Compléments alimentaires : des bénéfices santé à quelles conditions ?

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La consommation des compléments alimentaires est favorisée par une offre commerciale grandissante portée par des campagnes de communication incitatives. Or cette consommation n'est pas anodine. Zoom sur le rôle des diététiciens nutritionnistes face aux risques induits par cette consommation.

Sources concentrées de nutriments ou d'autres substances ayant un effet physiologique, les compléments alimentaires s'inscrivent à l'échelle individuelle dans une démarche de prévention nutritionnelle visant le mieux-être, la réduction des facteurs de risque ou le maintien du capital santé.

En l'absence de données fiables sur l'évaluation du bénéfice/risque de la consommation de ces compléments, il est essentiel d'éclairer le consommateur sur les risques liés à une utilisation irraisonnée et au mésusage de ces produits, notamment dans le cadre d'une consultation diététique.

La consommation de compléments alimentaires

De plus en plus fréquente dans les pays occidentaux, la consommation de compléments alimentaires est poussée par une offre commerciale en développement constant, que ce soit en pharmacie, en grandes surfaces, magasins spécialisés ou internet et portée par des campagnes publicitaires accrocheuses relayées par l'ensemble des médias (presse, radio, télévision, etc.).

En France, l'enquête INCA 2 (enquête Individuelle Nationale des Consommations Alimentaires 2, Rapport Afssa/Anses 2009) montre que :

  • Une part non négligeable de la population adulte consomme régulièrement des compléments alimentaires : 27 %des femmes et 13 % des hommes.
  • Sur une durée moyenne de 3 à 4 mois par an.
  • Ces consommateurs, le plus souvent cadres moyens ou supérieurs, se montrent plus attentifs à leur santé et privilégient une alimentation réputée saine associée à une meilleure hygiène de vie.

Compléments alimentaires : risques liés à une utilisation irraisonnée ou à un mésusage

Les compléments alimentaires sont destinés à compléter un régime nutritionnel normal jugé insuffisant (*). Ils apportent (ou contiennent) soit des nutriments (vitamines, minéraux, oligo-éléments), et/ou des substances à effet physiologique (prébiotiques, probiotiques, produits naturels), et/ou des plantes ou extraits de plantes (vigne rouge, canneberge, bourrache...). De plus en plus fréquente dans les groupes de populations favorisés des pays occidentaux, la consommation de compléments alimentaires est portée par une diffusion croissante et une offre qui promet de nombreux effets physiologiques : défenses naturelles, articulations, digestion, cœur/vaisseaux, détente/sommeil, confort urinaire, mémoire/intellect, vision/acuité visuelle.

L'efficacité des compléments alimentaires n'est cependant que rarement établie scientifiquement dans les conditions réelles d'utilisation. Si certains compléments alimentaires peuvent avoir un effet bénéfique sur certaines populations (enfants, femmes enceintes ou allaitantes, personnes âgées, personnes ayant des régimes alimentaires particuliers...), d'autres, dans certaines circonstances, peuvent avoir un effet délétère.

L'absorption de plusieurs produits similaires en même temps (compléments alimentaires, aliments enrichis) est la pratique la plus à risque : risque de surdosage, risque lié à la complexité du mélange absorbé. Des problèmes de toxicité peuvent survenir : contaminations chimiques ou microbiologiques, allergies, interactions médicamenteuses... La prévention du stress oxydant, impliqué dans le développement de nombreuses pathologies (cardiovasculaires, cancers), est souvent alléguée parmi les effets biologiques des compléments alimentaires. Mais les cocktails antioxydants, dont les doses sont parfois supra-nutritionnelles, doivent être utilisés avec précaution. Des essais cliniques de supplémentation à dose pharmacologique, voire à dose nutritionnelle, ont en effet démontré d'augmentation de risque, notamment dans la survenue de pathologies cancéreuses.

(*) Ils sont donc à différencier des aliments naturels enrichis (en fibres par exemple) ou appauvris (en graisses, par exemple), des compléments nutritionnels pour personnes dénutries (hypercaloriques ou hyperprotéiniques), des produits diététiques (qui ont un statut de médicaments).

En pratique

La complémentation alimentaire doit porter sur des produits évalués porteurs d'allégations et être utilisée avec prudence, surtout en situation pathologique, du fait du risque de majoration des effets et d'interférences avec les traitements. Le consommateur doit être alerté sur les effets négatifs potentiels.

En règle générale, la consommation de compléments alimentaires devrait être réservée aux situations de déficience alimentaire avérée et accompagnée d'un suivi par un professionnel de santé. Elle ne doit pas se substituer à une alimentation équilibrée et diversifiée.

(Pr Marie-Paule Vasson, Laboratoire Biochimie-Nutrition UMR 1019 INRA, Clermont-Ferrand)

SOURCE : Association Française des Diététiciens-Nutritionnistes

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