Compléments iodés chez la femme enceinte : pas systématiquement !

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Un groupe de chercheurs espagnols a évalué pendant quatre ans les apports en iode de femmes enceintes afin d'étudier la relation entre leur statut nutritionnel en ce micronutriment et leur fonction thyroïdienne au cours de la première moitié de leur grossesse.

« Compléments iodés chez la femme enceinte : pas systématiquement ! » - Crédit photo : © memo | Fotolia.com L'iode est un élément essentiel pour la synthèse des hormones thyroïdiennes. Une équipe de chercheurs espagnols a étudié les conséquences de la consommation d’iode au travers de l’alimentation et de suppléments chez des femmes enceintes.

Des résultats surprenants

L’étude, publiée récemment dans la revue Epidemiology, a évalué la consommation d'iode via l’alimentation, l’utilisation de sel iodé et la prise de suppléments de 1844 femmes enceintes dans les provinces espagnoles de Guipúzcoa, Valence, et dans la ville de Sabadell, entre 2004 et 2008. L’iodurie de chacune de ces femmes a également été mesurée.

Contrairement à ce que les auteurs s’attendaient à voir, les femmes enceintes ayant consommé 200 µg ou plus d’iode par jour sous forme de suppléments présentaient davantage de risques d’avoir des taux élevés de TSH (Thyroïde Stimulating Hormone), un indicateur d’un dysfonctionnement thyroïdien potentiel.

Sur l'ensemble des femmes enceintes, 44% consommaient du sel iodé et 49% prenaient des compléments multivitaminés ou des suppléments d’iode contenant au moins 100 µg d'iode. Les résultats ont montré que la médiane pour l’iodurie, un indicateur utilisé pour évaluer le statut nutritionnel en iode, était de 137 µg / L et se situait dans les limites correctes pour la population générale, bien que légèrement en dessous des niveaux recommandés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la grossesse (150-249 µg/L).

Importance du monitoring

Différentes études sur la population générale ont déjà montré un lien entre la consommation élevée d'iode et l'hypothyroïdie. Toutefois, les données pour la femme enceinte sont rares et peu concluantes. Les chercheurs insistent cependant sur le fait qu’il a été démontré que les risques liés à la carence iodée chez la mère et l’enfant sont supérieurs à ceux dus à sa consommation en excès.

La conclusion des auteurs est que la surveillance épidémiologique du statut nutritionnel en iode devrait être effectuée chez les femmes enceintes avant de leur prescrire systématiquement des compléments iodés. De plus, il serait utile d’informer les femmes désireuses d’avoir un enfant sur l’utilité de la consommation de sel iodé et ce avant même qu’elles entament leur grossesse, afin de leur permettre d’avoir des taux suffisants en ce micronutriment au cours de celle-ci.

(Par Alexandre Dereinne, diététicien, d'après Rebagliato M., Murcia M., Espada M et al. Iodine Intake and Maternal Thyroid Function During Pregnancy". Epidemiology, 2010; 21 (1): 62)

SOURCE : Health and Food

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