Comment rendre les recommandations nutritionnelles plus crédibles ?

lu 4789 fois

Rendus publics l’an dernier sur la base d’une expertise collective organisée par l’AFSSA, les apports nutritionnels conseillés (ANC) en lipides marquent peut-être une étape décisive pour l’avenir des recommandations nutritionnelles. Pour la première fois, on s’éloigne d’une approche strictement « médicament » et du seul principe de précaution. Au bénéfice de la santé par la nutrition. Entretien avec le Pr Philippe Legrand directeur du laboratoire de nutrition humaine (Agrocampus-INRA, Rennes).

Jusqu’à la mise au point des nouveaux ANC sur les lipides, explique le Pr Philippe Legrand, les autorités sanitaires formulaient les recommandations nutritionnelles surtout en fonction de deux critères : bon (ou mauvais) pour la santé et potentiellement toxique.

Dans le premier cas, le nutriment n’est abordé que pour son éventuel bénéfice vis-à-vis des maladies. Exemple : les acides gras oméga 3 sont jugés bons pour le coeur. A l’inverse, les acides gras saturés, du fait de leurs inconvénients quand ils sont consommés en excès, sont jugés indésirables. Cette approche confond les aliments et les médicaments. Et méconnaît les nombreuses fonctions que les nutriments (dont les acides gras saturés) exercent dans l’organisme : la majorité des nutriments de l’alimentation servent d’abord à faire fonctionner le corps. Les recommandations basées sur les maladies ne permettent pas de définir une alimentation quotidienne « normale et complète » ! De plus, elles ont tendance à charger les aliments de bénéfices ou de défauts, indépendamment des quantités consommées. D’où un risque de déséquilibre nutritionnel. La responsabilité du consommateur est oubliée. Or les aliments ne sont ni bons ni mauvais indépendamment de l’usage qu’on en fait. Ce sont les excès alimentaires qui sont facteurs d’obésité et de maladie cardiovasculaire…

Le recours exagéré au principe de précaution n’arrange pas les choses. Victime de l’alarmisme, le consommateur ne voit plus dans l’aliment que le contaminant potentiellement dangereux. La seule présence d’un toxique potentiel - indépendamment des quantités requises pour qu’il soit réellement dangereux - condamne l’aliment tout entier. On ne mangera plus de poisson puisqu’il peut contenir de la dioxine ! Pour survivre, il ne reste plus qu’à cesser de manger. Et mourir de faim…

Pour le Pr Legrand, ces approches sont trop réductrices et conduisent à des attitudes extrêmes : la surconsommation de certains aliments et l’éviction des autres. Elles risquent d’éloigner le consommateur de l’alimentation équilibrée, qui est pourtant l’objectif prioritaire.

Les ANC pour les lipides répondent à une démarche différente. Ils s’adressent à des individus en bonne santé qui entendent le rester. Les experts ont pris en compte toutes les données scientifiques sur l’intérêt des lipides et les besoins physiologiques en lipides, dans la perspective de l’équilibre nutritionnel. Ce qui a conduit à revoir à la hausse les apports conseillés en lipides. Et en particulier en acides gras saturés, injustement diabolisés alors que seul leur excès est nuisible. Le Pr Legrand souhaite que la même démarche soit adoptée pour les protéines et pour les glucides. L’alimentation n’est ni un médicament ni un poison, mais un besoin quotidien. C’est son équilibre qui peut maintenir en bonne santé et constitue la seule vraie prévention. A l’exemple des ANC sur les lipides, on peut souhaiter que les futures recommandations soient réellement nutritionnelles !

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s