est toutefois probable que des variations de la dépense énergétique (de repos et/ou liée à l’activité physique) compensent les variations d’ingesta. De même, à moyen terme (1 à 2 semaines), les expériences de suralimentation et de restriction ont montré qu’après une variation de poids initiale, la reprise d’une alimentation ad libitum s’accompagne d’un retour au poids de départ.

A l’origine de cette compensation, la modification de la dépense énergétique semble être un facteur plus important que la régulation de la faim, notamment en cas de suralimentation. En revanche, la reproduction de ces expériences à plus long terme (plusieurs semaines) a permis de mettre clairement en évidence une régulation significative de la faim. Cette régulation à long terme implique que les centres de contrôle de la prise alimentaire soient informés des variations des réserves énergétiques. Cette information est véhiculée par les "signaux d’adiposité" dont la concentration reflète l’importance du tissu adipeux (leptine, insuline).

Comment expliquer le surpoids et l’obésité dans un tel contexte de régulation serrée du poids ?

Il faut bien comprendre que seule une prédisposition génétique conduit à un poids trop élevé. Celle-ci peut affecter une seule étape de la voie de signalisation de la leptine, conduisant à elle seule à une obésité souvent rare mais sévère, ou impliquer plusieurs gènes de susceptibilité. Cette prédisposition génétique incite-telle l’obèse à manger davantage? A-t-elle un effet permissif au cours des repas? La question reste ouverte. Une chose est certaine l’obèse mange plus. Malgré tout, il est faux de dire qu’il n’existe pas de régulation du poids chez l’obèse. Cette régulation existe, mais les altérations génétiques élèvent le niveau auquel elle se produit.

Nos connaissances relatives aux mécanismes à l’origine du surpoids ou de l’obésité sont encore très parcellaires. Gageons que dans l’avenir l’enrichissement de nos connaissances permettra de soulager de manière efficace et durable les sujets qui souffrent de leur excès pondéral.

(Agnès Tounian, diététicienne, Paris - 46e Journées d’Etudes de l’ADLF - Juin 2008)

SOURCE : ADLF

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