Comment prévenir l’obésité chez les ados ?

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Comment prévenir l’obésité chez les ados ?

Des messages qui leur parlent de leurs préoccupations, des bénéfices et des risques auxquels ils sont sensibles. Des actions sur l’environnement alimentaire, pour leur éviter le plus possible la malbouffe. Selon un professeur de marketing soucieux d’efficacité, voilà au moins deux pistes à explorer si l’on veut que les campagnes de santé publique en direction des jeunes atteignent vraiment leur cible.

Comment mesure-t-on l’efficacité des messages en faveur d’une alimentation saine et équilibrée ?

Les experts en psychosociologie s’inquiètent d’abord de savoir si le message a été vu ou entendu. Puis, s’il a été mémorisé. Puis, s’il est apprécié ou non. Puis, s’il est bien compris ou non. Assez souvent, commanditaires et diffuseurs de messages sont tentés de s’en tenir là, voire de se congratuler dans l’attente de la prochaine campagne… Ils pourraient, mais c’est plus risqué, entrer dans des évaluations plus complexes. Les destinataires du message ont-ils l’intention de le prendre vraiment en compte et de modifier quelque chose à leur comportement ? Et, à la fin des fins, quel est l’effet du message sur les comportements ?

Les messages perçus ne sont pas forcément efficaces

Les entreprises commerciales, elles, vont droit au but. Pour voir l’efficacité d’une publicité, il suffit de mesurer les ventes. Dans le domaine de la santé, et en particulier pour la prévention de l’obésité, « très peu d’études vont jusqu’à la mesure du comportement », note Carolina Werle, professeur associé en marketing à l’Ecole de management de Grenoble. Or, pour ce qui concerne l’alimentation, il existe un fort écart entre ce qu’on veut faire (ou dit vouloir faire) et ce qu’on fait réellement. Tout le monde, en toute bonne foi, préfère manger sain et équilibré plutôt que trop lourd, trop gras et trop sucré. Tout le monde ou presque (98 % des Français) sait qu’il est recommandé de manger cinq fruits et légumes par jour. Pourtant, depuis la diffusion des recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS), le surpoids a augmenté, constate l’enquête Obépi de 2012…

L’image sociale compte plus que la santé

Il ne suffit pas de connaître un message pour « bien » se comporter. Une étude a été menée chez près de 800 ados en zone d’éducation prioritaire. On a testé ce qui marchait. D’une part les arguments santé, concernant les risques ou les bénéfices de tel ou tel comportement. D’autre part les arguments concernant les bénéfices ou les risques sociaux immédiats. Les ados ont bien apprécié les arguments santé, les ont trouvés agréables. Mais n’ont rien changé à leur comportement. Par contre, ce sont les conséquences sociales de leur comportement qui leur ont vraiment parlé. Qui ont été motivantes. Les ados s’intéressent à ce qui est pour eux l’immédiat : l’image du corps, la reconnaissance, la séduction… Agiter devant eux le fait qu’ils ne seront pas hypertendus ou diabétiques des années plus tard n’a pas d’impact notable. Mieux vaudrait donc sans doute « pré-tester » sérieusement les messages qu’on leur adresse.

Et si l’on modifiait la taille des portions ?

Le contexte environnemental alimentaire pèse aussi d’un certain poids : le marketing, la publicité, les emballages, les labels… Destinés à faire consommer, tous sont loin de concourir à l’éducation alimentaire ! Pourtant, on pourrait diminuer, par exemple, la taille des portions et des emballages : quand la taille de la portion double, le volume alimentaire consommé augmente de 35 %, indique la synthèse de plus d’une centaine d’études.

La taille des portions pourrait être revue à la baisse pour la malbouffe. Et, pourquoi pas, à la hausse pour les produits réputés bons pour la santé. Une petite expérience a été faite auprès de lycéens lors d’un festival de cinéma à Grenoble. On leur a distribué à l’entrée des mini-carottes : soit en parts de 40 g, soit en parts de 80 g. Ceux qui ont eu la plus grande part ont consommé presque moitié plus de mini-carottes que les autres. Alors qu’il s’agit d’un produit plutôt inattendu au cinéma ! Pour Carolina Werle, agir sur la taille des portions serait en tout cas une des pistes à explorer si l’on souhaite promouvoir l’alimentation équilibrée. Et se donner des chances d’entraver la progression de l’obésité.

(D’après une communication de Carolina Werle : « L’efficacité des campagnes de prévention auprès des adolescents ». Conférence Benjamin Delessert, Paris, 3 novembre 2015.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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