Comment se portent les franciliens ?

lu 2868 fois

Quel est l'impact des conditions de vie sur la santé ? Les parisiens se sentent-ils en forme ? Stress, pollution, chômage ont-ils des répercussions sur leur bien être ? Pierre Chauvin, directeur d'une équipe de recherche au sein de l'unité Inserm 707 « épidémiologie, système d'information, modélisation » rend public les premiers résultats d'une enquête réalisée l'hiver dernier sur 3000 ménages de l'agglomération parisienne (Paris et première couronne).

« Comment se portent les franciliens ? » Ce projet collaboratif permet, pour la première fois en France, d’étudier l’impact des facteurs sociaux (conditions de vie, insertions sociales, environnement de résidence) sur la santé des habitants de la plus grande agglomération française.

L’influence des paramètres sociaux sur la santé et dans la survenue de la maladie est souvent mésestimée. De plus en plus d’éléments, et notamment les conditions dans lesquelles nous vivons ont des répercussions sur notre sentiment de bien être. Pour tenter de comprendre les attentes en matière de santé des parisiens, Pierre Chauvin et son équipe sont allés à leur rencontre.

Ce projet collaboratif - auquel sont associés le Centre Maurice Halbwachs (CNRS-EHESSENS) et l’Ined- mené sur un échantillon représentatif (1) de 3023 ménages tiré au sort de 50 quartiers de Paris et de la première couronne de départements (92, 93, et 94) a pour objectif de mesurer les interactions entre les conditions de vie et d’insertion sociale, la santé et le recours aux soins.

Quels sont les premiers résultats de cette enquête ?

Stress, pollution, conflits relationnels, habitudes de vie et conditions de logement, chômage ou conditions d’emploi nuisent au bien-être des franciliens

La moitié des personnes interrogées considèrent que leurs conditions de vie nuisent à leur santé ou leur bien-être physique, psychologique ou à leur moral. Six grands domaines sont mentionnés.

En première position parmi ceux qui ont déclaré cet impact négatif, 26 % mentionnent le stress ou le rythme de vie en général. Ceux qui exercent un emploi sont les plus nombreux à évoquer ce problème et la tranche d’âge des 30-44 ans est la plus concernée (à hauteur de 19 %).

La pollution est le deuxième domaine évoqué, en l’occurrence par 13 % des enquêtés

Le troisième domaine renvoie à la sphère relationnelle, qu’il s’agisse de tensions avec des proches, des soucis familiaux ou bien l’isolement. 15 % des femmes et 8 % des hommes estiment que ce domaine nuit à leur santé ou leur bien être. C’est tout particulièrement le cas des personnes de plus de 60 ans.

L’impact négatif des habitudes de vie (alimentation, consommation de tabac, d’alcool, manque d’activité sportive, etc.) est mentionné davantage par les moins de 30 ans, ainsi que par les hommes (13 % contre seulement 8 % des femmes).

Un habitant sur 10 mentionne que sa situation au regard de la sphère professionnelle nuit à sa santé ou à son moral : que cela soit dû à des conditions de travail difficiles, à des mauvaises relations sur le lieu de travail, mais aussi à l’absence d’emploi. Près d’un chômeur sur 5 cite sa situation comme un facteur nuisible à sa santé physique ou mentale tandis que 13 % des personnes ayant un emploi se plaignent de l’impact de leurs conditions de travail sur leur santé.

Enfin, 10 % de la population estime que ses conditions d’habitat (le logement mais aussi le bruit ou ce qui se passe dans leur quartier) ont un impact négatif sur sa santé ou son moral.

Un habitant sur 7 se sent isolé

Plus de 8 individus sur 10 s’estiment entourés, tandis que 14 % expriment un sentiment d’isolement ; sentiment en partie lié à la situation professionnelle. Ainsi, le fait d’exercer un emploi ou d’étudier semble généralement « protéger » contre l’isolement alors que 15 % des retraités sont dans ce cas. Ce sont les chômeurs (19 %) et les autres inactifs (23 %) qui expriment le plus ce sentiment.

