Comment transformer les recommandations nutritionnelles en choix alimentaires réalistes ?

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Les recommandations nutritionnelles ont été développées de manière à être facilement suivies par la population générale [1-3]. En revanche, elles ne prennent pas en compte les préférences alimentaires et d’autres spécificités - ce qui peut diminuer leur portée [4] - et ignorent presque tout de l’approvisionnement alimentaire. Ces recommandations ne portent pas sur des aliments spécifiques, mais sur des catégories d'aliments assez floues qui n’intègrent pas des aliments complexes, comme les plats cuisinés et les snacks...

Les choix alimentaires nécessaires au respect des recommandations à un niveau individuel méritent des enquêtes plus approfondies.

L’objectif de notre étude est de décrire les modifications alimentaires nécessaires à l'élaboration d'une gamme complète de recommandations nutritionnelles spécifiques pour chaque individu, au sein d'une population française adulte, tout en prenant en compte leurs modes d’alimentation personnels.

Un modèle de régime individualisé

Lors de l'enquête nutritionnelle française INCA1 (“Enquête Individuel le et Nationale sur les Consommations Alimentaires”) de 1999 [5], des modèles de Régimes Individuels (RI) ont été développés pour concevoir un régime approprié pour chacun des 1171 Français participant à l'enquête. Les données alimentaires ont été recueillies durant 7 jours.

En se basant sur la consommation alimentaire hebdomadaire de chaque individu (régime observé), un modèle de régime isocalorique a été élaboré par programmation linéaire [6-7] pour satisfaire simultanément les recommandations de 32 nutriments, tout en s’écartant le moins possible de la consommation observée.

Une déviation minimale des régimes observés

Les recommandations de l’OMS [8] ont été utilisées pour calculer les quantités d’hydrates de carbone, de sucres simples et d’acides gras saturés, les Recommandations Nordiques (« Nordic Nutrient Recommendations ») [9] pour les quantités de sodium et les Recommandations Françaises [10] pour les apports recommandés des autres nutriments (protéines, acides gras totaux et polyinsaturés, fibres, vitamines, minéraux et cholestérol).

Afin d’assurer une déviation minimale des régimes observés, les modèles RI ont choisi de préférence les aliments que chaque participant déclarait avoir consommé durant l'enquête (la base alimentaire) tout en veillant à ne pas trop modifier leurs quantités. En cas de besoin, des aliments non répertoriés ont été ajoutés, en sélectionnant les plus fréquemment consommés dans la population française.

Des modèles de construction de régimes alimentaires individuels, basés sur la programmation linéaire ont été développés et appliqués aux données de consommations alimentaires des 1171 participants à l’enquête INCA1. Ainsi, pour chaque individu, un régime alimentaire respectant à la fois l’ensemble des recommandations nutritionnelles, le budget alimentaire de l’individu ainsi que ses préférences alimentaires a pu être modélisé.

Des modifications focalisées sur les fruits, les légumes et les poissons gras

Les quantités de céréales raffinées, de féculents non raffinés, de produits laitiers frais (lait, yaourts), de poissons maigres et gras, ont été presque toujours augmentées pour atteindre les recommandations nutritionnelles. A l’inverse, les quantités de volaille, oeufs, graisses végétales ont été rarement modifiées lors de l'optimisation. Les quantités de graisses animales ont été réduites de 15 à 5 g/jour, ainsi que celles des plats mixtes (de 165 à 60 g/jour) et des charcuteries (de 25 à 8 g/jour). Les quantités de sucreries ont diminué dans 50% des cas et augmenté dans 50%.

Les plus grandes différences entre le modèle alimentaire et le régime observé, ont été notées pour les fruits (médiane entre 170 et 350 g/jour) et les légumes (médiane entre 125 et 200 g/jour). Les noix et les poissons gras (surtout le saumon) étaient les seuls aliments a joutés systématiquement lorsqu'ils n'étaient pas déjà présents (leurs valeurs médianes dans les modèles de régime étaient de 15 et 37 g/jour, respectivement).

Traduire les recommandations en choix réalistes

L’approche par modélisation d’un régime individuel permet de traduire les recommandations nutritionnelles en choix alimentaires réalistes pour chaque individu d'une population représentative. Nos résultats montrent que les besoins nutritionnels peuvent être comblés de différentes manières, selon les préférences alimentaires de chacun. Les modifications nutritionnelles doivent se focaliser en priorité sur les fruits, les légumes, les noix et les poissons gras.

Références :

  1. Britten P et al. J Nutr Educ Behav. 2006;38: S78-S92.
  2. Vorster HH et al. Food Nutr Bull. 2007;28: S116-22.
  3. Joint WHO/FAO expert consultation (1998) Preparation and use of food-based dietary guidelines. In: Report of a joint expert consultation (WHO, ed. WHO technical report, Geneva.
  4. King JC. J Nutr. 2007;137: 480-3.
  5. Volatier JL. Enquête INCA (Individuelle et Nationale sur les Consommations Alimentaires). AFSSA, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, Editor. Paris:Lavoisier;2000.
  6. Dantzig GB. Interfaces. 2002;20: 43-7.
  7. Smith VE. J Farm Econ. 1959;31: 272-83.
  8. Joint WHO/FAO expert consultation (2003) Diet, nutrition and the prevention of chronic diseases. In: WHO, Geneva. WHO technical report, Geneva.
  9. Nordic Council of Ministers. Nordic nutrition recommendations 2004. Integrating nutrition and physical activity. Copenhagen:Copenhagen: Nordic Council of Ministers, 2004;2004.
  10. Martin A. Apports nutritionnels conseillés pour la population française. Paris:Lavoisier;2001.

(Par Matthieu Maillot, Nicole Darmon, INSERM, Université Marseille II, France - Equation n° 106 - Février 2011)

SOURCE : APRIFEL

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