Comment prévenir les maladies cardiovasculaires par les associations alimentaires ?

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La nature des facteurs de risque des maladies cardiovasculaires (surpoids, diabète type 2, hypertension, hypercholestérolémie) est maintenant bien connue. Les stratégies de prévention nutritionnelle ne manquent pas, via des apports équilibrés en acides gras, une consommation abondante de fruits et légumes et la réduction des apports caloriques...

« Comment prévenir les maladies cardiovasculaires par les associations alimentaires ? » Pourtant, il existe encore beaucoup de difficultés à mettre en œuvre ces recommandations diététiques, sans doute parce qu'elles ne sont pas déclinées en règles suffisamment simples, facilement applicables au niveau de la composition des repas. L'accent est trop souvent mis sur les aliments dont la consommation doit être réduite ou augmentée et pas suffisamment sur l'art d'associer les aliments pour composer des repas protecteurs.

Du boudin : pourquoi pas ? Mais avec des pommes !

Prenons l'exemple du cholestérol. Une des stratégies les plus classiques dans ce domaine de prévention a été de mettre en avant des produits pauvres ou dépourvus de cholestérol, cependant cette phobie du cholestérol ne garantit aucunement que les produits sans cholestérol exercent des impacts métaboliques favorables, si par ailleurs les aliments proposés sont riches en glucides rapides, pauvres en fibres alimentaires et ou de faible densité nutritionnelle.

Il est préférable de raisonner autrement. Tant sur le plan nutritionnel que gastronomique, il peut-être intéressant de consommer des produits animaux, même s'ils sont riches en cholestérol. Cependant, pour que cette consommation soit parfaitement compatible avec une stratégie de prévention du risque cardiovasculaire, il est important de faciliter en parallèle l'élimination digestive du cholestérol.

A ce titre, il est bien établi que les fibres alimentaires, en particulier les fibres solubles, sont très efficaces pour accroître les pertes digestives de cholestérol. Alors : du boudin, pourquoi pas ? Mais avec un bon accompagnement de pommes. Un oeuf dur, mais avec suffisamment de carottes râpées... Du fromage, mais avec apport généreux de fruits et de légumes !

L'équilibre du rapport sodium / potassium

De même que l'hypercholestérolémie, la prévention de l'hypertension fait partie des mesures élémentaires pour réduire le risque cardiovasculaire. Le rôle négatif des apports en sel chez une large partie de la population a été bien établi par de nombreuses enquêtes épidémiologiques. En pratique, s'il est important de moins saler les plats, une grande partie du sel consommé est caché dans des aliments à l'instar du pain, des fromages, des conserves et de nombreux produits transformés.

De plus, pour gagner en efficacité, la baisse de consommation du sel gagne à être accompagnée par une augmentation des apports en potassium. Cet élément, très abondant dans beaucoup de produits végétaux, est un véritable antidote au sodium. Il est probable que l'effet hypotenseur des régimes riches en fruits et légumes résulte pour une bonne part de leur richesse en potassium. Ainsi, le discours sur la prévention de l'hypertension ne devrait pas être limité à la seule réduction du sodium et il faudrait mettre plutôt l'accent sur l'équilibre du rapport potassium/sodium. En matière de lutte contre l'hypertension, il est souhaitable, comme pour le cholestérol, de concevoir les conseils diététiques en terme de bonnes associations alimentaires.

Ainsi, on peut recommander de toujours associer à un aliment salé un produit riche en potassium. Par exemple : du jambon avec du melon, des charcuteries avec des pommes de terre ou des légumes secs, du fromage avec de la salade ou des pommes de terre, des viandes avec des légumes etc. A l'inverse, il est peu judicieux d'associer deux produits salés et/ou pauvres en potassium : pain + fromage, pain + charcuterie, pâtes + fromage, sans y ajouter un produit végétal complexe, naturellement riche en potassium. Ces conseils diététiques sont, bien sûr, à apprécier à l'échelon d'un repas entier. Ils constituent une méthode didactique, simple et efficace, non seulement pour lutter contre l'hypertension mais aussi pour gérer au mieux la santé par l'alimentation.

Les modèles alimentaires les plus efficaces

En définitive, en terme d'efficacité de prévention, ce sont bel et bien les "modèles d'alimentation" tels que le régime méditerranéen, qui s'avèrent les plus efficaces. Ces modèles reposent tous sur l'association de produits naturels (produits animaux et végétaux) complémentaires. A l'inverse, beaucoup trop d'aliments transformés ont une composition relativement similaire, et une densité nutritionnelle trop faible pour être utilisables à bon escient dans une stratégie de prévention nutritionnelle.

Il est donc temps de changer de discours et de valoriser les modes alimentaires "sûrs", caractérisés par leur abondance en produits végétaux, tels que les fruits, les légumes, les légumes secs ou les céréales complètes. Réserver une place majeure à ces produits dans une très grande diversité d'associations alimentaires est la meilleure stratégie pour disposer d'une alimentation protectrice.

(Pr Christian Rémésy, Directeur de recherche INRA/Clermont ferrand - Equation Nutrition n°60 - Octobre 2006)

SOURCE : APRIFEL

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