Plus de 2 parisiens sur trois se sentent quand même en bonne santé !

Seul 3 % de la population juge sa santé mauvaise ou très mauvaise. 19 % la juge moyenne. En revanche, 47 % se sentent en bonne santé et 31 % en très bonne santé, ce qui représente plus d’un parisien sur trois.

Par ailleurs, 32 % déclarent un problème de santé ou une maladie chronique, 39 % prennent un traitement régulier ou sont régulièrement suivis pour un problème médical, 25 % des personnes enquêtées fument quotidiennement et 23 % sont des anciens fumeurs, 7 % ont un problème avec l’alcool

Voici en détail les réponses apportées à la question « Avez-vous le sentiment que quelque chose dans votre vie nuit à votre santé physique, psychologique ou à votre moral? Si oui, de quoi s’agit-il ? » (*)
  • Rythme de vie, stress : 26 % (14 % dans la population totale)
  • Pollution : 25 % (13 %)
  • Sphère relationnelle : 22 % (12 %)
  • Habitudes de vie : 20 % (11 %)
  • Sphère professionnelle : 20 % (10 %)
  • Conditions d’habitat : 20 % (10 %)
  • Etat de santé, poids : 17 % (9 %)
  • Problèmes de santé de ses proches : 13 % (7 %)
  • Difficultés financières : 8 % (4 %)
  • Situation sociale, politique : 5 % (3 %)
  • Autre : 11 % (6 %)
(*) Les pourcentages entre parenthèses sont calculés sur l’ensemble de la population, les autres uniquement parmi les personnes estimant que leur situation nuit à leur santé

L’étude se poursuit en 2007

« Nous disposons d’une multitude de données qui sont en cours d’exploitation. La suite des analyses permettra, au-delà du ressenti rapporté ici, de prendre en compte de nombreuses caractéristiques objectives interrogées dans l’enquête.

En 2007, nous nous intéresserons par exemple aux maladies cardiovasculaires, à la santé mentale, aux représentations de la santé et de la médecine, ou encore au rôle d’Internet dans l’information de santé, » déclare Pierre Chauvin. Cette première enquête s’accompagnera d’un suivi annuel qui se poursuivra pendant plusieurs années. Les personnes seront invitées à répondre à un nouveau questionnaire qui portera essentiellement sur les changements importants survenus dans leur situation sociale et sanitaire.

« Les résultats fournis par cette enquête, nous l’espérons, nous permettront de mieux comprendre les processus à l’origine des inégalités sociales de santé et de recours aux soins, ainsi que les inégalités entre les différents quartiers urbains. Tout cela dans la perspective d’aboutir à des propositions pour l’optimisation de l’offre de soins et de l’accès aux soins pour la population » conclut Pierre Chauvin.

La première vague de cette étude de cohorte a bénéficié du soutien de l’Inserm, de fonds européens (FSE), nationaux (DGS et DIV notamment) et locaux (région Ile de France et Mairie de Paris).

(1) Grâce à un taux de participation très satisfaisant, les personnes enquêtées représentent effectivement la population adulte des 4 départements couverts par le projet.

Pour en savoir plus :

  • Site Internet de l’équipe DS3 (Déterminants sociaux de la santé et du recours aux soins) de l’Inserm : www.u707.jussieu.fr/ds3
  • Par ailleurs, l'équipe DS3 lance actuellement sur le web une enquête auprès des internautes francophones sur leurs habitudes de recherche d’information en santé sur Internet (ou leur « non usage » !). Ce questionnaire en ligne est strictement anonyme : pour répondre à cette enquête, rendez vous à : www.u707.jussieu.fr/ds3_enquetes/enquetes/survey.php?sid=99

(Dr. Pierre Chauvin, Equipe de recherche sur les Déterminants Sociaux de la Santé et du recours aux Soins (DS3) UMR-S 707 Inserm - Université Paris 6)

SOURCE : Communiqué de Presse de l'INSERM

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s