Comment quantifier les effets d'une faible consommation de fruits et légumes sur la santé ?

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Les bénéfices pour la santé d'une alimentation riche en fruits et légumes sont désormais bien connus (diminution des risques de maladies chroniques comme les maladies cardiovasculaires, le diabète, l'obésité et certains types de cancer...). Il reste aujourd'hui à quantifier l'impact d'une consommation insuffisante sur la santé.

Une consommation minimale de 400 g par jour selon l'OMS

La majorité des preuves proviennent de larges études de cohorte comme l'Etude Prospective Européenne sur le Cancer et la Nutrition (EPIC [1]). Cette étude a, en particulier, révélé que la consommation de fruits et légumes a un effet protecteur contre une grande variété de cancers et contre la prise de poids [2-4]. Il reste cependant à déterminer quel niveau de consommation doit être atteint pour réduire de manière significative ces risques pour la santé. D'ores et déjà, des recommandations ont été émises par la grande majorité des agences nationales et internationales. Ainsi, pour la population générale, l'OMS recommande une consommation minimale de 400 g. de fruits et légumes chaque jour [5].

L'enquête nationale hollandaise sur la consommation alimentaire (The Dutch National Food Consumption Survey) réalisée chez les jeunes adultes de 19 à 30 ans, a montré qu'aucun des participants ne consommait le minimum recommandé (de 200 grammes de légumes) et que seuls 8°/o des hommes et 7% des femmes consommaient 200 g. de fruits par jour (incluant les noix et les graines). En outre, en combinant les fruits et légumes, seulement 3% des hommes et 1% des femmes atteignent la consommation recommandée de 400 g. par jour [6].

Une réduction de l'espérance de vie

Les effets sur la santé d'une consommation de fruits et légumes en deçà des recommandations peuvent être quantifiés par des modèles de simulation qui comparent la consommation réelle (scénario actuel) au scénario recommandé. Ces calculs ont été effectués pour les Pays Bas [7].

Pour la consommation de légumes, l'espérance de vie des nouveaux-nés est raccourcie de 0,41 année en comparant la consommation actuelle à la consommation recommandée (Tableau 1). De plus, si ce faible niveau de consommation est maintenu, on lui attribue 34 000 décès et 0,5 milliards d'Euros (valeur nette actuelle) de dépenses de santé...

Quant à la consommation de fruits, les chiffres sont encore plus élevés puisque l'espérance de vie des nouveaux nés est raccourcie de 0,47 année. La consommation actuelle de fruits entraînerait 60 000 décès et 1,9 milliards d'Euros (valeur nette actuelle) de dépenses de santé, au cours des 20 prochaines années.

Il est évident que ces chiffres sont basés sur des modèles théoriques, dans des conditions fixes et selon des pré-suppositions particulières. De plus ils dépendent de la qualité des données enregistrées. Les données récentes et détaillées de la consommation de fruits et légumes provenant des enquêtes nationales de consommation alimentaire sont donc essentielles. En outre, les risques relatifs entre consommation de fruits et légumes et maladies chroniques devraient également être fondés sur des méta-analyses de larges études internationales de cohorte ou d'interventions.

La nécessité de politiques orientées vers une stratégie intégrée

Les pertes de santé dues à la non consommation des quantités recommandées de fruits et légumes sont considérables. Les bénéfices potentiels sur la santé d'une alimentation saine sont environ 2 fois plus élevés que les méfaits attribués à des aliments malsains à cause de substances nocives pour la santé (Tableau 2) [8]. Autrement dit, de plus forts gains de santé seront réalisés en encourageant un régime sain plutôt qu'en améliorant la sécurité alimentaire.

Les plus grands effets sur la santé publique proviendront de politiques orientées vers une stratégie intégrée, impliquant les fournisseurs tout comme les consommateurs et leur environnement. Cela constituera un défi majeur pour les autorités, l'industrie agro-alimentaire, la communauté scientifique et les consommateurs. Cela nécessite une planification conjointe, dans laquelle la science et la technologie unissent leurs forces pour contribuer plus largement à des mesures sociales, comme une alimentation saine pour une vie saine.

Aux Pays Bas, une telle approche intégrée est déjà en cours de déploiement. Le Ministère de la Santé, du Bien être et des Sports, le Ministère de l'Agriculture, de la Nature et de la Qualité Alimentaire et l'Agence de Sécurité des Produits Alimentaires et de Grande Consommation ont aligné leurs programmes de recherche en alimentation, nutrition et santé.

Références :

  1. The European EPIC investigation
  2. van Duijnhoven FJ, Bueno-De-Mesquita HB, Ferrari P et al. Fruit, vegetables, and colorectal cancer risk: the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition. Am J Clin Nutr 2009; 89151:1441-52.
  3. Büchner FL, Bueno-de-Mesquita HB, Linseisen J et al. Fruits and vegetables consumption and the risk of histological subtypes of lung cancer in the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition {EPIC]. Cancer Causes Control 2010; 21(31:357-71.
  4. Buijsse B, Feskens EJ, Schulze MB et al. Fruit and vegetable intakes and subsequent changes in body weight in European populations: results from the project on Diet, Obesity, and Genes (DiOGenes). Am J Clin Nutr 2009; 90111:202-9.
  5. World Health Organization. Diet, nutrition and the prevention of chronic diseases - Report of the joint WHO/FAO expert consultation. 2003; WHO Technical Report Series, No. 916 (TRS 916).
  6. Hulshof KFAM. Ocke MC, van Rossum CTM et al. Resulaten van de Voedselconsumptiepeiling 2003. Bilthoven: RIVM, 2004; RIVM rapport 350030002/2004.
  7. Buchner FL , Hoekstra J, Van den Berg SW, Wieleman F, van Rossum CTM. Quantifying health effects of nutrition tin Dutch). Bilthoven: RIVM, 2007; RIVM rapport 350080001/2007.
  8. Kreijl C, Knaap A, van Raaij JMA [edsl. Our food, our health - Healthy diet and safe food in the Netherlands. 2006; RIVM report 270555009.

(Par F.J.B, van Duijnhoven, F.L. Büchner, D.L. van der A, H.B. Bueno-de-Mesquita, J. Hoekstra, M.C. Ocké, J.M.A. van Raaij, C.T.M. van Rossum, H. Verhagen - Institut National de Santé Publique et Environnement (RIVM), Bilthoven, Pays Bas - Equation Nutrition n°102 - Octobre 2010)

SOURCE : APRIFEL

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